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Echéances électorales de 2021 : Le jeu périlleux d’Issoufou

Echéances électorales de 2021 : Le jeu périlleux d’Issoufou  « Issoufou (NDLR : président de la République) n’a pas l’intention de quitter le pouvoir. Il n’a jamais dit qu’il ne va pas changer la Constitution pour chercher un 3ème mandat », déclarait le député Nassirou Halidou du Moden Fa Lumana, au cours d’une interview réalisée le 29 octobre dernier, par nos confrères de Canal 3.

Cette déclaration prend le contre-pied de toutes celles qui ont été faites par le président Issoufou quant à ses velléités de rester au pouvoir. Mais certaines mises en scène bien orchestrées par le Chef de l’Etat lui-même pour mettre en exergue ses quelques réalisations surfacturées qu’applaudissent des leaders, ceux de la Mouvance pour la renaissance du Niger (MRN) qui restent en captivité du fait des prébendes qu’ils en tirent, ajouté à cette diversion sur le Code électoral, posent la question de savoir à quel jeu se livre le président Issoufou, en fin de mandat.

Un jeu…

Relativement aux velléités d’Issoufou de rester au pouvoir, le député Nassirou Halidou soutient que « Issoufou (NDLR : président de la République) n’a pas l’intention de quitter le pouvoir. Il a dit qu’il ne va pas modifier la Constitution, mais il n’a jamais dit qu’il ne va pas changer la Constitution. Il aurait dû dire qu’il ne change pas, qu’il ne modifie pas. Quand on change complètement la Constitution, c’est un nouveau régime qui s’installe. Et puis, quand Alassane Ouattara (NDLR : président ivoirien) avait des velléités de briguer un 3ème mandat, Issoufou avait dit sur France24 que c’est le contexte de la Côte d’Ivoire qui le justifiait. C’était un problème de sécurité ».

En outre, au cours d’une visite en France, au mois de juin 2018, le président Issoufou annonçait sur les plateaux de France24 que « la consolidation des institutions démocratiques et républicaines fait partie des priorités de mon programme. Le fait de ne pas triturer la Constitution fait partie de cet objectif », avant de dire que « je confirme que je ne modifierai pas la Constitution et je ne briguerai pas un 3ème mandat ». A la question de savoir si le changement de Constitution dans certains pays d’Afrique peuvent se justifier, Issoufou Mahamadou a soutenu que « chaque pays est un cas particulier. Il y a des pays où changer la Constitution peut se justifier mais pour le cas du Niger, cela ne se justifie pas ». Cette affirmation se joint à celle faite à l’occasion du premier anniversaire de son investiture pour un second mandat lorsqu’il affirmait sur les écrans de Télé Sahel (télévision d’Etat) que « une de mes plus grandes ambitions, c’est d’organiser en 2021, des élections libres et transparentes et de passer le témoin à un autre Nigérien que les Nigériens auront choisi ».

…périlleux

Comme l’a souligné le député Nassirou, le président Issoufou obnubilé par l’ivresse du pouvoir, mais également par crainte de la mise à nue par ses potentiels successeurs de ses casseroles puantes, pourrait essayer de franchir le pas en changeant de régime constitutionnel, d’autant plus que déjà, certains de ses obligés ont commencé à décrier sous cape, le régime semi-présidentiel. Des signes annonciateurs comme les visites sur ses innombrables chantiers qui ne finissent jamais, le financement sur budget national des élections pour repousser tout regard extérieur, sont là pour soutenir cette supposition. A ce niveau, l’homme élu à plus de 92% du suffrage, un score qui ferrait fuir même Staline, n’aura aucune peine à faire voter par l’Assemblée nationale qu’il contrôle d’une main de maître, le changement du régime politique nigérien, pour passer du régime semiprésidentiel en régime présidentiel, un modèle en vogue dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest.

D’ailleurs, la preuve de l’endoctrinement de l’Assemblée nationale a été donnée au cours des différents votes des textes de lois, notamment celui du Code électoral sur lequel le gouvernement, à travers le Conseil national de dialogue politique (CNDP) veut faire machine-arrière, juste pour divertir. Le président Issoufou peut dire qu’il n’a jamais dit qu’il ne changera pas la Constitution. Et même si c’est le cas, il peut dire que ce n’est pas de son initiative. Si le changement se produit, il ne sera pas lié à la nouvelle Constitution qui serait de type présidentiel. D’où il peut, en toute légalité et de façon légitimité, briguer des nouveaux mandats. L’occident pour qui il travaille et à qui il a tout donné, ne lèvera pas le petit doigt pour décrier cet état de fait.

La France qui en a demandé à Deby de modifier la Constitution de son pays au vu de ses dires, ne lèvera pas le petit doigt pour prendre le contre-pied de cet « enfant d’Areva » qu’elle a formé, et qu’elle a aidé à accéder à la magistrature suprême de son pays, pour qu’en retour, qu’il lui permette d’assouvir ses intérêts nés de la spoliation du peuple nigérien.

Sur le chemin de ce changement de régime, le président Issoufou, à travers les institutions de répression qui lui sont dévouées, pourrait se faire ouvrir une brèche par la mise sous l’ombre, suivi des menaces multiformes à l’endroit de ceux qui se hasarderaient à lever le petit doigt, d’autant plus qu’opposant, il a su mesurer le degré de témérité de chacun de ses adversaires, chose dont il s’en sert allégrement aujourd’hui. Pour la première fois au sein du parti présidentiel, on annonce l’organisation des primaires pour, apparemment, divertir les potentiels candidats. Une partie de la société civile à qui le régime jette des petits os pour calmer ses ardeurs a été domptée pour suivre à l’aveuglette les vœux du prince. Comme dans le cas d’organisation des élections locales repoussées en violation de la loi fondamentale, le président pourrait aussi se servir du retard pris dans la confection du fichier électoral pour se lancer dans cette aventure qui s’annonce périlleuse.
Par Moussa Aksar

09 novembre 2018
Source : L'Evènement

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