Interdictions des manifestations et refus d’obtempérer à des décisions de justice : Les Nigériens face à un pouvoir hors-la-loi

Interdictions des manifestations et refus d’obtempérer à des décisions de justice : Les Nigériens face à un pouvoir hors-la-loiimage d'illustrationNe pouvant plus supporter les contestations dont sa gouvernance est l’objet de la part d’une large partie de la population, le régime du Président Issoufou Mahamadou a, visiblement, opté pour la dictature comme mode de gestion de son pouvoir. Non seulement, ce régime ne tolère plus l’exercice des libertés, pourtant consacrées par la Constitution, mais aussi, il ne se plie aux décisions de justice que lorsque celles-ci l’arrangent.

Depuis le 25 mars dernier, le régime du Président Issoufou Mahamadou s’est inscrit dans la logique d’interdire systématiquement les manifestations de la société civile contre la loi de finances 2018. A Niamey, les responsables des principales organisations de cette société civile et une vingtaine de manifestants ont été arrêtés et déportés dans des prisons différentes de la région de Tillabéry. Depuis cette date, toutes les demandes de manifestations soumises par la société civile, à Niamey et dans les autres régions du pays, sont systématiquement rejetés par les autorités, sous des prétextes de raisons de sécurité, alors même que toutes les manifestations organisées par le pouvoir ou en sa faveur sont autorisées. On se souvient que les responsables de la ville de Niamey avaient interdit la manifestation du 25 mars de la société civile, alors même que le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-TARAYYA), le principal parti au pouvoir, tenait les travaux de son 7ème congrès ordinaire au Palais du 29 juillet. Alors que le président de la Délégation spéciale de Niamey justifiait l’interdiction de la manifestation de la société civile par «des raisons évidentes de sécurité», le PNDS-TARAYYA animait même des spectacles nocturnes à la devanture de son siège et dans un quartier populaire de Niamey. A vrai dire et tous les observateurs avertis l’ont compris, le régime du Président Issoufou Mahamadou n’arrive plus à fermer l’œil depuis que des masses importantes de Nigériens ont rallié le combat de la société civile contre la scélérate loi de finances. Les différentes sorties du ministre de l’Intérieur et de son homologue des finances – au cours desquelles ils ont dit à qui voulait les écouter que la société civile cherche à déstabiliser leur pouvoir et remettre en cause les institutions – ont donné la preuve que les manifestations organisées à Niamey et dans les autres grandes villes du Niger ont créé un véritable climat de peur chez les tenants du pouvoir.

Cette peur s’est accentuée quand, malgré les moyens matériels et financiers qu’il a mobilisés pour la circonstance, le régime du Président Issoufou Mahamadou n’a mobilisé que quelques milliers de personnes, lors de sa marche du 4 mars 2018 à Niamey. Ne pouvant plus répondre aux manifestations de la société civile par des manifestations, la seule arme qui lui restait était d’interdire à la société civile de manifester. Et le prétexte vite trouvé, notamment pour le cas de Niamey, était de dire qu’il y a des menaces sur la sécurité. Et même lorsque la société civile attaque les interdictions de ses manifestations en justice et que cette dernière lui donne raison, le régime du Président Issoufou Mahamadou fait de la résistance dans l’application des décisions de justice qui, selon la Constitution, s’impose pourtant à tous les pouvoirs, civils ou militaires. Le dimanche 8 avril dernier par exemple, les autorités de la région de Maradi ont systématiquement interdit une marche de la société civile, pourtant autorisée par la justice. Cet acte, qui constitue une véritable rébellion à l’égard de la justice, est intervenu quelques jours seulement après que les responsables du ministère de l’Intérieur aient refusé d’exécuter une autre décision de justice ordonnant la réouverture de la chaîne de télévision privée «Labari». Alors que la décision devait être immédiatement exécutée, il a fallu deux jours après pour que les responsables de ce ministère ordonnent le retrait
des éléments de la Garde nationale qui empêchaient l’accès aux locaux de la chaîne de télévision. Lorsqu’un pouvoir, qui se gargarise d’être démocratiquement élu, interdit l’exercice des libertés démocratiques les plus élémentaires et refusent de se soumettre aux décisions de justice qui ne l’arrangent pas, on ne peut plus parler de la démocratie dans un pays. La situation dans laquelle se trouve actuellement le Niger n’est ni plus ni moins que de la dictature. Désormais, les citoyens n’ont plus la possibilité de manifester dans les rues pour exprimer leur désaccord par rapport à la manière dont leur pays est gouverné. Usant et abusant de la force publique, qui doit pourtant être du côté de la légalité, les tenants du pouvoir agissent comme bon leur semble.

AMO

19 avril 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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