Intervention du Secrétaire Permanent du G5 Sahel au siège de la Commission européenne :

Maman Sidikou G5 Bruxelles 01Honorable président,
Je tiens, en commençant mon propos, à vous remercier de l’opportunité qui m’est offerte ce jour de vous faire part des activités du G5 Sahel.
Comme vous le savez, la région du Sahel continue de faire face à de multiples menaces et défis complexes et diversifiés, notamment la migration clandestine, la traite des êtres humains, la contrebande, le narcotrafic et l'extrémisme religieux qui déstabilisent la région et contribuent significativement à la propagation du terrorisme dans cette partie du continent Africain. Ces menaces à la sécurité du Sahel sont le résultat d'un certain nombre de facteurs, en l’occurrence une faiblesse de la gouvernance et des services offerts aux populations, la forte vulnérabilité aux effets du changement climatique, la désertification et les cycles de sécheresse et de famine, qui n’ont fait que renforcer la marginalisation d’une frange importante des populations de la région et, in fine fragiliser considérablement la cohésion sociale.
Eu égard à l’acuité des difficultés et conscients des similitudes entre les problématiques auxquelles sont confrontées ces cinq pays historiquement, culturellement et géographiquement proches, il a été décidé en 2014 de la création du G5 Sahel par les Chefs d’États de la Mauritanie, du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad. Et ceci, dans le but de mutualiser les moyens et d’œuvrer ensemble pour apporter les réponses appropriées aux graves problèmes communs, essentiellement en matière de sécurité et de développement.
Depuis, des progrès sont à signaler notamment dans l’effort en vue de mieux appréhender la complexité des problématiques identifiées, nous pensons par exemple aux solutions les plus adaptées pour remédier rapidement aux causes profondes de l'extrême pauvreté, corriger l'absence de structures étatiques dans une grande partie de la région et renforcer la sécurité dans les zones frontalières fragiles. Tous ces dysfonctionnements sont apparus à la suite de crises et de tensions qui ont affecté la région pendant des décennies, citons par exemples la sécheresse, la forte croissance démographique, le pastoralisme traditionnel entrant en conflit avec l'expansion des modes de subsistance établis ainsi que les pressions écologiques grandissantes.

Aussi, l'engagement désormais pris par les pays du G5 Sahel d'apporter des dividendes durables en matière de sécurité et de développement dans la région a des implications considérables. Chaque État membre consacre par exemple entre 15% et 17% de son budget annuel à la sécurité, au détriment d'autres affectations telles que l'investissement dans les secteurs sociaux. C’est ici l’occasion de rappeler que face à l’évidente nécessité d'assurer un financement durable des actions entamées ou envisagées au sein du G5 Sahel, tout en tenant compte de la responsabilité première des États directement concernés, la lutte contre la menace terroriste étant une préoccupation mondiale, il est impérieux de réussir à matérialiser un véritable partenariat international au bénéfice du Sahel, notamment dans une perspective de partage des charges inhérentes à cette grande bataille essentielle pour notre sécurité à tous.
Des discussions dans ce sens sont en cours avec différents partenaires depuis plusieurs mois, l’Union européenne parmi les plus actifs de nos partenaires. Et je suis heureux d'annoncer que le rythme de ces négociations s'est considérablement accéléré ces dernières semaines avec en particulier, des progrès significatifs réalisés en ce qui a trait à la coordination des efforts internationaux sur le Sahel, le développement de nouvelles modalités de financement, la promotion des efforts de développement et la mise en opération de la Force Conjointe du G5 Sahel.
Concernant spécifiquement le renforcement de la coordination des efforts internationaux sur le Sahel, de nombreux engagements ont été pris récemment à Niamey, Nouakchott et Bruxelles lors de rencontres ayant réunies le G5 Sahel, l'Union africaine, les Nations Unies, l'Union européenne et d'autres partenaires pour notamment assurer la cohérence et la coordination des réponses internationales sur et dans le Sahel d’une part, et une meilleure hiérarchisation des appuis en matière de développement, d’aide humanitaire et de sécurité d’autre part.
Je me réjouis tout particulièrement du fait que la Commission de l'Union africaine, en collaboration avec la CEDEAO, le G5 Sahel, les Nations Unies et d'autres partenaires, ait récemment organisé une importante conférence à Nouakchott en vue de lancer les consultations devant aboutir rapidement à l’élaboration d’une stratégie commune pour la paix, la sécurité et le développement dans l’ensemble de la grande région du Sahel.

En ce qui concerne les modalités financières qui sous-tendent les efforts du G5 Sahel, des progrès encourageants ont été réalisés depuis les discussions en France au Château de la Celle Saint-Cloud en décembre dernier. Les chefs d'États du G5 Sahel ont notamment décidé de la création d’un Fonds fiduciaire pour la Force du G5 Sahel et que celui-ci soit opérationnel le plus rapidement possible, tout en rappelant l’importance de trouver la formule idoine afin d’assurer un financement durable des opérations de la Force.
Outre le financement mobilisé à l'intérieur de la région, les partenaires multilatéraux et bilatéraux ont déjà promis 414 millions d’euros en soutien à la mise en place de la Force du G5 Sahel. De plus, les Nations Unies apporteront un soutien logistique aux opérations menées sur le territoire malien par le biais de l'appui de la MINUSMA. En effet, le 8 décembre 2017, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 2391 qui permet à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) de fournir un appui logistique à la Force G5 Sahel lorsque celle-ci opère sur le territoire malien. En février dernier, le G5 Sahel, les Nations Unies et l'Union européenne ont signé un accord technique sur cette base et le soutien logistique fourni par la MINUSMA est désormais effectif. Cet accord permettra au G5 Sahel de s'appuyer sur les succès des opérations de Haw bi et de Pagnali qui ont été menées respectivement en novembre 2017 et janvier 2018, et d'intensifier les opérations futures.
À l'heure actuelle, plus de 3 000 des 5 000 soldats prévus pour la Force du G5 Sahel ont été déployés. L’opérationnalisation des activités des quatre postes de commandements de la force a atteint quant à elle un taux de 85%. Cependant, les bataillons déployés doivent encore être certifiés afin de consacrer leur transfert au compte des opérations interarmées. Des progrès sont aussi enregistrés dans la mise au point du Concept stratégique des opérations et, point crucial dans l’optique d’une quête d’adhésion toujours plus grande de nos populations à cette action, des mesures sont prises afin d’assurer au mieux le respect des Droits de l'Homme, du Droit international humanitaire et de la politique de diligence raisonnable des Nations Unies dans ce domaine. En procédant de cette manière, nous comptons parvenir à respecter toutes nos obligations internationales dans la conduite des opérations.

Honorable président,
Permettez-moi, à ce stade, de faire trois observations sur le type de soutien et d'engagement dont le G5 Sahel aurait particulièrement besoin de la part de nos partenaires internationaux dont les pays de l’Union européenne, pour intensifier son action et assurer des résultats plus probants rapidement.

Premièrement, le G5 Sahel continue à solliciter la compréhension du Conseil de sécurité des Nations Unies en vue d’accorder un mandat au titre du Chapitre VII pour la Force du G5 Sahel, afin de permettre que ses opérations soient suffisamment solides et robustes, et qu'elles soient plus fortement soutenues par la communauté internationale.
Comme je l'ai souligné plus tôt, notre conviction est que la lutte contre la menace terroriste est une responsabilité mondiale, peu importe où le phénomène se manifeste. Ce mandat plus approprié de l’ONU est essentiel afin de garantir que les opérations de la Force du G5 Sahel à l'intérieur et à l'extérieur du territoire malien soient pleinement soutenues. Sinon, nous courons le risque réel de simplement déplacer les menaces qui pèsent actuellement sur le Mali vers d'autres régions du Sahel, où des opérations militaires d’envergure pourraient s’avérer encore plus difficiles à appuyer surtout sans l’apport des Nations Unies.

Deuxièmement, la mise en place d'une approche globale de la sécurité au Sahel nécessite une action collective au-delà des opérations de la Force du G5 Sahel. Ce fait exige notamment une collaboration plus accrue entre tous les services de sécurité et de renseignements de la région de telles sortes que les capacités collectives de la région et des acteurs internationaux susceptibles de nous soutenir soient mieux utilisées et que les menaces à la sécurité ne soient pas déplacées d'une région à l'autre mais qu’elles soient plutôt stoppées et démantelées de manière cohérente et radicale. À cet égard, des discussions sur la manière de tirer profit des précédents efforts dans la région, y compris le processus de Nouakchott de l'Union africaine et de travailler avec les mécanismes de coordination de sécurité africains et internationaux sont en cours. À l’évidence, l'éventail des menaces à la sécurité au Sahel doit être traité de manière globale.

Et troisièmement, nous devons veiller à ce que l'approche globale de réponse internationale aux problématiques majeures de la région du Sahel qui est en train d’être mise en place ne soit pas uniquement dictée par des considérations de sécurité, mais aussi par la pleine reconnaissance des défis plus diversifiés auxquels le Sahel est confrontée et qui mettent en péril une région stratégique pour la stabilité et le développement durable du continent Africain, notre région étant le trait d’union entre le Nord et le Sud du continent.

De tout ce qui précède, il apparait primordial que notre réflexion puisse davantage être guidée par la pleine compréhension que les approches inclusives du développement, les solutions à long terme pour lutter contre la désertification et le changement climatique, le renforcement de la sécurité alimentaire, les considérations de Genre et les questions d’employabilité des jeunes soient pleinement intégrées dans tous les aspects de l’engagement international dans la grande région du Sahel aujourd'hui afin que soient solidement établies les conditions d'une paix et d'une sécurité durables demain.
À cet égard, nous avons aujourd'hui une opportunité unique au Sahel d'exploiter de manière significative les opérations de sécurité immédiates qui sont mises en place particulièrement à travers les approches politiques, humanitaires et de développement du G5 Sahel, concrétisant ainsi la vision de l'Union Africaine “de faire taire les armes à feu” d'ici à 2020 sur notre continent.
Toutes ces actions en cours et envisagées ne pourront s’enraciner qu’avec une bonne gouvernance à tous les niveaux et une plus grande implication des populations à la base. Aussi, pour y parvenir, nous devons veiller à ce que la prise en compte des véritables attentes des communautés et des peuples du Sahel soient au cœur de nos initiatives et que nos populations puissent réellement participer à façonner ce nouveau visage du Sahel que nous escomptons tous.
Si nous réussissons à faire en sorte que les diverses communautés de la région s'engagent dans des projets communs de développement multisectoriel, du plus petit au plus ambitieux projet, et qu’elles puissent travailler ensemble notamment dans les zones frontalières pour améliorer leur vécu quotidien, alors l'avenir du Sahel sera assuré et toute la mobilisation et la solidarité internationale que nous constatons de plus en plus ces derniers temps portera des fruits véritablement à la hauteur de nos espérances.
Je vous remercie de votre aimable attention.

Bruxelles, 24 avril 2018

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