Élections de 2021 : Qu’est-ce qui fait courir Bazoum Mohamed ?

Alors que son parti n’a toujours pas annoncé, même de façon officieuse, sa candidature à la présidentielle de 2021, le président du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARAYYA) et ministre de l’Intérieur Bazoum Mohamed semble être l’homme politique le plus pressé pour le rendez-vous de 2021. Il ne rate aucune occasion pour, non seulement combattre toute idée du maintien au pouvoir du Président Issoufou Mahamadou au-delà de 2021, mais aussi et surtout souhaiter la non-participation de l’opposition à cette élection. Il y a une dizaine de jours, réagissant à l’appel lancé par des jeunes de Zinder pour un troisième mandat du Président Issoufou Mahamadou, il est intervenu sur la Radio France Internationale (RFI) pour déclarer qu’un troisième mandat est synonyme d’un «coup d’État» au Niger, comme pour dire à Issoufou Mahamadou – dont il pense être le dauphin naturel – qu’il va le combattre si d’aventure il ose prolonger son séjour au palais présidentiel à la fin de son second et dernier mandat constitutionnel. Profitant d’un séjour en Arabie Saoudite la semaine dernière, le même Bazoum Mohamed a déclaré à des Nigériens venus l’écouter que le processus électoral est en marche et qu’il se poursuivra avec ou sans l’opposition. Usant de sa double casquette de président du principal parti au pouvoir et de ministre de l’Intérieur, Bazoum Mohamed semble donc faire de ce processus électoral une affaire personnelle. En même temps qu’il travaille à étouffer toute envie du Président

Issoufou Mahamadou à se maintenir au pouvoir, il veut d’une élection à laquelle l’opposition ne présentera pas de candidat pour qu’au cas où son parti va le présenter, il n’y ait aucun obstacle pour se faire élire, convaincu qu’il semble que les partis alliés du PNDSTARAYYA ne présenteront pas de candidats qui peuvent faire ombrage à sa candidature. Mais l’homme risque d’être désagréablement surpris s’il persiste dans cette posture qui consiste à montrer qu’il maitrise toute la scène politique et qu’il peut imposer ses volontés à tout le monde. Sa première surprise risque de venir de son propre parti, où ses incessantes sorties pour combattre toute idée d’un éventuel troisième mandat du Président Issoufou Mahamadou peut lui attirer bien des ennuis. On observe d’ailleurs qu’il est la seule personnalité du PNDS-TARAYYA à déclarer publiquement qu’un troisième mandat est impossible, jusqu’à l’assimiler à un coup d’État. En 2007, c’est quand l’ancien Premier ministre Hama Amadou a commencé à manifester ses intentions de succéder au Président Tandja Mamadou qu’il s’est trouvé des adversaires farouches au sein du Mouvement national pour la société de développement (MNSDNASSARA) et qui se sont donné pour mission de le détruire, malgré son expérience et son assise politiques que lui Bazoum Mohamed est loin d’avoir pour le moment.

La seconde surprise que le candidat, non encore déclaré, du PNDS-TARAYYA va avoir, au cas même où sa candidature sera retenue par son parti, c’est que contrairement à Issoufou Mahamadou lors du deuxième tour de la présidentielle de 2016, lui ne sera pas seul devant les électeurs nigériens. Il y aura non seulement les candidats de l’opposition, mais aussi ceux de certains partis alliés du PNDSTARAYYA qui avaient juste voulu accompagner le Président Issoufou Mahamadou pour ses deux mandats et qui tisseront d’autres alliances au nom des intérêts de leurs partis et du Niger en général. Contrairement à ce que semble penser Bazoum Mohamed, les élections de 2021 ne seront pas comme une simple formalité pour lui. Il fera face à des obstacles aussi bien au sein de son parti que de la part des autres partis. L’homme a plus intérêt à entretenir des bonnes relations avec tout le monde que de persister dans cette posture vat- en-guerre qui peut être fatale pour son avenir politique.

Dan Lamso

12 juin 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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