Briefing au Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine du 23 mars 2018/Situation dans le Sahel : Discours du Secrétaire permanent du G5 Sahel

Briefing au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine 23 mars 2018/Situation dans le Sahel :  Discours du Secrétaire permanent du G5 Sahel Monsieur le Président,

Excellences, éminents membres du Conseil,

Je souhaite vous remercier pour cette occasion qui m’est donnée de présenter les activités du G5 Sahel au Conseil.

Comme le savent les membres du Conseil, la région du Sahel continue de faire face à des défis et menaces multiples et complexes. Les attentats terroristes commis dernièrement à Ouagadougou contre l’État-major des armées et l’Ambassade de France, qui ont fait huit morts et une douzaine de blessés, ont rappelé l’acuité de la menace terroriste dans cette partie de notre continent. Cependant, ces actes terroristes ne sont qu’un aspect des menaces accrues auxquelles le Sahel est aujourd’hui confronté, et ils ne devraient pas être l’unique objet de notre vive attention. En effet, les défis que représentent la migration clandestine, le trafic transfrontalier, la contrebande et l’extrémisme religieux pour la région du Sahel sont tout aussi préoccupants et contribuent à accentuer et à accélérer la propagation du terrorisme dans la région. L’émergence de ces menaces à la sécurité de la région du Sahel est attribuable à plusieurs facteurs dont la faiblesse de la gouvernance et de la prestation de services de base, la vulnérabilité face aux effets des changements climatiques, la désertification, les cycles de sécheresse et de famine qui n’ont fait que renforcer la vulnérabilité des populations de la région et affaiblir la cohésion sociale, fragilisant ainsi tout le Sahel.

Le Conseil se souviendra que la création du G5 Sahel en 2014 fut consécutive à la volonté de mettre en place une approche régionale pour faire face à tous ces énormes défis communs. Aussi, des progrès notables ont pu être réalisés au cours des trois dernières années en ce qui concerne l’agenda de développement, sécurité et action humanitaire du G5 Sahel. J'ai le plaisir de vous annoncer que le rythme de ces avancées s’est sensiblement accéléré ces derniers mois. En particulier, des progrès significatifs ont été réalisés dans la coordination des initiatives internationales en faveur du Sahel, le développement des mécanismes de financement, la facilitation des efforts de développement du Sahel, et l’opérationnalisation de la Force conjointe G5 Sahel.

En ce qui concerne le renforcement de la coordination des initiatives internationales dans le Sahel, de nombreux engagements ont été pris au cours de ces dernières semaines à Niamey, Nouakchott, Bruxelles, Ndjamena et Kigali où se sont réunis le G5 Sahel, l’Union africaine, les Nations Unies, l’Union européenne et d’autres partenaires afin de s’assurer que les réponses internationales en faveur du Sahel soient cohérentes et coordonnées, et que les trois piliers de notre engagement au Sahel que sont le développement, l’action humanitaire et la sécurité soient priorisés et soutenus de manière équivalente.

Briefing au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine 23 mars 2018/Situation dans le Sahel :  Discours du Secrétaire permanent du G5 Sahel

Je me réjouis donc que la Commission de l'Union africaine, en collaboration avec la CEDEAO, le G5 Sahel, les Nations Unies et d’autres partenaires, organise une rencontre à Nouakchott à la fin du mois, pour lancer une série de consultations sur l’élaboration d’une stratégie commune pour la paix, la sécurité et le développement durable au Sahel.

Dans cette optique, il est important de noter qu’au niveau du G5 Sahel, nos 5 pays membres s’efforcent de mutualiser leurs ressources et d’œuvrer ensemble pour relever les défis sécuritaires et de développement communs avec en perspective la ferme volonté d’inscrire les actions du G5 Sahel dans le cadre plus global notamment de la CEDEAO, de la CEEAC et de l’Union Africaine. Notre vision est dès le départ celle du travail en synergie, strate après strate, en partant du niveau pertinent le plus décentralisé au plus haut niveau, en l’occurrence l’Union Africaine, en passant par les niveaux intermédiaires que sont nos diverses organisations sous régionales. C’est ainsi que la Stratégie pour le Développement et la Sécurité du G5 Sahel récemment élaborée tient compte des objectifs sécuritaires et de développement de nos ensembles sous régionaux et plus globalement, se veut être en conformité avec l’agenda 2063 de l’Union africaine, le processus dit « de Nouakchott » sur le renforcement de la coopération sécuritaire et l'opérationnalisation de l'Architecture Africaine de Paix et de Sécurité dans la région Sahélo-Saharienne, ainsi qu’avec le Cadre politique de l’UA pour la réforme du secteur de la sécurité, ce dernier présentant les grandes orientations continentales en matière de sécurité humaine basées sur des impératifs économiques et sociaux et les approches conjointes à promouvoir dans l’articulation des rapports donateurs-bénéficiaires dans le domaine sécuritaire.

Toujours dans cette dynamique de travail en synergie, j’effectuerai prochainement des visites de travail dans quelques pays de la grande zone du Sahel et des environs dont l’Algérie, le Nigeria et le Sénégal afin de consolider notre collaboration dans ce combat crucial pour la paix, la sécurité et le développement du Sahel mené avec comme chef de file l’Union africaine.

Concernant les modalités de financement qui sous-tendent les efforts du G5 Sahel, des progrès importants ont été accomplis depuis la réunion en décembre dernier au Château de la Celle Saint-Cloud en France. Les chefs d’Etats du G5 Sahel ont appelé à la création d’un fonds fiduciaire destiné à la Force conjointe G5 Sahel, qui sera rendu opérationnel dans les meilleurs délais, et à la structuration du financement des opérations de la Force de manière pérenne. Outre le financement déjà mobilisé dans la région, les partenaires multilatéraux et bilatéraux se sont engagés à hauteur de 414 millions d'Euros lors du sommet de Bruxelles sur le Sahel qui s’est déroulé le mois dernier.

Au sujet de l’avancement et de l’unification des efforts en matière de développement durable dans la région du Sahel, les chefs d'Etat ont instruit qu'une Table Ronde se tienne le 30 juin à Nouakchott à la veille du Sommet de notre organisation continentale. Cet évènement est la preuve claire de l'appropriation par l'UA de cette initiative africaine.

En ce qui concerne spécifiquement l’opérationnalisation de la Force G5 Sahel, une étape significative a été franchie le 8 décembre 2017 avec l’adoption de la résolution 2391 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui permet la fourniture d’un appui logistique par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) à la Force conjointe G5 Sahel lorsque celle-ci opère sur le territoire malien. En février, le G5 Sahel, les Nations Unies et l’Union européenne ont signé un accord technique sur la base de cette résolution et l’appui logistique fourni par le biais de la MINUSMA commence déjà à être déployé aux forces du G5 Sahel opérant au Mali. Ceci va permettre au G5 Sahel de s'appuyer sur les succès obtenus par les opérations Haw bi et Pagnali menées en novembre 2017 et janvier 2018 respectivement, et d’augmenter l’envergure des opérations futures. Le Commandant de la Force Conjointe vous donnera les détails dans un instant. Nous progressons aussi dans l’élaboration du Concept stratégique des opérations, et des mesures de conformité sont en train d’être établies pour assurer le respect des droits de l’homme, du droit international humanitaire et de la politique de diligence voulue de l’ONU en matière de droits de l'homme, pendant les opérations de la Force. Ainsi, nous serons en mesure de garantir que nos obligations internationales soient pleinement respectées durant la conduite de nos opérations.

Honorable Président,

Permettez-moi, à ce stade, de partager trois observations sur les priorités du G5 Sahel pour l’avenir.

Premièrement, nous continuons de faire appel au Conseil de sécurité des Nations Unies afin que le mandat de la Force G5 Sahel soit placé sous le chapitre VII pour assurer que les opérations de la Force soient suffisamment robustes et soutenues, et qu’elles aient le plein appui du Conseil de sécurité. Ceci est essentiel pour garantir que les opérations de la Force conjointe G5 Sahel à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire malien reçoivent un appui efficace. Faute de quoi, nous courons le risque réel de simplement déplacer les menaces auxquelles fait actuellement face le Mali vers d’autres régions du Sahel, où des opérations de défense et de sécurité robustes pourraient être plus difficiles à soutenir. Nous appelons également à une coopération et un appui renforcés de la part des Nations Unies et je souhaite exprimer ici ma reconnaissance pour l’engagement et l’important soutien du Secrétaire général des Nations Unies à cet égard.

Deuxièmement, l’élaboration d’une approche globale en matière de sécurité dans le Sahel nécessite une action collective qui ne se limite pas aux seules opérations de la Force G5 Sahel. Cela exige la collaboration entre tous les services de sécurité et de renseignements de la région afin que les capacités collectives disponibles au Sahel, ainsi que celles des acteurs internationaux qui apportent un soutien, soient exploitées de manière optimales et que les menaces sécuritaires ne puissent pas être déplacées d’une région à une autre mais plutôt stoppées et démantelées avec cohérence. A cet effet, le processus de Nouakchott lancé en 2014 par l’Union africaine pourrait s’avérer un moyen de soutien efficace, tout comme l’engagement du Comité des services de renseignement et de sécurité en Afrique, AFRIPOL, et celui du Centre africain d'étude et de recherche sur le terrorisme, entre autres.

Et enfin troisièmement, nous devons nous assurer que l’approche globale que nous mettons en place pour le Sahel ne soit pas motivée uniquement par des considérations sécuritaires, mais par une compréhension holistique des importants défis auxquels doit faire face la région du Sahel, qui ont créé et alimenté les menaces pour la sécurité auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui.

Notre réflexion doit être guidée par une reconnaissance du fait que nous devons adopter des approches inclusives en matière de développement, de solutions à long terme face à la désertification et aux changements climatiques, de garantie de la sécurité alimentaire, et de pleine intégration des questions de genre dans tous les aspects de notre engagement au Sahel aujourd’hui et dans le futur, afin d’établir les conditions nécessaires à la paix et à la sécurité durables dans la région. A cet égard, le Sahel dispose aujourd’hui d’une occasion unique pour tirer profit des opérations de sécurité actuellement en cours de déploiement afin de mettre en œuvre les approches globales du G5 Sahel en matière de politique, d’aide humanitaire et de développement et ainsi contribuer efficacement à la matérialisation de la vision de l’Union africaine pour « faire taire les armes » d’ici 2020.

Je vous remercie.

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