Insécurité en Libye : Les Pays voisins engagés à sécuriser leurs frontières

Frontiere Niger Libye 01Les Ministres de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, les Chefs d’Etat-major et les Directeurs des Services de Renseignement de la Libye, du Niger, du Soudan et du Tchad se sont réunis à Niamey le 3 avril 2018, à l’initiative du Président de la République du Niger, SE Mahamadou Issoufou, à l’effet de se concerter sur l’insécurité aux frontières communes aux quatre pays. C’est le ministre nigérien en charge de l’intérieur qui a présidé la cérémonie d’ouverture. A l’ouverture des travaux, le ministre d’Etat Bazoum Mohamed a tenu une importante communication décortiquant cette épineuse situation ainsi que les enjeux de la rencontre

D’entrée de jeu, le Ministre nigérien en charge de l’intérieur a rappelé que les quatre (4) pays présents à cette rencontre vivent une même situation, celle des menaces ‘’graves et persistantes’’ à leurs frontières communes avec la Libye du fait de la prévalence dans le sud et le Sud-Est de ce pays d’un état ‘’d’anomie totale’’, lequel état constitue une dangereuse hypothèque pour la stabilité sous régionale.

Selon Bazoum M. l’affaiblissement de l’Etat libyen consécutif aux événements de l’année 2011 a favorisé l’installation dans cette partie de groupes armés à caractère tant endogène qu’exogène vivant de diverses activités criminelles dont les activités remettent totalement en cause la stabilité de chacun des 4 pays en question. Bazoum Mohamed d’ajouter que la spécificité de cette situation tient à deux facteurs, à savoir : le fait que le Sud et le Sud-Est de la Libye sont une vaste zone désertique, traversée de surcroît, par plusieurs milliers de kilomètres de frontières et le fait que ces mêmes zones sont désormais en proie, à l’image d’autres régions de ce pays, à des tensions tribales endogènes. C’est dire que, selon lui, cette zone est le théâtre d’une grave insécurité et d’une incertitude totale du fait de la présence des groupes armés et des criminels de tous genres dont la majorité vient du Tchad et du Soudan.

« Ces groupes, dont l’objectif est de s’armer et qui caressent le rêve de retourner un jour dans leurs pays respectifs pour y livrer la guerre sont un facteur d’instabilité pour la Libye et pour la sous-région. Ils sont une des causes majeures de la prévalence des différents réseaux criminels générant les ressources qui permettent aux acteurs non étatiques de disposer d’armées puissantes et d’être capables de faire face aux intendances qui les soutiennent » a-t- il ajouté.

Aussi, selon Bazoum Mohamed, cette situation continue à prendre de l’ampleur au profit de ces acteurs qui profitent de la faiblesse de l’Etat en Libye. « Or du fait de la porosité des frontières de nos pays, du fait du caractère désertique et très vaste de cet espace ainsi que de la faiblesse de nos capacités financières, notre sécurité est soumise à des menaces graves aussi longtemps que perdurera cet état de fait » a déclaré le ministre responsable de la sécurité intérieur du Niger.

C’est pourquoi, a-t- il poursuivi, il est important d’agir vite plutôt que de rester passifs et de contempler une situation qui n’a de cesse de se dégrader. Pour ce faire, Bazoum Mohamed a invité les représentants de ces quatre pays à créer un mécanisme d’une coopération opérationnelle dans le domaine de la gestion de leurs frontières et du renseignement pour lutter contre la criminalité transfrontalière et toutes les menaces dont elle est porteuse vis-à-vis de la sécurité et de l’intégrité de leurs territoires respectifs.

Aussi a-t- il suggéré de mener des campagnes de sensibilisation à l’endroit de la communauté internationale sur la spécificité de la situation qui prévaut dans les zones Sud et Sud Est de la Libye ainsi que sur ses effets immédiats et à terme sur la stabilité de ce pays.

Cette rencontre qui est la première en son genre, dispose, du point de vue du Ministre Bazoum, des atouts à même de lui permettre de faire un bon diagnostic de la situation qui est soumise à leur attention ainsi que de faire des propositions diplomatiques, politiques et militaires de nature à faire évoluer les choses dans le sens de la sécurisation de la sous-région.

Mahamane Sabo Bachir

06 avril 2018
Source : La Nation

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