«Il est normal que l’UNESCO s’intéresse au lac Tchad et notre espoir est le voir un jour classé comme patrimoine mondial », déclare SEM. Issoufou Mahamadou, Président en Exercice de la CBLT

« Excellence Monsieur Muhammadu Buhari, Président de la République Fédérale du Nigéria,

Excellences Messieurs les chefs d’Etats et de Gouvernements,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les partenaires et amis du lac Tchad,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d’adresser mes sincères remerciements à mon frère et ami, Muhammadu Buhari, Président de la République Fédérale du

Nigéria et à son gouvernement, pour l’excellente hospitalité dont nous sommes gratifiés, depuis notre arrivée dans cette belle ville d’Abuja. Je voudrais également saluer et remercier les chefs d’Etats et les personnalités qui ont répondu favorablement à notre invitation. J’adresse également mes remerciements à l’Organisation des Nations Unies pour la Science et la Culture « UNESCO », coorganisateur de cette conférence.

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd’hui, à Abuja, au chevet du lac Tchad pour sa sauvegarde et sa protection. Le bassin versant du lac Tchad a une superficie d’environ 2,4 millions de km2. Le principal apport en eau provient du Chari et du Logone. Le lac avait disparu à plusieurs reprises dans le passé. Pour citer des exemples, au milieu du 15eme siècle il était complétement à sec pendant une vingtaine d’année ; en 1908 le lac n’était plus qu’un marécage avec deux petits bassins l’un au nord et l’autre au sud ; cette séparation en deux bassins s’est reproduite en 1972 ; aujourd’hui la superficie du lac n’est que de 2500 km2 contre 25 000 km2 dans les années 1960. Les simulations, notamment celles opérées par la NASA, montrent que le lac Tchad disparaitra, d’ici la fin du siècle si aucune mesure n’est prise.

Les raisons de cet assèchement sont multiples : insuffisance des pluies, évaporation intense, ensablement lié à la désertification, pression démographique, utilisation de l’eau pour l’irrigation. Ainsi, entre 1980 et 1994, la population du bassin du lac Tchad a doublé et l’irrigation a quadruplé.

Mesdames, Messieurs,

Les conséquences de l’asséchement du lac sont évidentes : réduction de la production agricole, réduction des pâturages et donc de la production animale, chute de la pêche, disparition de la biodiversité ; le tout se traduisant par une paupérisation de la population. Cette pauvreté a jeté de milliers de jeunes dans les bras de Boko haram qui depuis 2009 sème la désolation au sein du bassin. Ainsi le lien entre assèchement du lac et terrorisme est bien établi. La combinaison des deux phénomènes provoque une crise humanitaire sans précédent dans le bassin du lac Tchad. Plus de deux millions de personnes, en majorité des enfants, ont été contraintes de fuir leur domicile. Le bassin du lac Tchad connait donc une quadruple crise : sécuritaire, humanitaire, économique et écologique.

Face à la crise sécuritaire la réponse des gouvernements des Etats riverains du lac Tchad, notamment ceux du Cameroun, du Niger, du Nigeria et du Tchad, a été la mise en place d’une Force Mixte Multinationale qui a beaucoup affaibli boko haram. Néanmoins, cette organisation dispose d’une forte capacité de nuisance comme l’atteste l’enlèvement, le lundi 19 Février dernier, de plus de 100 jeunes filles du Lycée des sciences et Techniques de Daptchi dans l’Etat de Yobé. La Force Multinationale Mixte doit donc redoubler d’effort pour neutraliser définitivement boko haram et assurer la sécurité des personnes et des biens sur toute l’étendue du bassin.

S’agissant de la crise humanitaire, les différents pays ont conçu et mettent en œuvre des plans de soutien aux populations, en rapport avec les partenaires. Ces plans visent l’aide alimentaire, la satisfaction des besoins de base notamment l’accès à l’éducation, aux soins de santé, à l’eau et à l’assainissement.

S’agissant de la situation économique, la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) a conçu un plan quinquennal de développement, mais faute de financement son exécution est différée. Pourtant une conférence sur le financement de ce plan s’est tenue à Bologne en Italie. Malheureusement cette conférence n’a pas enregistré le succès escompté.

Mesdames, Messieurs,

La crise écologique actuelle est peut-être la plus grave qu’ait connue le lac Tchad. Bien qu’il ait connu des périodes d’assèchement par le passé, il est à craindre que la dégradation en cours soit irréversible. C’est certainement conscient de cela que des initiatives ont été lancées, depuis des décennies pour sauver le lac Tchad. Il en est ainsi du projet « Atlantropa », conçu dans les années 1930, entre les deux guerres et du projet « Transaqua - une idée pour le Sahel», qui prévoient, tous, le transfert vers le lac Tchad, des eaux du bassin du Congo à travers l’Oubangui et le Chari.

C’est le lieu de saluer le Président Denis Sassou Nguesso, qui a donné son accord, pour la réalisation de ce projet, depuis 2005. Nous exhortons les autres Gouvernements des pays du bassin du Congo à s’associer à ce projet qui est d’une importance économique et écologique indéniable. C’est le lieu aussi de lancer un appel à tous les participants à la présente conférence pour qu’ils s’impliquent dans la réalisation de ce projet, certes ambitieux, mais indispensable à la survie de la planète.

Par ailleurs permettez-moi de rappeler que le lac Tchad a été reconnu au titre de site RAMSAR en 2001, dans ses parties nigérienne et tchadienne et en 2008, dans ses parties nigériane et camerounaise. Par cette convention relative aux zones humides, le lac Tchad est reconnu d’importance internationale, particulièrement comme habitat d’oiseaux d’eau ainsi que comme site ayant une fonction écologique indéniable, une valeur économique, culturelle, scientifique et récréative. Il est normal que l’UNESCO s’intéresse au lac Tchad et notre espoir est le voir un jour classé comme patrimoine mondial.

Mesdames, Messieurs,

La régénération du bassin du lac Tchad comporte de nombreux défis. L’ampleur de ces défis ne doit pas nous décourager. Au contraire ; nous devons faire preuve de détermination et garder à l’esprit la contribution inestimable de ce bassin au développement économique et social de nos pays et à l’équilibre écologique mondial.

La présente conférence devra contribuer à la réalisation de cet objectif ambitieux. La déclaration d’Abuja qui en sera issue doit incarner une feuille de route conséquente que tous nos partenaires se doivent de soutenir pour que nous réussissions notre ambition légitime de réhabilitation du bassin du lac Tchad.

Au vu du niveau de participation et de la qualité des participants , je n’ai aucun doute que les travaux de cette conférence internationale sur le lac Tchad déboucheront sur l’adoption de solutions rationnelles et audacieuses, relatives à la question de la préservation de cette ressource en eau et au développement durable de son bassin, de façon à relever le quadruple défi sécuritaire, humanitaire économique et écologique.

Je vous remercie ».

Onep

1er mars 2018
Source : http://www.lesahel.org/


Lesahel.ne

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