Conférence des donateurs pour le G5 Sahel à Bruxelles le 23 février 2018 : Intervention du Secrétaire Permanent, M. Maman Sambo Sidikou

M. Maman Sambo Sidikou Excellences Mesdames et Messieurs les Chefs d'États et de Gouvernements,
Monsieur le Président de la Commission de l'Union européenne,       
Monsieur le Président de la Commission de l'Union Africaine, 
Monsieur le Représentant du Secrétaire Général des Nations unies,         
Chers partenaires,
Mesdames, Messieurs.

 Sans la paix et la sécurité, point de développement ni de prospérité possibles. L’absence de développement et de progrès socioéconomique notables favorise aussi la recrudescence de l’insécurité et de l’instabilité sur un territoire. C’est à ce défi vital que la région du Sahel se trouve particulièrement confrontée avec acuité ces dernières années.

Aujourd’hui à Bruxelles, je constate avec joie la grande détermination qui nous anime tous à rendre effective dans les plus brefs délais la réponse appropriée aux problématiques sécuritaires et de développement qui caractérisent la région Sahélo-saharienne et plus spécifiquement, les pays membres du G5 Sahel.

L’espace composant le G5 Sahel avec ses plus de 5 millions de km², une population avoisinant 70 millions d’habitants, des jeunes en majorité, et un taux moyen de croissance démographique de 3,18 %, devrait voir sa population doubler en 22 ans !

Confrontés à des enjeux multiples, longtemps parfois ignorés, l’espace Sahel est devenue une source de préoccupation majeure pour la stabilité du continent Africain et pour la sécurité internationale.

Dans les pays du G5 Sahel, ce sont donc de nombreux défis identiques qui entravent le développement socio-économique et qui sont en grande partie les causes des conflits récurrents et en recrudescence, de l’insécurité, du terrorisme et de l’extrémisme violent. Parmi ces multiples défis, les plus symptomatiques sont l’extrême pauvreté, le faible niveau de développement humain et d’emploi surtout des jeunes, la croissance démographique non maitrisée, la nécessité d’une amélioration de la gouvernance, les effets néfastes du changement climatique dont les sécheresses cycliques, l’insécurité alimentaire et le pastoralisme, la dégradation des ressources naturelles.

Ainsi et malgré les efforts louables de nos gouvernements, aucun des pays membre du G5 Sahel n’a pu atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), escomptés pour l’année 2015 et, si la tendance se maintient, tous seront en grande difficulté pour s’inscrire positivement dans la trajectoire des Objectifs de développement durable (ODD) et de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.

De ce qui précède, que faudra t- il privilégier dans un tel contexte, le financement de la lutte contre le terrorisme ou celui de la satisfaction des besoins vitaux de base de nos populations ?

Au niveau sécuritaire, l’enjeu essentiel est de réussir à mettre fin aux foyers de violence qui prolifèrent dans la zone sahélo-saharienne notamment suite aux activités des groupes terroristes et narcoterroristes. La porosité des frontières de nos pays facilite la synergie entre ces groupes criminels et favorise également la migration clandestine essentiellement vers l’Europe dont le Niger, le Mali, la Mauritanie et le Tchad constituent les principaux points de passage. D'où la nécessité pour nos cinq États, avec l’accompagnement de la communauté internationale, de mutualiser nos efforts en vue d’endiguer le phénomène.

Depuis la création du G5 Sahel, trois ans se sont écoulées et nous ont permis de faire quelques avancées importantes. Dans cette dynamique, la présente conférence sera, je le souhaite ardemment, l’occasion de compléter le financement de la première matérialisation sur le terrain de l’existence et de l’efficacité du G5 Sahel. Il s’agit du déploiement de notre Force Conjointe nécessitant 423 millions d’euros.

Avec l’opérationnalisation de cette force de nouvelle génération, plus adaptée aux défis sécuritaires multiples de la région notamment aux conflits de type asymétrique, il sera impérieux pour le succès de ses missions de bien situer le positionnement de cette force dans l’écosystème sécuritaire en vigueur actuellement dans le Sahel, spécialement dans l’articulation de son action en coordination efficace avec les armées locales et amies actives sur le terrain. Il faudra aussi particulièrement nous assurer de la confiance de nos populations à travers, entre autres, un dialogue constructif avec les leaders locaux et les jeunes, un strict respect des Droits humains et une communication judicieuse sur le sens de notre action qui est, doit-on le rappeler, menée essentiellement aux bénéfices de nos populations sans exclusive.

C’est pour réussir cet objectif capital que constitue l’obtention d’une forte adhésion populaire à notre démarche qu’une bonne synchronisation devra s’opérer, pour plus de crédibilité et d’efficacité, entre les réponses apportées aux défis sécuritaires et celles envisagées pour faire face aux problématiques de développement socioéconomique. Dans cette même perspective, nous tenons à magnifier l’esprit de travail en synergie qui anime progressivement le G5 Sahel, les Nations Unies, l’Union africaine et l’Union européenne, suite à l’adoption de la résolution 2391 du Conseil de sécurité de l’ONU qui a ouvert la voie à l’appui des Nations Unies et de l’Union européenne à la force du G5 Sahel par l’intermédiaire de la MINUSMA.

Toujours dans l’optique d’une action concertée susceptible de transformer positivement et durablement la vie de nos populations, il sera crucial de trouver la bonne formule afin de garantir la pérennisation de la Force Conjointe et de réunir rapidement le financement nécessaire pour entamer l’exécution du Programme d’Investissements Prioritaires (PIP) / première phase 2018 -2020, qui constitue le plan d’action urgent de la Stratégie pour le Développement et la Sécurité du G5 Sahel adoptée en mai 2016, avec pour objectif global de contribuer par des actions régionales à assurer le bien-être socio-économique des populations, à travers une croissance inclusive et soutenue, dans un environnement sécurisé. Cette Stratégie est bâtie autour de quatre axes d’intervention : Défense et Sécurité / Gouvernance / Infrastructures / Résilience et Développement humain.

Une table ronde pour le financement du Programme d’Investissements Prioritaires (PIP) est prévue au mois juin prochain et, je saisis cette opportunité pour vous y convier tous ainsi que tous nos amis absents aujourd'hui.

Excellences, Mesdames, Messieurs

En concluant mon allocution, je puis affirmer avec confiance que nous sommes sur la bonne voie dans l’œuvre de pacification et d’accélération du développement durable de la région du Sahel. Redoublons donc d’efforts pour passer « des idées aux actions », pour redonner de l’espoir à nos populations spécialement notre jeunesse, en ramenant rapidement la paix et la sécurité dans le Sahel tout en s’activant pour résoudre efficacement les problèmes de développement dont les solutions sont déjà bien identifiées.

Avec solidarité et sens de responsabilité, car le destin du Sahel concerne la paix et la sécurité mondiale, nous parviendrons ensemble à bâtir un Sahel prospère et apaisé qui contribuera alors de manière plus prépondérante au progrès de toute l’Afrique et de l’humanité.

Je vous remercie.

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