Départ du Mpn Kiishin Kassa de la Mrn : L’esprit visionnaire de l’ancienne ministre de la communication et de l’ancien gouverneur de Diffa

Sani Koubra Abdoulaye Mahaman Laouali Dan DanoPlus que celle de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ibrahim Yacoubou c’est la démission de l’ancienne ministre de la communication et celle de l’ancien gouverneur de Diffa, de certains directeurs généraux des sociétés d’Etat et le 4e délégué spécial de la ville de Niamey qui méritent d’être saluer par leur courage politique, en claquant tous la porte après le départ du Mouvement patriotique nigérien (Mpn Kiishin Kassa) de la mouvance présidentielle. Et pour cause ! Si Ibrahim Yacoubou n’a pris sa décision qu’après avoir été informé, par le Premier ministre, que le Président de la République ne souhaite plus le garder dans son gouvernement, Mme Sani Koubra Abdoulaye et M. Mahaman Laouali Dan Dano ont démissionné de leurs postes par respect au mot d’ordre de leur parti. Nul doute que l’ancienne ministre de la communication et l’ancien gouverneur de la région de Diffa ont fait l’objet d’au moins de tentatives de marchandage de la part des tenants du pouvoir, pour rester à leurs postes et entretenir un climat de rébellion au sein de leur parti. En décidant  de renoncer aux avantages matériels liés aux postes qu’ils occupaient, Mme Sani Koubra Abdoulaye et Mahaman Laouali Dan Dano ont fait montre d’un courage politique rare dans ce Niger, où certains acteurs politiques sont prêts à tous les reniements possibles pour s’accrocher à des postes. Ils ont aussi et surtout, fait preuve d’un esprit visionnaire. L’histoire récente du Niger a prouvé que tous les hommes et femmes qui ont refusé, à un moment ou à un autre, de suivre les consignes de leurs partis, ont brutalement compromis leur carrière politique. Les exemples sont légion, mais on peut simplement se limiter aux cas de ceux qui ont été observés sous ce régime du Président Issoufou Mahamadou. Ainsi, en est-il de l’ancien vice-président de la Convention démocratique et sociale (Cds-Rahama) Abdou Labo, de l’ancien Secrétaire général du Moden/FA/Lumana Omar Hamidou Tchiana et de l’ancienne ministre du Tourisme et militante du Moden/fa Lumana, Mme Haoua Baaré.

 

En 2011, alors que son parti a appelé à voter pour le candidat du Mouvement national pour la société de développement (Mnsd Nassara) au second tour de l’élection présidentielle, Abdou Labo a refusé de suivre le mot d’ordre et a appelé à voter pour le candidat du Pnds Tarayya. Aujourd’hui aucun homme politique ne souhaite vivre le drame que vit ce monsieur qui, après avoir vu son image ternie dans la sordide affaire dite des «bébés importés» et purgé une peine d’un an de prison ferme, vient d’être déchu de son titre de député. En 2013, Omar Hamidou Tchiana et Mme Haoua Baaré faisaient partie des ministres de Lumana qui ont refusé de suivre le mot d’ordre de leur parti, en acceptant de siéger dans le gouvernement dit d’union nationale mis en place par le Président Issoufou Mahamadou. Exclus de leur parti pour indiscipline, Omar Hamidou Tchiana et Mme Haoua Baaré se sont lancés dans une véritable aventure politique qui a conduit le premier à créer son parti et la deuxième à rallier le principal parti au pouvoir. Alors que les choses donnaient l’air de bien marcher pour lui, Omar Hamidou Tchiana apprit, un matin, que ses «amis» du Pnds n’ont plus besoin de lui dans leur gouvernement. Dans un
sursaut d’orgueil, l’homme annonça sa démission. Mais mal lui en prit car, beaucoup des membres du bureau politique et des structures de son parti l’ont désa voué. Craignant sans doute de perdre son Alliance des mouvements pour l’émergence du Niger (AMEN-AMIN), Omar Hamidou Tchiana est, certes, parti du gouvernement, mais se trouve contraint de rester aux côtés d’un pouvoir qui n’a que du mépris pour lui, au point de faire place à ses adversaires dans des cérémonies et autres manifestations des partis de la mouvance présidentielle. Quant à Mme Haoua Baaré, devenue simple militante de base de Tarayya, elle a, depuis, perdu son poste de ministre auquel elle était pourtant attachée et a même disparu de la scène publique. Le Président Issoufou Mahamadou et son parti ont cette capacité d’utiliser des gens peu avertis contre leurs partis politiques et de les jeter comme des citrons pressés, dès qu’ils constatent qu’ils n’ont plus besoin de leurs services. L’ancienne ministre de la communication et l’ancien gouverneur de Diffa ont sans doute compris cela en restant fidèles à la ligne de conduite de leur parti, le MPN Kiishin Kassa.

03 avril 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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