SIM Aminchi 0range

Le Niger des privilégiés

Le Niger des privilégiésLa devise du Niger est Fraternité –Travail - Progrès et elle nous donnait des fiertés à croire en nous-mêmes et à notre avenir commun à construire, à notre capacité à inventer un avenir. Pour aller dans le progrès, il faut nécessairement s’accepter, fraterniser et consentir, dans un élan de solidarité et de responsabilité assumée, l’effort pour espérer refonder et bâtir une nation forte et prospère qui était à inventer en 1960. Si les Pères fondateurs avaient conscience de ces fragilités d’une nation à sortir des utopies et avaient su mettre à l’épreuve leur génie pour bâtir la nouvelle nation, toute chose que ne pouvait comprendre l’élite vaniteuse sortie de la conférence nationale, qui pré- tendait mieux faire et qui ne sut jamais se montrer à la hauteur, gouvernant dans la médiocrité et dans l’amateurisme. Spécialisés dans l’esprit de critique, les camarades savaient dénigrer, ils savaient vilipender, insulter et tout leur discours politique dans le fiel, incapables lorsque les rôles sont inversés, de supporter la critique venant de l’autre pour leur révéler leur turpitude.

Les camarades dont l’empire était le Guri, sans comprendre les mutations d’une société où les hommes mûrissaient lentement par les déboires politiques de notre société qui vivait au rythme de mille et un soubresauts. Ceux qui avaient osé ces critiques qui fâchent ont connu le goulag. Personne ne devait les démentir. Ils voulaient être dieu, un autre que personne ne peut et ne doit contester et contredire. Dans cette compréhension étriquée et assez réductrice de la politique, ils avaient gouverné dans le mensonge et la démagogie, promettant aux Nigériens un eldorado qui n’a pourtant dans la réalité que les couleurs tristes de la géhenne. Et ils avaient des statistiques flatteuses qui mentent, peignant une réalité imaginaire qui est bien loin de la réalité que vivent les Nigériens. Les dernières contrevérités servies aux Nigériens sont ces fausses assurances que donnait Bazoum Mohamed, président du Pnds Tarayya selon lequel, la loi de finances, objet de controverses, n’aurait induit aucune inflation sur les marchés et que malgré les nouvelles taxes, les prix seraient restés statiques. Le consommateur a la preuve du contraire et ne sait plus écouter ces démagogues qui ne savent plus respecter un peuple qu’ils croient encore arriérés et suffisamment ignares pour l’abreuver en ce millénaire encore de telles insanités. Pourtant Frantz Fanon, dans Les Damnés de la terre, avertissait qu’«Un pays qui veut réellement répondre aux questions que lui pose l’histoire, qui veut développer ses villes et les cerveaux de ses habitants doit posséder un parti véridique. Le parti n’est pas un instrument entre les mains du gouvernement. Bien au contraire, le parti est un instrument entre les mains du peuple» (Paris, Editions La Découverte, 1985, p. 133). Le Pnds est dans les mains d’une camarilla, d’une clique machiavélique.

Il y a trop d’injustices et on aura compris qu’Issoufou est aujourd’hui l’otage d’une clique de mafieux contre laquelle il ne peut oser la moindre mesure de représailles même quand les accusations dont on les accable sont avérées. L’homme qui balançait sur les médias les discours ethnicistes, est dans les faveurs du régime, et il peut encore se pavaner aux congrès pour prendre la parole, narguer les Nigériens. Celui que le régime accusait de grandes malversations à la CAIMA a été libéré sans qu’on ne sache la suite que la justice lui réserve pendant que d’autres nigériens qui n’avaient de tort que d’avoir exprimé leur loyauté à Hama Amadou, sont gardés en prison depuis deux ans. Et les voleurs de milliards sont en liberté ! Il y a deux Niger(s) : celui des vulnérables, ceux dont la nationalité ne serait pas suffisante et les autres, ceux des grands privilèges qui, grands voleurs de l’Etat, peuvent s’autoriser tout sans rien craindre, ni pour leur position encore moins pour la justice. Le SAMAN a beau appeler le premier magistrat à mettre à la disposition de la justice certains de ses collaborateurs, rien ne fit : ils sont des nigériens exceptionnels

La manifestation du 25 mars prévue par les organisations de la société civile (OSC) a été interdite quand dans la même période le Pnds Tarayya organisait dans la capitale son 7è congrès ordinaire, mais sans que pour cette manifestation politique majeure, les mêmes raisons ne soient invoquées ou pour délocaliser le congrès ou pour l’ajourner carrément. La gestion des médias publics est aujourd’hui sectaire. Hier le Pnds s’en plaignait, aujourd’hui, il le fait avec un tel ostracisme que les nigériens sont nombreux à ne plus regarder la télévision et la radio nationale.

L’ORTN : médias de propagande pour le Pnds ?

C’est l’impression que donnent les médias d’Etat où le journaliste est réduit, lorsqu’il exerce son métier avec zèle, à jouer au griot servile d’un système quand ces médias ne se bornent à ne faire, non sans ennuyer, que le récit laborieux des randonnées de ministres qui, faute d’avoir à travailler dans un bureau, ne peuvent se dispenser du plaisir de ces sorties aux goûts touristiques pour se pavaner sur des chantiers, dans des services, dans un salon ou une exposition. La société civile libre, les oppositions et les syndicats dont le discours gênent, ne peuvent avoir accès à ces médias pour lesquels pourtant, chacun, tant qu’il a un compteur électrique paie une taxe qui ne saurait se justifier dans le contexte actuel de pluralisme d’autant que l’ORTN n’est pas le seul média de l’environnement nigérien mais également parce qu’il ne rend pas le service public pour lequel il est conçu, si ce n’est qu’à servir d’instrument de propagande au service exclusif d’un clan dont les exploits selon le panégyrique servi aux populations, rivaliseraient avec ceux d’une divinité, car l’homme qui gouverne, nous apprend-on, devrait être exceptionnel pour avoir réussi en deux ou trois ans seulement d’exercice, ce que d’autres dans le pays, en cinquante ans n’ont pu réaliser. Mais à l’époque l’on savait qu’ils avaient cette folie de leurs rails qui auront été les pires des choix et des investissements qu’un gouvernement organisé peut faire. Ces fers inutiles posés sur le sol ne serviront jamais comme d’ailleurs les wagons médiévaux qu’on a vendus à la Renaissance, grugeant le Niger.

Le Pnds ne sait pas gouverner. Il a une conception du pouvoir assez surannée, car ayant toujours évolué en marge de la sphère des pouvoirs, ce qui, peut-être explique leur ardeur vengeresse, à vouloir régler des comptes, à prendre leur revanche sur l’Histoire. Il ne sait pas qu’on ne peut pas vouloir le pouvoir pour un tel dessein, car en gouvernant contre les hommes, on finit par fragiliser son pouvoir et se rendre vulnérable. A force d’agression, de provocation, le pouvoir des camarades, souffrant déjà d’illégitimité au regard des conditions de son acquisition, a fini par mettre la majorité des Nigériens sur son dos. Tous les Nigériens ne savent plus dire que du mal du régime parce qu’ils n’ont jamais été gouvernés avec autant de haine, parce qu’ils n’ont jamais été aussi sciemment divisés. Même ceux qui sont avec eux, disent à l’ombre le mal de sa gouvernance, ne pouvant avoir le courage de leur amertume. Cheffou Amadou, Ibrahim Yacoubou, Albadé Abouba, Ladan Tchiana, Seyni Oumarou sont des hommes amers et tristes souvent, mais ils ont vendu leur âme. Ils n’ont plus de voix. Les Nigériens ne peuvent donc attendre aucune bravoure de leur part. Au congrès du Pnds, Albadé dans le tâtonnement de sa lecture laborieuse pour dire leur engagement sincère à accompagner la Renaissance, savait bien qu’il ne disait pas ce que le cœur ressent. Mais c’est aussi ça la politique. Se mentir à soi. Tant pis. Seyni, lui, quand même il était là. Ne pouvait pas parler. Un problème de conscience ? Se rappelle-t-il tout l’opprobre qu’il avait déversé en un temps sur la Renaissance ? Ou a-t-il simplement conscience de ce que la majorité de son parti ne suit pas dans son aventure et qu’il n’est plus que la cabine qui va, laissant à la traîne la remorque qui s’était détachée depuis l’annonce de l’asservissement ? En tout cas, c’est Ousseini Salatou qui devient «sa bouche», et celui-là, ragaillardi par les mots gentils de Bazoum à l’endroit de Seyni qui serait l’objet d’une cabale, justifiera encore leur choix de soutenir le président Issoufou. Et l’avocat qui se «griotise» dira que c’est à cause d’une sagesse, d’un certain intérêt supérieur de la nation ? Mais cela exclut-il une opposition ? Quand, se tiraillant avec Albadé, il n’y avait pas d’intérêt supérieur de la nation ? Le MNSD doit plaindre son chef. L’homme manque de charisme autant que de flegme et de ruses politiques. En l’espèce, Albadé aura fait montre plus de pragmatisme et de logique, de responsabilité. Et puis, qui a dit que la gouvernance des camarades est satanique ? Personne n’en veut un cheveu à cet homme, on ne fait que lui retourner, les logiques de ses discours et ça le pulvérise aujourd’hui. En politique, il faut rester constant, il faut rester logique avec soi-même. Et c’est cela le problème du manitou. On ne doit pas réagir qu’en fonction de ses émotions, mais en écoutant la raison. C’est du reste valable pour Ladan Tchiana qui prétendait démissionner du gouvernement parce que ses choix ne correspondaient plus à ses convictions. Mais comment peut-on croire à l’homme lorsqu’il dit encore soutenir malgré tout le régime ? Où est la logique ? Le Pieux et Satan ? Personne ne peut croire au discours moralisateur de Seyni proféré par procuration à la messe du PNDS.

On nous ment trop dans le pays. Les gens qui gouvernent ne nous disent pas la vérité. Et même ceux qui soutiennent, tout en ruminant de l’amertume, disent hypocritement qu’ils soutiennent de bon cœur. Frantz Fanon, au début des indépendances déjà, comme prophétique, avait de la lucidité à lire le champ politique africain. Il dira que «Le parti politique dans beaucoup de ré- gions africaines aujourd’hui indépendantes connaît une inflation terriblement grave. En pré- sence d’un membre du parti le peuple se tait, se fait mouton et publie des éloges à l’adresse du gouvernement et du leader [exactement comme savent le faire les nôtres]. Mais dans la rue, le soir à l’écart du village, au café ou sur le fleuve, il faut entendre cette déception amère du peuple, ce désespoir mais aussi cette colère contenue. Le parti, au lieu de favoriser l’expression des doléances populaires, au lieu de se donner comme mission fondamentale la libre circulation des idées du peuple vers la direction, forme écran et interdit». (p. 132).

Les Roses doivent donc lire l’histoire et comprendre que ce qui leur arrive aujourd’hui n’est que la conséquence logique de leurs atermoiements dans la gestion du pouvoir. Fanon, prévient : «Le gouvernement national s’il veut être national doit gouverner par le peuple et pour le peuple, pour les déshérités et par les déshérités. Aucun leader quelle que soit sa valeur ne peut se substituer à la volonté populaire et le gouvernement national doit, avant de se préoccuper de prestige international, redonner dignité à chaque citoyen, meubler les cerveaux, emplir les yeux de choses humaines, développer un panorama humain parce qu’habité par des hommes conscients et souverains» (Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, Paris, Éditions La Découverte, 1985, p. 146).

Et la roue tourne…

A.I

02 avril 2018
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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