Le Président Issoufou Mahamadou a pris part, hier, au Sommet extraordinaire de l’Union Africaine sur la ZLECA, à Kigali, au Rwanda : La Zone de Libre Echange Continentale Africaine officiellement lancée

Le Président Issoufou Mahamadou a pris part, hier, au Sommet extraordinaire de l’Union Africaine sur la ZLECA, à Kigali, au Rwanda : La Zone de Libre Echange Continentale Africaine officiellement lancéeLes dirigeants africains dont le Président de la République SEM Issoufou Mahamadou ont procédé, hier mercredi 21 mars 2018 à Kigali, au Rwanda, au lancement officiel de la Zone de Libre Echange Continentale Africaine (ZLECA), lors d’un Sommet Extraordinaire de l’Union Africaine (UA) consacré à la question.

Le Président Issoufou Mahamadou, Champion de l’UA, a été le  premier à signer l’accord établissant la ZLECA. Il a été suivi dans ce geste historique par le Président rwandais, Président de l’Union Africaine, SEM Paul Kagamé, et l’ancien Président de cette organisation, le Président tchadien SEM Idriss Déby Itno. Au total, 44 Chefs d’Etat et de délégation, présents à ce Sommet, ont signé ce document.

Deux autres instruments juridiques  ont également été signés lors de cette conférence. Ainsi, 43 pays ont signé la Déclaration de Kigali et 27 pays ont paraphé le Protocole sur la Libre Circulation des Personnes, le Droit de Résidence et le Droit d’Etablissement.

Dans leurs interventions, le Président de l’Union Africaine, celui de la Commission de cette Institution, M. Moussa Faki Mahamat ainsi que les autres dirigeants africains ont rendu hommage au Président Issoufou Mahamadou en saluant notamment son leadership et en le félicitant vivement pour son engagement, son dévouement dans la supervision et la conduite des négociations ayant abouti à la création de la ZLECA.

Ils l’ont également encouragé à poursuivre dans ce sens en vue de la ratification de l’Accord et de la mise en œuvre  de la ZLECA dans les meilleurs délais.

Une conférence de presse, animée par les Présidents Issoufou Mahamadou et Paul Kagamé et le Président de la Commission de

 l’UA, a sanctionné ce Sommet Extraordinaire. (Lire ci-dessous l’intégralité de l’allocution prononcée par le Président de la République)

Abdourahmane Alilou AP/PRN

 «L’Afrique est en train de poser les jalons historiques dans sa marche vers le progrès économique et social de ses populations», déclare SEM. Issoufou Mahamadou, Champion de l’UA pour la ZLECA

«Monsieur le Président en exercice de l’Union africaine et Président de la République du Rwanda,

Son Excellence Paul Kagame ;

Excellence Messieurs les Chefs d’État et de Gouvernement ;

Monsieur le Président de la Commission de l’Union africaine,  Son Excellence Moussa Faki Mahamat ;

Mesdames et Messieurs les Ministres ;

Mesdames et Messieurs les Commissaires de l’Union africaine;

Distinguées Chefs d’entreprises;

Distingués Délégués et Invités ;

Qu’il me soit permis de prime abord, d’exprimer notre profonde reconnaissance à mon frère et ami le Président Paul Kagamé, au Peuple et au Gouvernement Rwandais pour l’accueil chaleureux et les excellentes commodités mises à notre disposition pour le bon déroulement des travaux de ce Sommet Extraordinaire de l’Union Africaine sur la Zone de Libre Echange Continentale Africaine. Nous sommes très heureux de nous réunir dans ce pays hospitalier où  nous nous sentons chez nous.

Monsieur le Président, nous sommes également impressionnés par les transformations et mutations rapides qui s’observent dans votre beau pays, signes prometteurs d’un accroissement de la richesse nationale et du relèvement du niveau de vie du Peuple Rwandais.

Mesdames, Messieurs ;

Quand j’étais étudiant, je militais à la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France. Cette organisation avait un emblème : une carte de l’Afrique, une jarre percée, des doigts qui bouchent la jarre percée et ce mot du roi Ghezo : « si tous les enfants du pays venaient par leurs mains assemblées boucher les trous de la jarre percée, le pays serait sauvé ». Aujourd’hui nous avons décidé de boucher les trous de la jarre percée et je suis fier de participer à cette œuvre historique. Je suis fier, pour paraphraser Frantz Fanon, de participer à la réalisation de cette mission historique de notre génération.

Je suis honoré d’avoir été nommé Champion du processus de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine et de l’avoir conduit jusqu’à ce jour. Dans l’accomplissement de cette immense responsabilité, j’ai bénéficié du soutien constant de Vos Excellences et je vous en remercie. J’ai également bénéficié de l’appui de la Commission dirigée par son Président, Son Excellence Moussa Faki

Mahamat, à qui j’adresse mes félicitations. Mes félicitations vont également aux Ministres, aux Hauts Fonctionnaires du Commerce, aux Négociateurs, au Comité ad ’hoc continental, aux groupes techniques de travail, qui ont tous travaillé avec abnégation.

L’Afrique est aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire.  Nous sommes rassemblés ici pour signer des instruments juridiques établissant la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine et pour procéder à son lancement.

C’est dire que dans quelques instants nous allons vivre un moment historique. Le nom de Kigali sera désormais associé à un instrument juridique très important : l’Accord portant création de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine. Un accord par lequel nos Etats ont décidé de mettre fin à leur balkanisation et de créer un marché unifié allant d’Alger au Cap, de Praia à Djibouti. Un accord grâce auquel nous entamons la réalisation de ce vieux rêve d’unité tant caressé par nos pères fondateurs.

Mesdames, Messieurs ;

En janvier 2012, la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de l’Union Africaine a décidé d’accélérer la création de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine à l’échéance de décembre 2017 afin de contribuer au développement inclusif de l’Afrique. Cette Décision, qui a été réaffirmée dans l’Agenda 2063 de l’Union Africaine avec la vision d’«une Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens, et représentant une force dynamique sur la scène mondiale », était en droite ligne avec les objectifs du Traité d’Abuja de 1991 instituant la Communauté Économique Africaine. Nous avons donné vie à ce processus en 2015, lorsque nous avons lancé les négociations de l’Accord portant création de la Zone de Libre-Échange Continentale, qui a été renommée Zone de Libre-Échange Continentale Africaine en janvier dernier.

Le projet Zone de Libre-Echange Continentale Africaine est un des principaux programmes phares et prioritaires de la première décennie de mise en œuvre de l’Agenda 2063 de l’Union africaine – « L’Afrique que nous voulons ». Ce programme  consiste en une suppression totale, à terme de toutes les barrières tarifaires entre les cinquante et cinq Etats du continent créant ainsi  un marché unique  au monde.

Je tiens également à souligner que la ZLECA n’est pas un programme isolé. Elle forme avec les autres plans et programmes de l’Union Africaine, un tout cohérent dans la perspective de renforcer l’intégration régionale et atteindre les objectifs de l’agenda 2063. Je citerai pour rappel les plans et programmes suivants : le Plan d’action pour le développement industriel accéléré de l’Afrique (AIDA) ; le programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) ; le programme détaillé de développement de l’Agriculture en Afrique (PDDAA) ; la vision Minière Africaine (VMA) ; le plan d’action pour l’intensification du commerce intra-africain (BIAT).

En liaison avec ces plans et programmes la ZLEC constitue une source d’opportunités énormes pour les Etats membres, pour les citoyens de l’union, pour les entreprises africaines, pour les investisseurs étrangers, pour le marché financier et pour les autres nations du monde.

L’Afrique regorge de matières premières de toutes natures et d’un potentiel agricole énorme. L’élimination des barrières va créer des opportunités d’investissement à la fois pour nos opérateurs économiques africains et pour les partenaires étrangers qui souhaitent s’associer avec eux. Pour les entreprises ce sera l’occasion d’investir dans les industries, d’exploiter les chaînes de valeur trans-étatiques de permettre à l’Afrique de transformer ses produits sur place et d’exporter vers le marché mondial à des prix compétitifs.

L’expansion de la production et du commerce dans le cadre de la ZLECA permettra d’augmenter en retour, les possibilités d’emploi à tous les niveaux de qualification. Cela permettra aux pays Africains de mieux exploiter leur structure démographique, en particulier en transformant leur actif démographique en dividende économique. La libre circulation des personnes à l’intérieur du continent  favorisera le développement et le transfert des compétences ce qui limitera la migration des jeunes et la fuite des cerveaux vers les autres continents.

La Zone de Libre-Échange Continentale Africaine va aussi favoriser la création des économies d’échelle. En effet, nous sommes un marché de 1,2 milliard personnes avec une classe moyenne grandissante. La classe moyenne africaine sera de 600 millions personnes d’ici 2030. Ceci va booster la consommation et contribuer au renforcement de la croissance économique et à la diversification économique du continent.

De par sa grande taille, la Zone de Libre-Échange Continentale

Africaine offrira la possibilité aux entreprises de produire à faible coût. De même, l’élimination des barrières tarifaires et non-tarifaires permettra aux entreprises de réduire les coûts de transactions et de distributions; ce qui profitera aux consommateurs africains. L’efficacité qui en résultera favorisera l’émergence d’entreprises compétitives à l’échelle continentale et mondiale.

Nous sommes aussi un vaste continent de 30 millions de kilomètres carrés. En nous intégrant dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, nous tournons résolument le dos à l’ère des petits pays, des économies et marchés fragmentés et isolés, qui ont caractérisé l’Afrique depuis la Conférence de Berlin de 1884-1885. C’est pour la dominer, pour régner sur elle que l’Afrique a été divisée. 84,000 km de frontières c’est trop. Abattre ces murs, se rassembler sous le même drapeau, chanter un seul hymne, c’est répondre aux aspirations des peuples africains à la prospérité.   

Mesdames, Messieurs ;

Pour que la ZLECA  ait un sens et atteigne les objectifs que nous lui assignons, il faut que les pays Africains  aient des marchandises et des services à échanger entre eux. Cela suppose qu’on mette un terme au statut actuel d’une Afrique réservoir de matières  premières  et consommatrice de produits finis fabriqués ailleurs que sur  le continent. Cela suppose le développement industriel des pays Africains. Cela suppose aussi   que l’Afrique soit capable de produire son alimentation, ce dont elle a le potentiel.  Cela suppose en fin que soient réalisées les infrastructures énergétiques, routières, ferroviaires, portuaires aéroportuaires et de télécommunication qui constituent autant de supports indispensables au développement des échanges.

Nous favorisons également la libre circulation des personnes, le droit de résidence et le droit d’établissement dans la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine.  A ce sujet, un Protocole sera soumis à la signature des Chefs d’État et de Gouvernement aujourd’hui, en même temps que des instruments juridiques établissant la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine. Avec ce développement, l’Afrique fait ainsi un pas de plus vers le passeport africain.

En janvier de cette année, le marché unique du transport aérien africain a été également lancé. L’émergence d’un ciel ouvert en Afrique attirera, compte tenu de sa grande taille, plus d’investissements dans le secteur du transport aérien commercial, qui est un secteur stratégique pour le développement de nos économies. Il ne fait aucun doute que l’arrivée de nouvelles compagnies de transport aérien favorisera la concurrence et réduira à terme les frais de transport aérien.

Ces deux initiatives qui portent sur la libre circulation des personnes et le marché unique du transport aérien africain vont contribuer à réduire davantage les coûts commerciaux, renforcer notre intégration, et rendre nos économies plus attrayantes pour les entreprises.

Il est clair que bien que les barrières physiques continuent d’exister, il n’en demeure pas moins que celles relatives au commerce et aux investissements sont en train d’être éliminées. Ainsi, nous sommes en train de créer une Afrique sans frontières, aux plans économique et commercial.

Du reste le  processus d’unification du marché Africain a déjà commencé au regard du niveau élevé  d’intégration atteint par certains Etats, à travers les communautés économiques régionales. Certaines, parmi elles, sont dans une dynamique tripartite, comme c’est le cas au niveau de l’Afrique de l‘Est, australe et centrale, avec l’accélération de la coordination du processus d’intégration entre le Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COMESA), la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), et la Communauté de l’Afrique de l’Est (’EAC). C’est ce même esprit qui prévaut au niveau de la CEDEAO, où les efforts d’intégrations sont réels, avec la libre circulation de personnes et des biens, le tarif extérieur commun et la volonté d’approfondir le processus d’intégration, y compris en accélérant la mise en place d’une monnaie unique.

Avec ces développements positifs, nous pouvons nous attendre à une réaction positive des entreprises.

Mesdames, Messieurs ;

Nous avons organisé hier avec succès un forum des affaires, qui nous a permis de nous retrouver autour d’une même table avec des chefs d’entreprises venus des quatre coins de l’Afrique et d’ailleurs.

Dans un esprit de partenariat secteur public-secteur privé, et ayant à cœur la transformation structurelle et progressive du continent, les chefs d’entreprises présents et les décideurs politiques ont identifié des solutions et formuler des recommandations susceptibles de remédier aux problèmes qui affectent l’accroissement du commerce et des investissements en Afrique.

Nous avons également examiné l’éventail des possibilités pour mettre à contribution le secteur privé, en vue de renforcer l’intégration, l’industrialisation et la transformation structurelle du continent.

Notre message aux chefs d’entreprises est de voir le secteur privé jouer pleinement le rôle qui est le sien dans la mise en œuvre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, en tant qu’investisseurs, producteurs, fournisseurs de services, transporteurs, consultants ; et dans une moindre mesure philanthropes. Ce message a été entendu.

De manière générale, je suis satisfait des résultats de ce Forum et je m’attends à ce que nous développions un partenariat durable avec le secteur privé pour faire de l’Afrique un marché prospère qui profite à tous les africains.

Mesdames, Messieurs ;

Le travail que nous venons de conclure n’est que le commencement. Nos experts et nos Ministres doivent compléter lesdits textes juridiques par des annexes et des appendices de façon à faciliter la mise en œuvre sans anicroches. Une session spéciale des chefs négociateurs et des conseillers juridiques pour un examen approfondi des projets d’annexes et appendices des protocoles se tiendra au mois de Mai 2018.

Nous allons également engager très bientôt la seconde phase de ce noble Projet avec la négociation des protocoles additionnels sur l’investissement, la concurrence et les droits de propriété intellectuelle afin de rendre notre marché plus attractif.

Nous devons également mettre en œuvre le programme de travail intégré afin de faciliter la mise en œuvre de l’Accord et de ses Protocoles. Au niveau des États membres, nous devons travailler pour faciliter la ratification dans les meilleurs délais, des instruments juridiques instituant la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine et renforcer la campagne de sensibilisation du grand public et d’appropriation.

 Nos critiques nous ont toujours accusés d’avoir de grandes idées et d’être assez faible en réalisation. Voici une occasion historique de leur prouver qu’ils ont tort. Donnons un signal d’engagement collectif fort, de crédibilité en ratifiant dans les meilleurs délais cet accord. Prenons le défi d’obtenir le minimum requis de ratification dans un délai de moins d’un an pour compter de ce jour. Tournons définitivement la page de l’afro-pessimisme.

Mesdames, Messieurs ;

Au moment où nous lançons la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine, notre conviction est que l’Afrique est plus forte lorsque les Africains travaillent ensemble ; plutôt que de manière divisés et isolés. Il s’agit là d’une stratégie que nous devons poursuivre vigoureusement. En effet, la mise en commun des ressources naturelles et humaines de l’Afrique dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine va rendre l’Afrique plus attrayante en matière d’investissements. De même, la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine renforcera notre position dans nos engagements politiques, économiques et commerciaux avec nos différents partenaires internationaux.

L’Afrique est entrain de poser les jalons historiques dans sa marche vers le progrès économique et social de ses populations. La réforme de la commission de l’Union Africaine, pilotée par le Président Paul Kagamé et la zone de libre-échange continentale Africaine constituent deux de ces jalons. Avec d’autres réformes en cours dans les pays Africains et à l’échelle du continent notamment en matière d’amélioration du climat des affaires et de partenariat public privé, notre continent connaitra une croissance peut être plus forte que celle connue par le passé par certains pays asiatiques. L’Afrique est le continent de l’avenir. Le 21eme siècle lui appartient. Cette nouvelle donne doit être intégrée dans toutes les analyses prospectives. 

Je vous remercie, Mesdames, Messieurs de votre aimable attention. ».

Onep

22 mars 2018
Source : http://www.lesahel.org/

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