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Le rapport des audiences foraines, l’opposition et la contrainte du temps…: Par Dr Elisabeth Sherif

CNDP Creation 01La CENI vient de rendre public le rapport des audiences foraines. Un rapport qui ne sera très probablement pas reconnu par l'opposition, qui récuse la structure et la composition de la CENI. Mais les échéances électorales approchent. Dans quelques mois, pour ne pas dire quelques semaines, on sera dans l'année électorale. Et l'espoir d'un accord entre le pouvoir et l'opposition ne se profile toujours pas à l'horizon. Or, dans un processus électoral, il y a des étapes incontournables. Et plus on laisse le temps passer, plus la possibilité de parcourir ces étapes et les initiatives qu'elles impliquent, de façon sereine et efficace, se réduit, considérablement. L'identification des électeurs et l'élaboration des listes électorales en font partie.

On a pu le voir lors des élections de 2016. L'audit du fichier électoral exigé par l'opposition et entrepris presque dans la dernière ligne droite des préparatifs, n'a pas permis de garantir sa fiabilité de façon effective. L'opposition n' ayant pas suffisamment eu le temps de s'assurer de la prise en compte intégrale des recommandations faites à l'occasion.

Au regard de la tournure que prennent les discussions portant sur la révision du code électoral, on peut se sentir en droit de penser que l'on est tout simplement en train de s'acheminer vers le même cas de figure. En effet, à moins que l'opposition et la majorité arrivent à trouver un compromis, comme en 2003 pour le report des élections locales, le temps désormais imparti ne permettrait pas d'organiser d'autres audiences foraines, en profondeur et sur toute l'étendue du territoire.

Aussi, en ne se contentant que de dénoncer la légitimité de la CENI et les dispositions litigieuses du code électoral, l’opposition risquerait de se retrouver devant certains faits accomplis. Par conséquent, la nécessité de concilier sa politique de la chaise vide avec un suivi plutôt actif de l’évolution des préparatifs s’impose. Cela lui permettrait de suivre à distance la cadence des préparatifs, tout en surveillant de très près ses intérêts et en contribuant surtout au renforcement aussi bien de la qualité que de l’efficacité du processus électoral.

En ce qui concerne le rapport des audiences foraines par exemple, au lieu de le rejeter en bloc, l’opposition pourrait, dans une posture de complémentarité, entreprendre des investigations sérieuses, afin de dénicher ses failles et élaborer des propositions visant à, sinon éliminer, minimiser considérablement leurs effets. Concrètement, l’Institut National de la statistique (INS) a fait un remarquable travail de projection démographique, allant de 2012 à 2035, sur lequel elle pourrait éventuellement s’appuyer pour s’approcher le plus près possible du contour et de la composition de l’électorat de 2021.

En effet, le territoire nigérien est certes immense. Mais il n’est subdivisé qu’en 266 communes, elles-mêmes composées de quartiers. Et les projections de l’INS portent sur la composition de la population du pays par âge et par sexe, tant au niveau national, régional, départemental que communal. On peut donc s’en servir, pour faire des projections utiles, sur le nombre de potentiels électeurs attendus en 2021, dans chacune des 266 communes du pays.

Il ne s’agirait pas, bien entendu, d’établir un fichier électoral parallèle. Mais d’avoir un document de travail, élaboré avec toute la rigueur qui s’impose, à partir des données officielles, et sur lequel l’opposition pourrait s’appuyer pour étayer des probables contestations, mais aussi pour identifier et mobiliser les... potentiels électeurs de 2021. Ici, la mention de la notion de potentiels électeurs n’est pas du tout anodine. Tant elle soulève deux questions fondamentales auxquelles il importe d’accorder une attention particulière, à cause de leur effets négatifs sur la qualité du processus électoral et la représentativité du personnel politique qui en est issu.

La première question a trait à l’écart existant entre les personnes en âge de voter et celles qui sont effectivement recensées et inscrites sur les listes électorales. Aussi, en confrontant le rapport des audiences foraines au fichier électoral précédent et les statistiques de l’INS, on peut avoir des éléments d’appréciation sur le taux précédent d’inscription sur les listes, les éventuels redressements à effectuer concernant les audiences foraines, mais aussi les initiatives à entreprendre pour garantir la figuration d’un maximum de personnes en âge de voter possible sur les listes électorales, dans toutes les communes du pays.

Cela suppose un travail de réflexion de fond, mais aussi un déploiement sur le terrain, pour le besoin d’identification et /ou de vérification de potentiels électeurs, des partis politiques et en particulier ceux qui seraient susceptibles d’émettre, à tort ou à raison, des doutes sur la crédibilité des chiffres avancés par la CENI, dans sa structure et sa composition actuelle. Une démarche, qui permettrait d’aborder et de faire face à la seconde question digne également d’attention particulière, relative au problème chronique de l’abstention, qui entache la représentativité du personnel politique issu du processus électoral nigérien.

En effet, la vérification, sur le terrain, des chiffres contenus dans le rapport des audiences foraines par exemple, pourrait constituer des occasions de rencontres avec les personnes figurant dans le rapport, mais aussi celles qui auraient éventuellement besoin d’appui en vue d’obtenir des pièces d’état civil. Cela donnerait également aux partis politiques l’opportunité de prendre davantage connaissance des préoccupations profondes des personnes rencontrées, dans le but de les transformer en véritables enjeux électoraux, susceptibles de susciter d’irrésistibles envies de voter, à même d’infléchir la courbe d’abstention lors des futures élections.

Et le fait de privilégier le niveau communal dans ces initiatives d’identification et /ou vérifications, permettrait aux partis politiques concernés, de prendre avantage des dynamiques de la proximité des liens et des lieux, susceptibles de limiter considérablement le coût financier des opérations, et de créer les conditions de l’émergence d’un niveau beaucoup plus élevé et profond de l’électorat, à même de faciliter les futures mobilisations électorales.

Il importe surtout de constater que l’opposition pourrait entreprendre ces initiatives, constructives et complémentaires, tout en continuant à explorer d’autres voies et actions républicaines favorables à l’organisation des élections libres, transparentes, apaisées et inclusives. L’essentiel étant, d’essayer de travailler, malgré tout, en amont, pour qu’au moment opportun, elle puisse apporter ses contributions concrètes, y compris sur les étapes du processus électoral, par rapport auxquelles il serait difficile de revenir de façon non expéditive, à cause de la contrainte du temps…
Vivement

Par Dr Elisabeth Sherif

16 août 2018
Source : https://www.facebook.com/Elisabeth-Sherif

 

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