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Révision du code électoral et processus électoral : Comment Mohamed Bazoum a réussi son coup K.O ?

Révision du code électoral et processus électoral Comment Mohamed Bazoum a réussi son coup K.O ?Le samedi 10 novembre 2018, à la grande surprise des Nigériens, les représentants de l’opposition au sein du comité ad’ hoc mis en place par le Premier ministre et président du CNDP [Ndlr : Conseil national de dialogue politique] pour réviser le code électoral et parvenir à un consensus général, animent un point de presse et annoncent la fin des pourparlers sur la question. Ils expliquent que faute de bonne foi de la part du pouvoir, l’opposition ne peut continuer ce jeu puéril de « Jacques, où estu ? » par rapport à une question aussi grave. Le pouvoir, qui a initié ces pourparlers et dont le porte-parole, en l’occurrence le Premier ministre et président du CNDP, a fait volte-face. Il ne veut plus des pourparlers qu’il a initiés. Pour y mettre un terme, la trouvaille est simple : il suffit de corréler la poursuite des travaux du comité ad’ hoc à une condition inadmissible pour l’opposition. Cette condition est trouvée. L’opposition doit abandonner toute prétention par rapport aux articles 8, 12, 80 et 81 déclarés par les tenants du régime, non discutables. Ce n’est pas Brigi Rafini qui fera cette annonce à l’opposition.

C’est le président du comité ad’ hoc, Oumaria Mamane qui a été chargé de cette mission gênante pour le Premier ministre. Celui-ci ne peut oublier le message fort qu’il a, maintes fois, ressassé devant les représentants de l’opposition au sein du comité ad’ hoc, histoire de les rassurer quant au consensus voulu et recherché du côté du pouvoir.

Se sentant sans doute diminué par la volte-face inattendue de son camp politique, Brigi n’a pas eu le courage de regarder, dans les yeux, ces mêmes hommes àqui il a régulièrement chanté la bonne foi du pouvoir. Il a donc préféré laissé à Oumaria Mamane la mission de le faire. Connu pour être un homme de franchise et attaché à ce qui est juste, Oumaria n’a pas tergiversé en face des représentants de l’opposition pour leur apprendre que le pouvoir n’admet plus une quelconque modification des articles 8, 12, 8à et 81. Mais, il fait des contre-propositions à propos des autres articles concernés.

Que s’est-il passé pour que le pouvoir fasse ce revirement ? Opposé dès le départ à toute idée de modification du code électoral, Mohamed Bazoum, ministre de l’Intérieur et président du PndsTareyya, a entrepris de saborder le processus. Il annonce publiquement, à la sortie de l’hémicycle de l’Assemblée nationale, qu’ils sont, au Pnds, contre la dynamique enclenchée et qu’ils disposent, de toute façon, d’une majorité confortable au parlement pour voter toutes les lois qu’ils veulent. En coulisses, il a formellement fait savoir qu’ils ne resteront pas inactifs face à ce harakiri et qu’ils feront barrage à tout projet de loi tendant à remettre en cause les «acquis». Il met alors en branle toute une machine de lobbying, et fort d’une argumentation lourde, il parvient à fissurer rapidement le mur de la démocratie qui est en cours d’édification. Face au Premier ministre et président du CNDP, Mohamed Bazoum aurait déployé les grands moyens, expliquant en substance que le processus enclenché est synonyme de suicide pour eux. Selon des informations dignes de foi, il a notamment soutenu que réviser l’article 8 en particulier est synonyme de boulevard pour Hama Amadou. Or, aurait-il souligné, tout retour du chef de file de l’opposition conduit inéluctablement, et un temps record, à leur chute. La plupart de ces ministres, grands commis de l’État et leaders politiques qui sont avec nous le sont malgré eux. Dès que Hama Amadou a la possibilité de rentrer au pays, ils accourront tous pour lui faire allégeance, aurait martelé Bazoum à Brigi. La cause est entendue. Le Premier ministre se laisse facilement convaincre et jette l’éponge. Il s’en est donc fallu de peu de temps pour que Mohamed Bazoum gagne son pari. Le bruit qui a couru sur le motif de sa visite à SeyniYacouba dit Mereda tombe du coup. Bazoum ne peut vouloir du soutien de Hama Amadou face à Mahamadou Issoufou et s’afficher comme l’artisan de la mise à mort du comité ad’ hoc chargé de réviser le code électoral.Les promesses et assurances données avec insistance à l’opposition ? Autant en emporte le vent ! La cohésion du camp présidentiel est en apparence sauvée. Mais, la mise à mort du comité ad’ hoc ne fait que mettre face à face les deux camps qui s’entredéchirent au sein du Pnds, avec de fortes implications d’acteurs en principe éloignés du conflit.

Laboukoye

19 novembre 2018
Source : Le Courrier

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