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Elections 2021 : Quel autre complot se dessine ?

Election Presidentielle 2021Image d'illustrationAlors que tout semble baigner dans l’huile pour le Pnds Tareyya et que le pouvoir de Niamey donne l’impression de revenir à de meilleurs dispositions d’esprit par rapport au processus électoral, les Nigériens, eux, ne se sont jamais interrogés autant, depuis plus d’un quart de siècle, sur ce que leur réservent les échéances électorales à venir. Leur crainte est d’autant plus justifiée qu’il y a une sorte de clair-obscur qui entoure le processus électoral.Et pour une fois, des hommes, précisément trois, vont voler la vedette aux formations politiques jusqu’ici prédominants. Mahamadou Issoufou, Mohamed Bazoum et le soldat Salou Djibo constituent le trio qui fait peur au Niger. Si Mahamadou Issoufou clame à tous vents qu’il ne modifiera pas la Constitution et qu’il ne briguera pas un autre mandat à la fin du terme légal de son mandat actuel, il n’inspire pas toutefois confiance à un grand nombre de Nigériens, y compris au sein du Pnds Tareyya. S’il joue la carte de la prolongation de mandat par «cas de force majeure» comme un certain Joseph Kabila, il n’aura ni modifier la Constitution ni briguer un autre mandat. Ce serait les circonstances objectives qui l’auraient contraint, malgré lui, à rester à la tête de l’État pour éviter toute vacance du pouvoir. Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on. L’expérience douloureuse du Tasartché, du nom local de la prolongation de mandat que Mamadou Tandja leur a servie, il y a près de 10 ans, en lieu et place d’un message de reconnaissance et de gratitude à l’endroit du peuple nigérien, est là, vivace dans les esprits. Des signes et des prémices de cette volonté que l’on a vue chez Tandja polluent le pouvoir actuel. Outre qu’il travaille visiblement à une promotion fulgurante de son fils dans la haute sphère de l’État, Mahamadou Issoufou a également entrepris des démarches en vue de rénover le paais présidentiel à hauteur de 14 milliards FCFA. Sani Issoufou Mahamadou dit Abba est passé, en deux ans, de responsable de la communication présidentielle, avec un budget de plus d’un milliard, à directeur de Cabinet de son président de père. Une ascension fulgurante qui ne manque pas d’intriguer autour de lui. Et d’inquiéter aussi. Président du Pnds Tareyya depuis l’accession de Mahamadou Issoufou à la tête de l’État, en 2011, Mohamed Bazoum a toujours caressé le rêve de lui succéder également à la présidence de la République. Pour y arriver, il s’est défoncé, se battant sur tous les fronts, tel un forcené, pour porter l’estocade à une opposition coriace. Il a été de tous les combats, défendant becs et ongles le régime, même lorsque les arguments lui manquent cruellement. Pressenti comme le candidat naturel du Pnds Tareyya, Mohamed Bazoum n’est pas pourtant à l’abri du syndrome qui, il y a un peu plus de dix ans, a fait chavirer le Niger dans un tourbillon d’incertitudes.

Des primaires improvisés pour recaler Mohamed Bazoum ?

Interrogé à maintes fois sur celui qui sera le candidat du Pnds Tareyya, Mahamadou Issoufou s’est trouvé un bel abri pour esquiver une question qui le gêne en réalité. « C’est au Pnds Tareyya de désigner son candidat », coupe-t-il, net. Ce qui n’est pas faux par ailleurs. Seulement, la démarche habituelle semble avoir changé. Contrairement aux années précédentes où c’est le Comité exécutif fédéral qui choisit le candidat du parti et convoque, dans le respect du statut du parti , un congrès d’investiture, cette fois-ci, le candidat devra faire tout un parcours de combattant avant de remporter la partie. Mahamadou Issoufou a été, cinq fois, désigné candidat du Pnds à l’élection présidentielle par le Comité exécutif du parti avant d’être investi par un congrès extraordinaire. Mohamed Bazoum n’aura pas cette chance. Il devra se battre avec d’autres et le risque est très élevé qu’il soit battu lors de ces primaires improvisés par un lobby, au sein du Pnds, qui serait formellement contre sa candidature. Lors de la récente assemblée générale fédérale, tenue au siège du parti, le vendredi 28 septembre 2018, le président actuel du Pnds Tareyya en a pris toute la mesure. Des débats, il est ressorti essentiellement qu’il est loin de faire l’unanimité et que bon nombre de participants planchent ouvertement pour une candidature de Brigi Rafini, l’actuel Premier ministre et chef de gouvernement. Selon les confidences d’un membre du Pnds, cinq des huit régions du pays seraient contre l’investiture de Mohamed Bazoum pour la présidentielle prochaine. Ce débat, malsain au sein d’un parti politique qui a longtemps joué à camoufler ses divergences internes, a pourtant atteint des sommets incroyables.

Vers la mise en place d’un comité de soutien au Président Issoufou ?

Mohamed Bazoum, confie une source du Pnds qui a requis l’anonymat, serait très amer mais aurait juré qu’il ne serait jamais le premier à dégainer. Il attend son heure, persuadé que le Président Issoufou sera obligé de sortir au grand jour et d’abattre ses cartes. Récemment, un acteur de la société civile très proche des milieux du PndsTareyya et défenseur. acharné du régime actuel, a publié sur les réseaux sociaux un texte qui en dit long sur les intentions de certains cercles du pouvoir. « Partant du constat des réalisations massives et des promesses tenues à l’adresse de ses concitoyens, le président de la République mérite l’attention du peuple [ ]. De jeunes cadres citoyens de toutes les régions du pays, y compris de la diaspora, ont décidé de créer un vaste mouvement citoyen qui aura comme seul objectif, de communiquer sur les progrès réalisés, internaliser ces progrès et puis consolider les acquis démocratiques », a-t-il écrit sur sa page Facebook, jetant le trouble, à la fois dans les rangs de l’opposition politique et de certains pans du Pnds Tareyya. Si la finalité de cette troublante initiative n’est pas déclinée dans le post, l’intention de valoriser auprès des populations nigériennes les actions de Mahamadou Issoufou à la tête de l’État suscite de vives inquiétudes. En 2006, c’est exactement comme ça que les artisans du Tasartché avaient commencé leur aventure. Alors qu’on le croyait tendre vers la sortie, Mamadou Tandja a entamé une intense communication sur ses réalisations et les chantiers ouverts. Et puis Le Président Issoufou est-il étranger à cet air déjà connu ? Nul ne le sait pour le moment. Mais ce texte, estampillé du mot « Un autre Tasartché en marche », et largement partagé sur les réseaux sociaux, a suscité plein de spéculations sur les intentions du Président Issoufou, l’auteur du texte ayant des atomes crochus avec l’actuel porte-parole du gouvernement, Abdourahamane Zakaria.

Le Général Salou Djibo serait-il effectivement dans les startingblocks ?

Et le soldat Salou Djibo dans tout ça ? Tombeur de Mamadou Tandja en février 2010, le Général Salou Djibo n’a pas fait que mettre un terme à la dérive de Mamadou Tandja. Avec un gouvernement bourré de cadres du Pnds Tareyya, Salou Djibo, dit-on, a facilité l’accession au pouvoir de Mahamadou Issoufou. Selon les révélations faites par Hama Amadou, le chef de file de l’opposition, il y aurait un accord secret entre Salou Djibo et Mahamadou Issoufou autour d’un retour d’ascenseur du second au premier au terme de deux mandats au pouvoir. Ce secret, Hama Amadou dit le tenir de l’ancien ministre de l’Intérieur de la Transition de Salou Djibo, Cissé Ousmane , actuellement ambassadeur du Niger au Tchad. Vrai ou pas, le Général Salou Djibo a été très présent aux côtés du Président Issoufou durant ces sept années de pouvoir. Résidant à l’étranger, le Général s’est vu régulièrement invité lors des grands rendez-vous nationaux, s’affichant dans le premier cercle des invités d’honneur. Si, comme le soutient Hama Amadou, l’accord secret condamne Mahamadou Issoufou à créer les conditions d’un retour au pouvoir du Général Salou, il reste que les observateurs s’interrogent sur les modalités et les possibilités qui s’offrent au président de la République. Non seulement Salou Djibo est toujours sous le drapeau, mais il n’est pas militant du Pnds pour être adoubé comme candidat du parti par les instances habilitées à le faire. On voit mal dès lors comment un retour au pouvoir de Salou Djibo serait-il possible ? C’est une véritable quadrature du cercle ou plutôt un triangle de feu. Le Président Issoufou, qui est pratiquement pris entre le marteau et l’enclume, devra jouer très serré pour trouver la solution à une situation des plus explosives. Dans l’hypothèse où l’affaire Salou Djibo tient la route, qui sera sacrifié ? Qui va rouler qui dans la farine ?

Un processus électoral bancal et sujet à caution Pour bon nombre d’observateurs, les risques d’une résurgence du passé sont importants et il est évident que le processus électoral en serait le détonateur. À 15 mois des élections locales ouvrant le cycle électoral des scrutins de fin de mandat, c’est l’imbroglio qui se profile à l’horizon. Selon des sources dignes de foi, dans le contexte du Niger, avec un état-civil à construire, il ne faudra pas moins de quatre années pleines pour disposer d’un fichier biométrique fiable. Les élections locales, prévues le 13 janvier 2020, ne pourront, donc, pas se tenir à date avec un fichier électoral biométrique. Si Mahamadou Issoufou en a pris solennellement l’engagement et que certains hauts responsables du régime, à l’instar de Mohamed Bazoum, ont estimé que le fichier électoral sur la base duquel, pourtant, les élections de 2016 ont été organisées, n’est pas fiable, il y a de quoi inquiéter la classe politique nigérienne. Avec quel fichier électoral faudra-t-il faire les élections ? Outre que la commission électorale accuse déjà un retard de plus de deux mois dans la mise en œuvre de son chronogramme, la mise à disposition du budget pour éviter davantage le naufrage pose problème. L’État fait face à d’énormes problèmes financiers et les partenaires extérieurs ne financent plus les élections de cours de mandat qui relèvent de la souveraineté des Etats. C’est d’ailleurs cet imbroglio qui a amené le pouvoir de Niamey à chercher une voie de sortie à travers la convocation d’une réunion du CNDP autour de la question lancinante de la révision du code électoral. « Une pure diversion tendant à noyer l’incapacité du pouvoir à organiser les élections avec un fichier biométrique fiable », souligne Soumana Sanda, un membre du bureau politique de Lumana et président régional de Niamey.

Laboukoye
07 octobre 2018
Source : Le Courrier

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