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Répression de la manifestation et fermeture du campus universitaire : Un pouvoir qui tire sur tout ce qui bouge

https://www.nigerdiaspora.net/images/Nouhou-Moussa-Ali-Lirwana.jpgLe 18 avril dernier, c’est une journée cauchemardesque que les étudiants nigériens à l’Université de Niamey ont vécue. Après avoir été, pendant des longues heures, pourchassés, gazés et matraqués par des éléments des forces de l’ordre, ils ont été délogés du campus et des cités annexes en fin de journée et jetés dans la rue comme s’ils ne sont pas dans leur propre pays.

Habitués à manifester et même à bloquer des voies principales de la ville avec des bus, sans que cela ne donne lieu à la moindre intervention des forces de l’ordre, après les évènements du 10 avril 2017 ayant entraîné la mort de leur camarade Malla Kelloumi Bagalé, les étudiants de l’Université de Niamey ont été désagréablement surpris, le mercredi 18 avril dernier, quand ils ont tenté d’organiser une manifestation. Les mêmes forces de l’ordre, qui les laissaient faire jusque-là, les ont pris en chasse, gazés et matraqués. Plusieurs d’entre eux ont été blessés et admis dans les hôpitaux de Niamey. Certains ont été arrêtés et jetés en prison. Les pauvres étudiants étaient, apparemment, loin de se rendre compte que la peur qui s’est emparé du pouvoir, au lendemain de la mort de Malla Bagalé Kelloumi, l’a quitté et que ce pouvoir, acculé de toutes parts ces dernières semaines, est devenu subitement violent et considère toute manifestation de contestation comme un complot visant à le renverser. La fermeture du campus et des cités annexes, décidée dans la même journée du mercredi par le ministre de l’enseignement supérieur est la preuve que le pouvoir est décidé à mater ces étudiants qui, habitués à manifester sans informer personne, semblent ignorer qu’ils vivent désormais dans une ère où même lorsqu’on informe l’autorité, on ne peut plus organiser une manifestation de contestation dans les rues de Niamey. Ne pouvant donc plus souffrir la moindre contradiction, le pouvoir du Président Issoufou Mahamadou tire désormais sur tout ce qui bouge.

Et comme pour dire que les choses ne seront plus comme avant, le pouvoir a arrêté une dizaine d’étudiants, parmi lesquels cinq ont été placés sous mandat de dépôt à la Maison d’arrêt de Niamey. Avant les étudiants, ce sont les acteurs de la société civile et des citoyens opposés à la loi de finances 2018 qui ont fait les frais de cette posture radicale et violente dans laquelle s’est inscrit le pouvoir. C’est que le 25 mars et le 11 avril dernier, leurs manifestations ont été violemment réprimées par les forces de l’ordre. A ce jour, vingt-six (26) responsables de la société civile et des manifestants croupissent dans diverses prisons de la région de Tillabéri, sans connaître la date où ils seront présentés devant un juge. Au fur et à mesure que la tension sociale monte et que s’approchent les élections de 2021, le pouvoir va certainement devenir plus brutal et plus intolérant à l’endroit de tous les malpensants.

03 avril 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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