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Révision du code électoral : Les raisons de la reculade du régime

Révision du code électoral : Les raisons de la reculade du régimeNombre de Nigériens sont restés sans enthousiasme lorsqu’ils ont appris que le pouvoir en place a décidé de remettre le code électoral sur la table de négociation. Un code électoral pensé et rédigé de façon unilatérale et dont l’objectif est à la fois d’éliminer le chef de file de l’opposition et de garantir une victoire que l’on ne saurait avoir autrement. Le mystère est percé. Selon une source digne de foi qui a été témoin des faits, tout a commencé à l’occasion de l’an 1 de l’attaque terroriste de Tongo Tongo où des militaires nigériens et américains ont trouvé la mort. Lors de cette rencontre à laquelle plusieurs officiels nigériens, parmi lesquels l’on cite le Premier ministre Brigi Rafini, les invités nigériens qui se recrutent dans la classe politique, le débat a été ouvert sur la situation politique actuelle du Niger et les perspectives des échéances électorales prochaines. Au cours de ce débat, la presque unanimité a été faite que le code électoral actuel ne peut garantir l’organisation d’élections crédibles et apaisées et qu’il faut nécessairement le modifier pour ce faire. Seule une voix, celle d’un certain Mourtala, un député MNSD, s’est élevé pour soutenir le contraire. La conclusion coule de source. La classe politique nigérienne souhaite un consensus sur le code électoral. Selon notre source, témoin des faits et des discussions, un diplomate étranger a alors clairement notifié que les pays occidentaux ne sauraient accepter et accompagner le Niger avec un code électoral qui est rejeté par la presque totalité des partis politiques, qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité. Le diplomate est parti plus loin, expliquant que c’est la raison pour laquelle son pays a non seule ment demandé aux bailleurs de fonds de ne donner aucun kopeck pour l’organisation de ces élections, mais envisage au besoin de mettre un terme à certains projets . Brigi Rafini, qui a attentivement écouté les paroles du diplomate, a pris bonne note. Il sait que ces paroles ne sont pas tombées au hasard et que, bien que prononcées en de telles circonstances, ne reflètent pas moins la pensée et la position des grandes puissances . Il a donc rendu compte au Président Issoufou qui l’a instruit d’initier une réunion du CNDP aux fins de d’opérer les modifications qui s’imposent.

Brigi Rafini a été plus que clair : il n’est pas question de refuser ou de tergiverser

Le consensus doit prévaloir et Brigi Rafini l’a laissé entendre dans son speech face aux représentants des partis politiques réunis à l’occasion de la toute première réunion du CNDP où il a regretté l’absence de l’opposition. Il s’agit, dit-il en substance, de sortir un code électoral consensuel non boiteux , en laissant comprendre que ce vœu est aussi celui du Chef de l’État. Le message est clair. S’il sonne comme un aveu, il annonce surtout de grandes perspectives. C’est d’ailleurs pourquoi les représentants de l’opposition, qui ont, entre-temps, appris que le revirement du pouvoir en place dépasse la volonté d’Issoufou Mahamadou, à plus forte raison celle de ses lieutenants, sont revenus sur leur décision de boycott. En vérité, si le pouvoir est revenu sur une situation qu’elle a créée, c’est parce qu’Issoufou et son entourage y ont été contraints. Mieux, l’homme fort de Niamey est devenu si impopulaire que ses soutiens extérieurs ont tendance à le lâcher, notamment en Europe où sa politique sécuritaire et migratoire est de plus en plus qualifiée de « belliqueuse et rentière ». Des ÉtatsUnis d’Amérique à l’Union européenne, les partenaires du Niger seront désormais, nous apprend-on, intraitables face à toute tentative d’Issoufou d’adapter les règles de jeu démocratique à son humeur et à sa convenance. C’est fort de tout cela que les discussions des membres du comité ad’hoc mis en place par le CNDP ont démarré sous de bons auspices et déboucheront certainement sur une révision consensuelle du code électoral.

Le code électoral Si la révision consensuelle du code électoral a débuté sous de bons auspices, elle n’est pas de bon augure pour le Pnds dont les dissensions ont été étalées au grand jour. Seul parti s’étant opposé, selon notre source, à la modification de l’article 8, le parti de Mohamed Bazoum a fait piètre figure au sein dudit comité où la classe politique veut s’entendre sur des principes et non des positions de circonstance. Alors que le Président Issoufou aurait formellement dit qu’aucun article n’est tabou et qu’il faut aller dans le sens d’un consensus général, le représentant du Pnds est resté catégorique sur son refus d’accepter toute modification de l’article 8 [Ndlr : selon l’article 8, les individus condamnés définitivement pour délit à une peine d’emprisonnement ferme égale ou supérieure à un an et non réhabilités ne peuvent inscrits sur la liste électorale]. Pourtant, les trois ans revendiqués par la majorité écrasante des partis politiques correspondent à ce qui figurait dans le code électoral avant que le pouvoir en place ne l’ait changé à dessein. Certainement mis au parfum de cette conduite qui ne correspond pas à la consigne donnée par le vrai boss, le Président Issoufou a dû sévir. Selon notre source, le représentant du Pnds à ces concertations politiques, qui n’est autre que Boubacar Sabo, le secrétaire aux élections du parti de Mohamed Bazoum, a été remplacé avant d’être autorisé à reprendre sa place au sein du comité ad’ hoc. Connu pour être proche de Bazoum au sein du parti, Boubacar Sabo n’a fait que suivre le mot d’ordre du président du parti. Rien de surprenant, le code électoral actuel ayant vu le jour dans l’antre du ministre de l’Intérieur qui en a été l’inspirateur. A la fin de cette semaine, le comité ad’ hoc doit déposer son rapport sur le bureau de Brigi Rafini, président du CNDP, qui convoquera sans doute une réunion en vue de présenter et d’entériner les résultats des concertations entamées depuis plus de deux semaines. Les Nigériens seront alors fixés sur les intentions et la volonté des uns et des autres d’aller vers l’organisation d’élections crédibles.

Laboukoye

03 novembre  2018
Source : Le Courrier

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