Présidentielle 2021 : Bazoum Mohamed, Saadi et le fantôme de Kadhafi

Présidentielle 2021 : Bazoum Mohamed, Saadi et le fantôme de Kadhafi Quelques luttes de clans divisent le PNDS quand même le parti le nie, arguant son édifice se porte bien alors même que l’on sait que quelques rivalités le minent intérieurement. Dans la perspective des prochaines échéances de 2021, avec un parti pour lequel le président arrivera en fin de mandat, c’est plutôt normal car chacun en fonction de ses choix, de ses analyses, de ses intérêts peut douter d’un autre, rendant du coup problématique le choix de l’oiseau rare. Y a-t-il vraiment un au PNDS aujourd’hui ? Hiérarchiquement, quand on considère le schéma politique du parti, il y en a un que des principes qualifient théoriquement pour la succession et c’est d’ailleurs ce postulat qui n’est forcément pas pertinent pour permettre à un autre de croire que l’heure de voir son étoile scintiller dans le ciel sombre serait venu pour commencer déjà à « saliver » pour sa consécration en mettant en place son lobby pour les joutes à venir qui justifie naïvement l’espérance de celui qui dirige aujourd’hui la machine socialiste. Comment résoudre l’énigme quand le ver est déjà dans le fruit ?

L’on sait en vérité que le pouvoir divise plus qu’il ne rassemble et depuis que le PNDS est au pouvoir, des clans se sont constitués et se livrent a une lutte implacable de positionnement. C’est logique, du reste. Les Nigériens n’ont d’ailleurs pas à s’en plaindre. C’est une donne essentialisée de la politique. Partout.

Il est quand même de permis de rêver et ne dénions pas ce droit au capitaine de l’équipe nigérienne des socialistes. Mais le patron actuel du PNDS sait certainement, que rien n’est encore joué et qu’il doit faire face à d’autres adversités internes beaucoup plus complexes qui risquent de l’éclabousser et de lui brouiller les cartes qu’il croit tenir en mains.

Pour certains observateurs d’ailleurs, à la faveur des temps d’incertitude que vit le régime, les frondeurs tapis dans l’ombre ont compris que l’heure n’est pas à la lutte des clans qui risque de précipiter leur chute mais plutôt à taire les divergences et les différends latents qui les traversent, à marquer une trêve, le temps de laisser passer l’orage qu’une loi des finances a légitimité et rendu plus violent. Alors, le président qui attend légitimement le retour de l’ascenseur vit un temps de sursis et d’angoisse, le temps que demain, les haches soient déterrées pour ouvrir enfin la lutte fratricide qui viendra inévitablement éclabousser un parti qui se féodalise depuis quelques temps avec une configuration et une domination patriarcale qui peut avoir déjà alerté certains à l’intérieur du parti même. Rassuré par les gentillesses conjoncturelles qu’on lui fait pour lui faire plaisir en faisant chasser du système Ibrahim Yacoubou qu’il avait pour une première fois déjà congédié du parti, il ne reste pas moins vrai que l’homme est aujourd’hui habité par le doute, redoutant les feintes d’un clan qui n’a pas dit son dernier mot et révélé son schéma tactique. Pour le comprendre, il n’y avait qu’à vérifier l’identité des personnes qui forment l’entourage du président de la République et qui gravitent au centre du pouvoir et qui, comme renards, dans son repos vigilant, pensent et peaufinent des stratégies putschistes.

On a, depuis le processus de préparation du congrès du parti, donné l’impression au président du parti de gérer toute la démarche sans en avoir pourtant tout le contrôle dans les faits. On pourrait croire qu’il en a conscience, qu’il a conscience de la délicatesse de la situation qui est la sienne aujourd’hui. Peut-il avoir déjà observé des signes qui ne le rassurent pas, des signes qui annoncent un clash inévitable ? Au moins le philosophe ne doit pas manquer de flair pour comprendre les profondeurs d’un jeu d’échec. Depuis quelques jours, l’homme est très nerveux, s’emportant pour la moindre remarque déplaisante faite sur leur gouvernance. On l’a d’ailleurs vu la dernière fois, lorsqu’il devait répondre à une question d’actualité devant la représentation nationale s’agiter, incapable de prendre les hauteurs qu’il prétendait pouvoir prendre. Pourquoi s’emporter quand on lui demande seulement de dire, quel est la situation des femmes et des enfants enlevés à Ngalewa ? Cette question vaut-elle tout ce commentaire préalable pour insulter une opposition ? Comme quoi, c’est difficile d’être un homme d’État. L’Opposition lui a certainement pardonné ces mots méchants, car du reste, elle sait que le verbe de cet homme est toujours décalé, vénéneux et en plus, depuis des jours, il pourrait vivre une anxiété qui le met hors de lui. En tout cas, depuis quelques jours, ajoutés à ses interrogations existentielles, il n’est pas un homme heureux car ayant compris que sur la route de 2021, il n’y a pas finalement qu’un PNDS qu’il doit craindre, ou encore un Moden Fa Lumama devenu sa bête noire, mais aussi le comportement qui a été le sien et par lequel, il n’avait jamais été capable de soigner son discours et son image de présidentiable.

Aussi, depuis des jours, la mauvaise nouvelle du surgissement politique de Saadi Kadhafi et de la résurrection du père Kadhafi submergent l’homme qui comprend enfin que dans les eaux, il n’y a pas qu’à craindre des crocodiles. Il y a pire… Décidément, les temps ne sont pas bons et les cauris de la géomancie ne sont pas aussi rassurants pour son étoile qui s’éteint, eut-on cru. La météo politique est mauvaise.

Théoriquement donc, Bazoum devraient succéder à Issoufou pour briguer la magistrature suprême du pays, pas pour diriger le pays. Les aléas de la politique contrarient les projets et les espoirs, ombrageant l’horizon politique d’un homme au faîte de sa gloire depuis la conférence sans être capable aujourd’hui d’élévation et de grandeur.

Certains comportements de l’homme qui a voulu s’exposer pour plaire à leur mentor, joueront certainement contre lui. L’on sait qu’on lui reproche de manquer de fief pour aspirer à assumer l’héritage du PNDS et que pour cette « faute », certains à l’intérieur du parti voient d’un mauvais œil que le parti l’investisse pour porter en 2021 les couleurs du parti. Il y a aussi le fait que l’homme n’a su que cultiver des relations conflictuelles, ne pouvant à chaque fois qu’il sort pour communiquer sur les médias, mesurer son discours pour le circonscrire dans la limite de ce que la bienséance commande. Sur Rfi, on devrait entendre mardi matin, qu’il – ministre de l’Intérieur – serait prêt à mater les manifestations citoyennes s’il le faut pour faire appliquer la loi de finance que les Nigériens dénoncent. Les temps des brutalités est donc venu…. Fervent concepteur de la division ethniciste de l’armée, il n’a pas eu de pudeur à révéler aux médias cette perception gauche de ce qui fait pourtant la force d’une armée républicaine. Il est difficile de faire confiance à cet ancien syndicaliste dont le discours n’a jamais pu évoluer, gardant les verdeurs de l’adolescence. On ne peut pas prétendre diriger une nation sans avoir une certaine trempe, une certaine capacité à s’élever au-dessus de certains sujets. C’est dire que si l’homme doit se plaindre d’un autre pour son étoile qui pourrait s’assombrir, il ne devait s’en prendre qu’à lui-même et à ses comportements roturiers qu’il a eus pour détruire et ruiner si imprudemment son image d’homme politique qui pourrait nourrir d’aussi grands et nobles ambitions de diriger un pays. Le temps est peut-être venu de regretter ses démesures et son activisme assez osé. Mais, il n’y a pas que cela qui joue contre celui qui pourrait être le prochain candidat sur lequel devraient miser des socialistes en mal de leadership.

Des facteurs objectifs qui ne le présidentialisent pas…

C’est pendant que l’homme tente d’avoir une emprise sur le parti après un congrès qui le reconduit pour préserver une cohésion fragile, alors même son contrôle sur l’appareil est aléatoire, en tout cas pas effectif, qu’un autre problème refait surface, le bruit étant si assourdissant tel un tonnerre que l’homme semble aller se terrer. Et pendant que rfi cherchait à le joindre pour avoir une version officielle du rôle qu’il a joué dans l’extradition du fils de l’ancien Guide libyen et donner plus de lumière sur l’affaire à l’opinion internationale, il était devenu injoignable, se taisant comme carpe, lui qui aime tant les parades sur les médias.

Le fantôme libyen…

L’accusation est ferme et précise : le ministre des affaires étrangères, selon l’avocate de Saadi Kadhafi, aurait pris le magot pour l’extrader et le livrer au régime islamiste qui semait le chaos dans le pays du Guide, espérant peut-être qu’il ne pourra pas survivre aux sévices qu’on lui fera subir dans cette Libye de non-droit, devenue surtout une poudrière. On raconte qu’une plainte serait déjà déposée contre celui qui trône aujourd’hui comme un chef de file de la mouvance, et d’autres responsables, notamment en Libye. Et on pourrait se demander si Ibrahim Yacoubou, au regard du poste qu’il occupait avait eu écho des odeurs nauséabondes de cette affaire et d’autres qui risquent d’éclabousser le système pour ne pas attendre d’être les victimes collatérales d’un chambardement que la géopolitique risque de hâter. C’est donc ce fantôme libyen qui poursuit Bazoum depuis des jours. Ceux qui le combattraient dans le parti trouvent ainsi à travers ce dossier, sans oublier cette affaire de passeport dont on l’accuse, le moyen de le liquider politiquement et définitivement pour lui obstruer les portes de 2021. C’est d’autant plus sérieux que cette affaire n’est pas une mince affaire parce qu’elle risque d’emporter tout un système car, comme l’affaire de l’uraniumgate, Bazoum, pour être honnête, n’aura pas agi seul, et le butin de la transaction, n’aura pas profité qu’à lui seul. Les partageurs doivent se connaitre, pour afficher depuis des jours un profil bas. Si ces accusations se confirment, il va sans dire que certains officiels nigériens, risqueront de limiter leurs voyages et s’interdiront certainement des destinations pour ne pas risquer de ne pas avoir la chance de revenir au pays, une justice pouvant les appréhender dans leurs villégiatures.

Ce qui corrobore le caractère mafieux de cette affaire scabreuse qui ternit davantage l’image du pays et de sa gouvernance, c’est ce silence complet de tout le système qui ne peut dire un mot après d’aussi graves et humiliantes accusations. Pour des gens qui aiment tant parler, pourquoi avoir choisi de se taire alors que leur honneur est mis en jeu dans cette accusation trop blessante pour toute une nation ? C’est intrigant. Le rêve de la présidence se brise et comme il a pu le dire, sans détenir de preuve, c’est aujourd’hui, peut-être contre lui, que l’affirmation « Je ne vois comment [Bazoum] pourra s’en sortir », semble avoir plus consistance et de sens et ce d’autant que cette affaire arrange aussi ses adversaires internes.

Le temps est venu donc pour ceux qui disent qu’ils sont braves, de se mettre à la disposition de la justice internationale dès que l’accusation sera officiellement révélée, pour se laver et laver l’opprobre que leur acte jette sur la réputation de tout un pays, de tout un peuple. Les prochains jours risqueront d’être plus bavards.

WALÉ.  

27 avril 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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