Luttes citoyennes et libertés publiques : Bazoum doit savoir que la force n’est pas, ainsi qu’il le pense, de leur côté

Bazoum Le Niger n’a jamais connu des turbulences aussi violentes qu’en l’ère de la Renaissance où, ceux qui avaient dit qu’ils en savaient trop sur les affres de l’exclusion pour l’avoir vécue dans leur chair, et que pour ce, qu’ils pouvaient savoir éviter au pays les torts qu’elle peut causer, n’ont fait que plongé le pays dans l’abîme en dévoyant la démocratie. Les socialistes, comme dirait l’autre, avait la gueule, et comme si on était encore en 1960, ils continuaient à se promener dans la populace avec les mêmes discours roturiers, promettant l’impossible et propageant le mensonge. Ainsi avait-on appris que les 3N auraient tellement transformé le Niger qu’aucun Nigérien ne migre, avant que l’actualité ne vienne démentir la prétention avec les refoulés d’Algérie et Libye mais aussi les morts sur les chemins du désert. C’est avec des chiffres que les socialistes trompaient, disant le nombre de classes qu’ils avaient construites par «heure» si l’on tient compte des statistiques avancées, le nombre de milliards mobilisés, avant que leur adversaire – Seyni Oumarou – devenu leur allié ne les dissuade à éviter, sinon à être prudents à avancer tout de go des statistiques aussi pompeuses, falsifiées et vaniteuses. Ainsi, finirent-ils par perdre de vue la réalité nigérienne, ne voyant plus le pays à travers leurs lunettes roses que sous les couleurs de l’Eldorado que serait devenu le Niger. Lors de la dernière campagne électorale, l’on a même entendu le candidat de la «majorité inventée» que le Niger sera un paradis si jamais on lui renouvelait une confiance. Plus de deux ans après, le pays est resté le même enfer, la même prison à ciel ouvert qu’une loi de finances déraisonnée est venue empirer. Alors qu’aucune richesse n’a été créée pour soulager les souffrances des Nigériens, voilà qu’après avoir détruit l’économie nationale par le vol massif et le pillage, les Renaissants, pour réparer leurs fautes en demandent plus aux Nigériens. C’est d’autant plus insultant que le régime n’est même pas capable de sévir dans les rangs des malfrats qui infestent son empire. Alors que les Nigériens s’en inquiétaient, dénonçant le caractère impopulaire et injuste des mesures iniques contenues dans la loi, le régime fait fi des récriminations on ne peut plus fondées, avance penaud, décidé à mettre en œuvre son texte, croyant naïvement que la multitude des taxes peut seule le sauver de la misère économique que sa démesure a provoquée dans le pays. Face à ses surdités, les Nigériens n’avaient eu d’autres choix que de se dresser contre la loi de finances, déterminés à la combattre ensemble en étendant le front aux différentes régions du pays où les mots d’ordre étaient massivement suivis. La fronde prend de l’ampleur, et pris de panique, le régime opte pour « les armes de destruction massive » en privilégiant la force.

et la violence, la prison et l’embastillement, l’interdiction de manifester et l’intimidation. Il l’avait déjà, du reste, fait avec l’opposition dont les membres influents ont tous passé par la case prison et aujourd’hui, il y en a qui sont dans les geôles du pouvoir de Niamey, sans jugement, sous le silence complice des défenseurs des droits humains. Alors qu’ils minimisaient les colères populaires, les socialistes finirent par comprendre qu’elles étaient réelles et profondes. Il fallait alors à tout prix casser l’élan et la solution est toute trouvée : se servir d’accusations fallacieuses, pour mettre aux arrêts les leaders, les déporter loin de la capitale, tant pis si les procédures consacrées ne devraient pas être respectées. Jamais, dans le pays, la prison n’a été ouverte aux honnêtes citoyens que sous ce régime. Le ministre de l’Intérieur, le sieur Bazoum, fier de leur abus, ne pouvait d’ailleurs pas cacher leur bonheur pour leur triomphe supposé, et dans ses dérives verbales, il est arrivé à confirmer les soupçons d’immixtion, lorsqu’il avoua à la stupeur générale, qu’ils « avaient réglé leurs comptes » et que désormais, se rassurant que la prison ramollit, il estime que chacun restera à sa place, parce que chacun aurait ainsi compris de quel côté se trouve la FORCE. Pouvait-il oublier que le Niger n’est pas une île sur laquelle on peut tout se permettre et agir à sa guise, perpétuant l’injuste et les abus, et croire que jamais, un autre, ne puisse interpeller sur des agissements qui jurent d’avec les principes partagés de notre siècle ?

Pressions internationales

Après la rencontre avec Macron, lors d’une visite d’État, les observateurs avaient compris qu’au-delà des apparences, la France se soucie bien de ce qui ce passe au Niger. C’est Issoufou Mahamadou lui-même qui avait dit, lors de leur point de presse conjoint au sortir de leur entretien, qu’il venait de parler avec le Président Macron, de la démocratie au Niger sans doute, « et qu’il s’en va en 2021 », sans briguer un troisième mandat. Comment, des partenaires qui devraient parler de coopération, pouvaient-ils aborder un tel sujet qui ne peut que fâcher ? Macron, agit à l’ombre en vérité, plus en diplomate, sur des sujets graves qu’il a préférés ne pas exposer à la rumeur publique, sachant que pour quelqu’un qui s’est fait l’allié corvéable de son pays, la parole de la France compte beaucoup. On a également vu, Jean Luc Mélenchon, le député français des Insoumis, écrire pour interpeller l’Assemblée Nationale française sur les périls qui guettent la démocratie nigérienne, demandant, pour exprimer toute son inquiétude, si la France allait continuer à fermer les yeux sur ce qui, très grave, se passe depuis quelques temps au Niger.

L’emprisonnement des acteurs de la société civile est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et depuis, l’on a vu des déclarations tranchantes les unes que les autres venir, tant de l’autre bout du monde que de l’Afrique, en soutien aux acteurs détenus arbitrairement car tout le monde aura compris que le but visé par cette précaution peu défendable en démocratie, était simplement d’étouffer la contestation et d’arriver à stériliser la fronde sociale. Amnesty International, Oxfam, Tournons la Page, Reporters sans Frontière, Publiez ce que vous avait payé, le NDI, etc. avait toutes fait entendre leur voix, souvent collectivement, quelque fois individuellement, pour dire, leurs préoccupations par rapport à la situation des droits humains et des libertés fondamentales dans le pays de Diori Hamani. C’est ainsi, finalement que le régime est arrivé à réveiller la conscience d’un monde dont on a cru depuis longtemps, qu’il était sourd par rapport à la situation critique du Niger et de sa démocratie. Comment pouvait-il en douter désormais, lorsque piégé en France par des journalistes qui questionnaient devant Macron, pour se défendre, le président nigérien, manquant d’arguments pour se défendre face aux accusations de dictateur qui le visent depuis des mois, n’ait plus que des contrevérités à faire valoir pour montrer que ses victimes, supposés être des putschistes, méritaient le cachot. Il les présentait en effet comme des subversifs tout aussi haïssables que des terroristes et en utilisant un aussi gros mot, sans doute espérait-il emballer la presse française et Macron qui restent pourtant assez lucides pour comprendre la légèreté de l’argumentaire développé pour étayer minablement la thèse officielle de l’action subversive de la société civile qui ne saurait avoir d’écho dans une France où, le peuple n’a jamais arrêté de lutter. Comment d’ailleurs le comprendre lorsqu’on sait que c’est en profitant de luttes qu’Issoufou lui-même est arrivé au pouvoir ?

La mobilisation d’acteurs internationaux de la société civile autour du sort des activistes nigériens a alors lourdement compté dans la balance lorsqu’on sait que toute la procédure est surveillée et scrutée et que le Droit, partout, ne peut avoir qu’un sens, un seul. Le Niger a beau être sous les tropiques, il ne peut interpréter les lois au gré des seuls intérêts de ses gouvernants. Cette mobilisation extérieure montre alors que l’Extérieur est désormais très informé sur la situation de la démocratie et des droits humains dans le pays.

Le dimanche, la télévision nationale, avait même montré l’ambassadeur d’Amérique reçu en audience par le président Issoufou et à sa sortie de l’audience, il n’a pas voulu s’encombrer de précautions diplomatiques, pour dire les sujets de son entretien avec son interlocuteur Nigérien, ne voulant pas inscrire son rôle dans le choix des hypocrisies habituelles qui font que, pour soigner des relations bilatérales, l’on a manqué de l’audace à tenir à l’autre un discours de vérité. Eric Whitaker a lors dit sans détour à la presse qu’il a discuté avec le Issoufou Mahamadou, le président nigérien,de la situation des acteurs de la société civile, de la situation des droits de l’homme, des libertés publiques, du trafic de la drogue et de la sécurité. C’est clair et limpide, il s’agit là de sujets qu’il n’est pas facile d’aborder avec des gens qui ont jusqu’ici cru qu’ils peuvent tout se permettre dans l’impunité et avec les complaisances de la communauté internationale. Comme on le voit, les choses ne sont plus là où elles étaient : des lignes bougent et la communauté internationale, commencent à se déterminer par rapport à la situation du Niger pour éviter au pays, des lendemains difficiles que ses laxismes pouvaient provoquer. D’ailleurs, sur les réseaux sociaux, on pouvait voir aussi que c’est la détermination d’un Sénateur américain, M.Pompeo, ulcéré par la grave détérioration de la situation des droits humains au Niger, qui a aidé d’une façon ou d’une autre, à aller à la libération des acteurs de la société civile et cette audience de l’ambassadeur des USA, ne peut que le corroborer. Alioum Tine, n’avaitil pas dit d’ailleurs qu’ils ont rencontré le ministre de la justice, Morou Amadou, avant le procès ? Si Issoufou, ainsi qu’aiment à le dire ses sbires, n’est pas seul, sans doute doiventils aussi se rendre compte aujourd’hui qu’Ali Idrissa, Nouhou Arzika, Moussa Tchangari, Lirwana, M. Zodi et tant d’autres de Niamey et de Zinder, ne sont pas seuls au monde et qu’on ne peut pas les écraser impunément parce qu’on estime qu’on a la FORCE, se servant d’une partie triée et manipulable d’une police et d’une garde nationale. En lisant la note du sénateur américain, le régime aura compris qu’il est désormais découvert et sous surveillance.

Un verdict cinglant Même si, le verdict est assorti d’une condamnation, avec sursis en l’occurrence, on aura compris que ce fut un vrai camouflet pour le régime qui, jusqu’à la dernière minute, comptait sur les gentillesses de la justice pour avoir la sanction escomptée et pour cela, il n’avait pas manqué de renforcer la sécurité autour du palais de Justice, pour parer à d’éventuels débordements au cas où, la décision du juge, venait à irriter des militants qui s’étaient amassés tout autour dans l’espoir de célébrer la libération de leurs leaders. La décision du juge ne peut qu’affaiblir le régime, un régime qui a fait le choix de gouverner dans le déni de droit, harcelant tous ceux qui se dressent en face de sa malgouvernance. Poussés à porter plainte par ceux qui leur ont fait la faveur, en usant de coup de force, pour leur confier la gouvernance de la ville de Niamey, les responsables de la délégation spéciale, ont été les dindons de la farce parce que le juge a refusé de considérer leur plainte. Mais, il n’y a pas que cela qui les humilie. En effet, ce sont même les interdictions de manifester décidée par la délégation spéciale dont on sait qu’elle a été propulsée à la tête de la ville de Niamey, justement pour jouer un tel mauvais rôle et empêcher que les populations de Niamey n’aient à manifester contre le régime, sachant bien que le PNDS ne peut contrôler, électoralement parlant, la ville de Niamey, qui ont été déclarées illégales. Désormais, on l’aura compris, il va être difficile d’interdire des manifestations sur des motifs fallacieux et continuer à confisquer des libertés publiques en continuant à se servir d’interdictions non fondées en droit. On se demande, quelles raisons, pourra à l’avenir avancer la délégation spéciale pour interdire des manifestations sur le territoire de la ville de Niamey. Ce qui est également valable pour toutes les régions du pays où les journées d’action citoyenne, JAC, avaient été menées.

Une société civile plus que jamais debout avec le peuple Les leaders de la société civile sont désormais ragaillardis, conscients qu’aujourd’hui, la communauté internationale se préoccupe au plus haut point de ce qui se passe au Niger. La mobilisation que l’on a vue autour des leaders pendant le procès, montre bien que l’élan est loin de s’estomper et que les Nigériens restent déterminés à se battre contre la loi de finances, contre la mal gouvernance, contre les injustices, contre la préparation inique des futures élections, en l’occurrence contre la CENI-Tarreya, et la loi électorale. Sans doute que maintenant, Bazoum doit avoir compris que la force, n’est pas, ainsi qu’il le laissait entendre, de leur côté. La Force reste au peuple, seul détenteur et légataire du pouvoir. Il sait surtout que la gestion violente des manifestations pacifiques, ne peut plus avoir cours dans le pays. Comment d’ailleurs, le PNDS qui n’a existé que dans la lutte permanente, peut-il avoir peur d’une lutte pour ne pas savoir gérer des manifestations et s’en accommoder ?

L’engagement des Nigériens est fort pour se battre pour leur mieux-être gravement compromis par un gouvernement qui a fait le choix de plaire à l’extérieur, non à son peuple. Le discours des leaders de la société civile libérés, n’a pas varié, au contraire, il s’est radicalisé et quand on sait que ces hommes ont le soutien de la majorité des Nigériens, on comprend que le régime a de quoi s’effrayer. Nouhou Arzika, Moussa Tchangari et Ali Idrissa, sont plus que jamais déterminés à poursuivre le combat, et, ont-ils martelé, même s’il leur faudra pour cela, retourner en prison, jusqu’à ce que le régime entende raison, pour ouvrir un dialogue franc avec la société civile. Moussa Tchangari, plus confiant en leur lutte, dira que « Incha Allah nous allons vaincre, ça il n’y a même pas de doute ». Et ça donne des sueurs.

Tirer des leçons .

Les partenaires du Niger ont compris que si le régime s’agite aujourd’hui à vouloir brimer les colères populaires, c’est que, sans doute, le pouvoir de Niamey, souffre de légitimité car que peut-on craindre, lorsqu’on se targue d’avoir été élu à plus de 92% pour vouloir étouffer une contestation ? Les observateurs ont compris que le pouvoir des Camarades est habité par le doute pour ne croire s’en sortir qu’en usant de violence contre le peuple qui manifeste pacifiquement.

L’autre enseignement est que les princes qui gouvernent au Niger doivent savoir qu’ils vivent sur la même planète avec le reste du monde, pour comprendre que les actes qu’ils posent, sont scrutés, même de loin par des partenaires sérieux, comme ces ONG internationales et certaines chancelleries, qui n’ont que faire de notre uranium pour tenir à ce que la démocratie se pratique dans les règles ? Les mots de l’ambassadeur d’Amérique, prononcés, sans gants en disent long sur l’état d’esprit qui prévaut chez certains partenaires. Et la Renaissance ne peut plus dire qu’elle n’entend rien. Il se trouve que parmi des questions qui intéressent les USA, il y a le trafic de drogue dénoncé par l’ensemble des Nigériens ; grave sujet qu’il a également abordé avec les autorités nigériennes. C’est une préoccupation majeure des Etats-Unis d’Amérique pour laquelle, déjà, il y a quelques années, l’Amérique avait attiré l’attention de la présidence du Niger, notamment pour ses proximités avec certains milieux douteux, en l’occurrence de narcotrafiquants, dont des éléments émargent à la présidence comme conseillers. Et le fruit se gâte…

06 août 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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