Le combat pour la restauration de la démocratie nigérienne doit se faire au Niger et non en France

Le combat pour la restauration de la démocratie nigérienne doit se faire au Niger et non en France

Si l’on peut se satisfaire du fort tollé entretenu par plusieurs ONG, personnalités et médias français au cours de la visite du Président Issoufou Mahamadou à Paris, il était tout à fait naïf de penser que le Président français Emmanuel Macron pouvait publiquement «gronder» son homologue nigérien par rapport au recul démocratique observé au Niger. Emmanuel Macron ne pouvait le faire pour au moins trois raisons. La première est qu’il n’est pas admis dans les règles diplomatiques que le Président d’un pays s’en prenne publiquement à un autre par rapport ce qui se passe dans son pays, surtout lorsque le second est en visite officielle chez le premier. La deuxième raison pour laquelle le Président Macron ne peut pas fâcher son homologue Issoufou Mahamadou est que ce dernier a rendu beaucoup de services à la France depuis 7 ans qu’il est au pouvoir. Non seulement il s’est beaucoup investi pour la libération des otages français enlevés entre le Mali et le Niger, mais il a aussi ouvert le sol nigérien à la France pour y installer des bases militaires. A cela il faut aussi ajouter les juteux contrats qu’obtiennent au Niger des entreprises françaises comme Bolloré et la SATOM, sans oublier les «facilités» obtenues par AREVA qui a renvoyé aux calendes grecques l’exploitation de la mine uranifère d’Imouraren. N’est-ce pas le même Issoufou Mahamadou qui aide la France et beaucoup d’autres pays européens à empêcher l’accès à leurs territoires à des milliers de jeunes africains candidats à l’émigration ? Ceux qui connaissent un peu sur les relations internationales, essentiellement basées sur des intérêts pour des pays comme la France, savaient à l’avance qu’Emmanuel Macron ne va oser prononcer des mots qui pouvaient fâcher son visiteur. La troisième raison pour laquelle le Président français ne pouvait pas faire des reproches à son hôte est qu’il y a quelques mois, au cours d’une visite à Niamey, le jeune Macron, sans doute dans la fougue du début de son mandat, a dit à son homologue nigérien qu’il était un démocrate. Revenir aujourd’hui soutenir le contraire peut l’exposer à bien

des épreuves face à une opinion française intraitable vis-à-vis des régimes qui badinent avec les libertés fondamentales. Mais ce qui est sûr c’est qu’en privé, le Président français a dû dire certaines vérités à son hôte par rapport à toute la campagne de dénonciation menée par des ONG, personnalités et médias français par rapport au recul démocratique constaté ces derniers temps au Niger. La France vise certes ses intérêts, mais elle reste toujours un pays des droits de l’homme qui ne peut se taire face à certaines violations de ces droits, surtout lorsqu’elles ont cours dans ses anciennes colonies. Mais, que le Président français ait, oui ou non, «tiré les oreilles» de son visiteur, les Nigériens attachés à la défense de la démocratie doivent se convaincre que la restauration de cette démocratie, aujourd’hui dévoyée par le pouvoir du PNDS-TARAYYA, doit se faire au Niger et non en France. Ce sont eux qui doivent se libérer de la peur et se battre pour imposer le respect des droits consacrés par la Constitution aux tenants du régime en place.

C’est tout simplement malheureux qu’avec toutes les expériences acquises en matière de luttes démocratiques, les Nigériens soient systématiquement interdits d’organiser des simples manifestations de rue par des gens qui ont usé et même abusé de ce droit quand ils étaient à l’opposition. C’est tout aussi honteux pour le reste de la classe politique qu’un parti politique lui impose ses choix par rapport à la conduite du processus électoral, alors qu’à l’opposition ce même parti a bénéficié d’une oreille attentive par rapport à ses propositions dans les différents processus électoraux, au point de faire convoquer des réunions du Conseil national de dialogue politique (CNDP) quand il le voulait. Comment tous ces partis qui composent l’opposition et les autres de la majorité présidentielle sont arrivés à manquer de courage pour rappeler au seul PNDS-TARAYYA que le fait d’exercer le pouvoir ne lui donne pas le droit de diriger le Niger comme bon lui semble ? C’est vraiment lamentable.
Dan Lamso

12 juin 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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