Dossier sur l’accord secret Salou Djibo-Mahamadou Issoufou : Des indices troublants

et/images/stories/Salou_Issoufou__2.jpgLes Nigériens continuent de deviser sur l’affaire du deal secret qui lierait Mahamadou Issoufou au général Salou Djibo, le tombeur de Mamadou Tandja. Et alors que les spéculations vont train et que le Président Issoufou s’emmure dans un silence assourdissant, le chef de la junte militaire de 2010, lui, se fait remarquer dans un activisme politique déconcertant. Entre autres témoignages reçus par Le Courrier, Salou Djibo a confié à des proches, à l’occasion de la fête de ramadan passée, qu’il travaillerait à rendre la justice plus crédible dès qu’il revient au pouvoir L’affaire Salou Djibo est loin de connaître son épilogue. Lisez plutôt, vous trouverez dans ce dossier, tous les éléments du puzzle.

Pourquoi la famille Salou est-elle dans le collimateur du pouvoir installé en avril 2011 ?

Niamey, le 17 décembre 2015. Alors que les Nigériens avaient leurs yeux tournés vers Maradi, ville-hôte de la fête tournante de la République, Mahamadou Issoufou annonce, dans son message à la nation, la mise à l’échec d’un coup d’Etat militaire. Pour la nième fois, avec toujours des victimes, l’homme annonce un coup d’Etat qu’il peine à prouver. « Le Gouvernement vient de déjouer une tentative malheureuse de déstabilisation. L’objectif de ces individus, animés par je ne sais quelle motivation, était de renverser le pouvoir démocratiquement élu en utilisant les moyens mis à leur disposition par le peuple pour assurer sa sécurité ».Le chef de l’Etat, manifestement très motivé, ajoute que ce coup d’Etat déjoué est l’œuvre « d’une poignée d’individus qui envisageaient notamment d’utiliser la puissance de feu des moyens aériens qu’ils ont bloqués délibérément depuis des semaines, ici à Niamey, alors que je les pressais de les envoyer à Diffa sur le front de la lutte contre BokoHaram où nos vaillants soldats, leurs frères d’armes, en ont le plus grand besoin ».

Parmi les mis en cause, il y a trois parents proches du général Salou Djibo, le tombeur de Mamadou Tandja. Le général Salou Souleymane, un oncle de Salou Djibo, Ali Salou, le grand-frère et Niandou Salou Souleymane, le neveu du général Salou Djibo et fils du général Salou Souleymane. La surprise est de taille, à telle enseigne que des voix se sont élevées pour demander si le général Salou Djibo ne serait pas impliqué. À Niamey, les gens n’ont pas fini de s’interroger sur cette affaire qui. présente toutes les caractéristiques d’un complot visant à régler des comptes. Les domiciles d’Ali Salou et du fils du général Salou Souleymane feront l’objet de plusieurs perquisitions. Quatre exactement chez le premier et trois chez le second. Et si le vrai-faux coup d’Etat peut être un bel alibi pour justifier une perquisition, il y a lieu de relever que la toute première qui a visé le domicile d’Ali Salou a eu lieu bien avant, longtemps avant l’annonce du 17 décembre 2015. Déjà en 2011, lorsque le 2 août, le Président Issoufou annonça dans son adresse à la nation qu’il y a eu une tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat, le 12 juillet 2011, Ali Salou, frère aîné de Salou Djibo et le général Souleymane Salou, chef d’Etat-major général des Forces armées nigériennes sous la transition militaire de Salou Djibo, faisaient partie des personnes interpellées et entendues à la gendarmerie. Leurs domiciles furent mis à sac lors de perquisitions diligentées par la gendarmerie. Un terrain clôturé et appartenant à Ali Salou, en particulier, fut investi un lundi 15 août 2015, sous une pluie battante, par des éléments de la gendarmerie et de la DGSE, la direction générale de la sécurité de l’Etat. Ali Salou y fut entraîné et une fouille des lieux est faite durant plusieurs heures, entrecoupée d’interrogatoires de l’infortuné Ali Salou. À leur départ, les gendarmes avaient un lot de documents dont on ignorait la nature. Le domicile de Cissé Ousmane, ministre de l’Intérieur de Salou Djibo et source, selon Hama Amadou, de l’information sur le pacte secret Salou Issoufou, a été également perquisitionné. Il était pourtant conseiller du président de la République avec rang de ministre à l’époque. Que cherchaient les limiers du régime ? De l’avis de certains connaisseurs de l’affaire, le vraicoup d’Etat de décembre 2015 n’est que la suite logique de ce qui a été initié en août 2011. « C’est ce fameux document secret qui était recherché et à défaut de le retrouver, dit-il, il a été décidé de faire payer ceux qui sont accusés de l’avoir fait dissiper ». Si la preuve formelle n’est pas faite que le pouvoir en place court depuis 2011 derrière ce fameux document secret, il est curieux de constater que le général Salou Djibo n’a rien fait pour sortir ses parents d’affaire. Son indifférence face au triste sort qui a été réservé à sa famille dans un pays où des narcotrafiquants sont ignorés, voire protégés et soutenus, surprend et choque. Salou Djibo aurait-il sacrifié sa famille sur l’autel du pouvoir et de ce deal secret ? La copie du pacte secret entre lui et Issoufou serait-elle la cause de ce drame familial ?
Laboukoye

12 octobre 2018
Source : Le Courrier

Imprimer E-mail

Politique