Sommet des présidents des Assemblées des pays membres du G5 Sahel : «Il est, en effet, indispensable que l’intégration de nos moyens sécuritaires et la coopération économique que nous entamons dans la sous-région sahélienne soient une affaire des peuples

Presidents Assemblees pays membres G5 SahelLes présidents des Assemblées nationales des pays membres du G5 Sahel étaient en conclave hier à Niamey. L’ouverture des travaux présidée par SE. Ousseini Tinni, président de l’Assemblée nationale, s’est déroulée au palais des congrès en présence des délégations parlementaires venues du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Tchad et la France, ainsi que plusieurs personnalités. Il s’est agi au cours de cette rencontre de réfléchir sur comment les parlements peuvent accompagner la dynamique enclenchée par les pays du Sahel à travers le G5 –Sahel, en vu de faire face aux défis qui se posent à ladite région. Des défis qui ont pour noms le terrorisme, les trafics, le changement climatique, la migration, la transition démographique, etc. Un communiqué final sur lequel nous reviendrons a sanctionné cette rencontre. A l’ouverture, le Président de l’Assemblée nationale s’est réjoui de la tenue de cette rencontre qui estime-t-il, témoigne du souci partagé sur le devenir de cet espace commun. (Lire, ci-dessous, l’intégralité du discours prononcé par SE. Ousseini Tinni).

«Excellence Messieurs les Présidents d’assemblée, chers collègues ;

Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement;

Messieurs les chefs des délégations parlementaires des Assemblées burkinabè, française et tchadienne ;

Messieurs les membres du Gouvernement ;

Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Consuls généraux;

Chers Collègues députés,

Mesdames et Messieurs ;

Au nom de la Représentation nationale du Niger, permettez-moi de souhaiter la plus cordiale des bienvenues en terre sahélienne du Niger à mes frères et amis, les présidents des assemblées du Mali et de la Mauritanie, à leurs délégations respectives et aux délégations des Assemblées du Burkina Faso, de la France et du Tchad.

Chers amis, chers collègues, je vous remercie d’avoir accepté d’honorer l’invitation que je vous ai faite de venir au Niger afin, qu’ensemble, nous réfléchissions autour des sujets de grandes préoccupations pour notre zone. Je sais que vous l’avez fait, fort volontiers, car vous êtes tous très soucieux du devenir de cet espace commun, aujourd’hui confrontée aux défis les plus graves de son histoire.

Cette zone, le Sahel, terre de vielles civilisations de culture, de grande tradition et d’une histoire plus que millénaire, est aujourd’hui, de part en part, assaillie de menaces multiformes aussi dangereuses les unes que les autres. Sans être exhaustif, j’évoquerai le fait migratoire, piège mortel pour notre jeunesse, le développement du fanatisme religieux, les velléités de repli identitaire cultivées par certaines franges de nos populations ; mais, il y a surtout le terrorisme aveugle, ce terrorisme qui traine dans son sillage une spirale de violence que ni des revendications territoriales, ni des raisons idéologiques ne justifient. Mais, il devient de plus en plus certain que son objectif non avoué n’est ni plus ni moins que la destruction nos Etats ! Comme par un effet de contagion, il menace l’ensemble de la sous-région à des degrés divers.

Cependant, distingués collègues, face à tous ces défis, en dépit de nos moyens limités, nous avons réagi avec vigueur et détermination. Nous affrontons sans faiblesse tous nos ennemis, apparents et cachés ; nous le faisons avec cet engagement et ce courage qui ont permis à nos ancêtres de bâtir des empires prestigieux dont les vestiges jalonnent nos paysages encore aujourd’hui !

Mais, l’ennemi étant sournois et se présentant sous plusieurs formes, l’affronter en ordre dispersé relèverait de la témérité surtout qu’il est devenu évident qu’il bénéficie, l’on ne sait trop comment, de soutiens financiers et matériels qui semblent sans limite. Cet ennemi nous est commun, il nous faut donc faire cause commune pour l’affronter et le vaincre ; comme le disais à ce propos SEM ISSOUFOU MAHAMADOU, (je cite) : «Face au danger commun nous devons organiser une riposte commune et concertée. En effet, le terrorisme a effacé les frontières géographiques entre pays et donc aussi la frontière entre sécurité intérieure et sécurité extérieure » (Fin de citation).

C’est certainement dans cette optique et surtout pour ménager cette fierté ombrageuse du sahélien, qui ne peut longtemps supporter que d’autres fassent ses guerres à sa place, que nos pays ont créé le G5 Sahel et la force militaire qui va avec. A cette organisation dont l’opinion ne retient que l’aspect militaire, nos Etats ont donné des objectifs plus larges encore, notamment, la vocation à servir de cadre de coordination et de suivi de la coopération régionale en matière de politique de développement et de sécurité.

Distingués collègues, c’est certainement cette grande ambition qui a valu au G5 Sahel l’accueil enthousiaste dont il a bénéficié. Nos populations comme nos partenaires y ont vu le moyen le plus efficace pour lutter et vaincre le terrorisme aussi bien par les moyens militaires que par une restructuration de nos économies, restructuration qui, à terme, permet d’éviter que la misère ne continue à lui servir de terreau fertile. Le G5 Sahel est donc né avec des préjugés favorables ! Il s’est donné des organes dont certains sont déjà opérationnels. C’est notamment le cas de la Force conjointe. Quant au Programme d’Investissements Prioritaires, instrument de mise en œuvre de la Stratégie pour le développement et la sécurité du G5 Sahel, il reçoit progressivement le soutien appuyé de nombreux partenaires au développement.

Cependant, à ce stade de l’évolution du G5 Sahel, il me semble que son architecture a oublié un pilier important. Il s’agit, à mon sens, d’un organe de contrôle démocratique. Il est, en effet, indispensable que l’intégration de nos moyens sécuritaires et la coopération économique que nous entamons dans la sous-région sahélienne soient une affaire des peuples aussi bien que des Gouvernants. Et ce d’autant plus que les problématiques prises en charge par le G5 Sahel participent également de la compétence des parlementaires.

C’est pourquoi, chers collègues, nous sommes tous d’avis qu’une structure interparlementaire vienne compléter les organes déjà opérationnels du G5 Sahel. A cet organe, j’estime qu’il faudrait attribuer une vocation de veille, de conseil et d’information pour mieux créer une synergie des actions visant à assurer la pérennité des programmes de développement et de sécurité dans cette zone.

En effet, comme nous le savons tous, le terrorisme et le surcroit de pauvreté qu’il engendre concernent d’abord les peuples, pour le combattre les représentants de ce peuple doivent être associés à tous les niveaux ; il s’agit là d’une évidente logique. C’est dans ce cadre qu’un projet d’une résolution portant sur une structure interparlementaire sur le G5 Sahel a été initié par l’Assemblée Parlementaire de la Francophonie. Enrichi à Paris par un collège de points focaux, ce projet doit être aujourd’hui finalisé par les Présidents d’assemblée. C’est la raison d’être de notre réunion que nous prolongerons cet après-midi avec la participation du Président du Parlement européen qui nous fait l’amitié d’une visite au Niger.

Je souhaite donc, de tout cœur, que nous parvenions à la bonne décision qui sera partagée avec les principaux partenaires du G5 Sahel en octobre prochain à Paris. En attendant, mon vœu le plus sincère est qu’au-delà des pays composant le G5 Sahel actuel, tous ceux concernés par le phénomène du terrorisme se concertent au niveau gouvernemental comme au plan parlementaire pour agir ensemble et donner à la lutte une chance de succès. Encore une fois, chers collègues, merci d’avoir fait le déplacement de Niamey.

Je vous remercie »

18 juillet 2018
Source : http://lesahel.org/

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