Déjeuner de presse organisé par le ministère de la Défense nationale : Echanges sans tabou sur la situation sécuritaire et les questions militaires

M. Kalla Moutari, Ministère de la Défense NationaleLe Ministère de la Défense Nationale a offert samedi dernier un déjeuner de presse au cours duquel le ministre Kalla Moutari a évoqué, sans tabou, toutes les questions relatives à la situation sécuritaire et aux Forces Armées Nigériennes. À cette occasion, le ministre de la défense nationale a apporté des précisions sur la dernière attaque du camp militaire de Toumour dans la région de Diffa. Il avait, à ses côtés, le chef d’Etatmajor des armées, le général de corps d’armée Ahmed Mohamed ; le Secrétaire général du ministère de la Défense nationale, le général de brigade Waly Karingama, le Haut commandant de la Gendarmerie nationale, le colonelmajor Salifou Wakasso, ainsi que plusieurs cadres du ministère.

Dans ses propos introductifs, le ministre de la Défense nationale a indiqué que la rencontre vise à établir de nouveaux rapports avec les médias. « A travers cet échange, nous voulons vous assurer de la disponibilité de nos services et des informations », a dit M. Kalla Moutari qui a déploré le caractère souvent approximatif et parcellaire des informations relatives à la sécurité. « Si cela arrive, c’est parce que l’accessibilité du ministère et des FAN est difficile pour beaucoup d’entre vous. Vous n’avez pas l’information officielle, vérifiée et crédible », consent le ministre de la Défense nationale, précisant toutefois que le domaine de la sécurité doit faire l’unanimité au sein de tous les citoyens. Après cette introduction, l’on est entré dans le vif du sujet avec des questions directes sur la présence des Forces étrangères et son impact sur la situation sécuritaire ; les attaques terroristes contre les camps militaires ; la collaboration avec les populations ; le traitement de nos soldats ; la Force du G5 Sahel ; etc

“La présence des Forces étrangères au Niger se justifie d’abord par la proximité des théâtres d’opération et pour le soutien au retour de la paix dans certains pays du Sahel”

Relativement à la présence des Forces militaires étrangères au Niger, le ministre Kalla Moutari, a d’abord souligné que le Niger a toujours eu une coopération militaire avec plusieurs pays et puissances, précisant que beaucoup de cadres de notre armée sont formés en France, à Madagascar, aux USA pour certains et récemment dans d’autres pays d’Afrique. « Ces bases militaires sont d’abord au Niger, pour contribuer au retour de la paix dans certains pays du Sahel. C’est donc en raison de la proximité des théâtres d’opérations », a déclaré le ministre de la Défense nationale qui précise qu’il y a deux bases, une française pour les opérations au Mali et une américaine pour la Libye. Cependant, ajoute le ministre Kalla Moutari, ces forces apportent un appui utile aux Forces armées nigériennes notamment en termes de formation, d’équipements, de renseignement et même de conduite d’opérations conjointes.

« Ces forces ont des équipements et du matériel que nos forces de défense et de sécurité utilisent en appui dans leurs missions au bénéfice de la sécurité de notre pays», a déclaré le ministre de la Défense nationale, qui dit toutefois comprendre le doute et l’incompréhension de l’opinion quant à l’apport de ces Forces étrangères dans la prise en charge de la situation sécuritaire. « La sécurité est une question de souveraineté nationale. Cette coopération avec les armées d’autres pays a des résultats mais il y a aussi des difficultés dont nous en parlons avec nos partenaires », a confié M. Kalla Moutari. Toujours par rapport aux débats en cours sur une supposée présence de base italienne, le ministre de la Défense nationale a été on ne peut plus clair. « C’est le Niger qui décide ; il n’y a pas de base italienne au Niger. Pour le moment, nous n’avons rien décidé, mais il n’est pas exclu », atil déclaré, ajoutant que le Niger a une coopération très fructueuse avec l’Italie et que la coopération militaire promet aussi d’être avantageuse pour notre pays.

“Tous les véhicules emportés par les assaillants à Toumour ont été repérés et détruits ; les terroristes ont perdu plus de 300 éléments”

Revenant sur les attaques terroristes sporadiques de nos camps militaires, le ministre Kalla Moutari a évoqué le caractère pernicieux de l’ennemi qui utilise souvent des véhicules aux couleurs couleurs de notre armée ou celles de pays amis, jouant ainsi sur la surprise. « C’est pourquoi, nous sensibilisons toujours nos hommes à ne pas lâcher la vigilance ; à bannir l’utilisation du téléphone portable du reste interdit par le règlement », atil expliqué. Le ministre a par ailleurs déploré, le traitement de l’information relativement aux attaques de nos camps. « Toutes les images diffusées sur les réseaux sociaux relativement à la dernière attaque de Toumour sont fausses. Nous devons savoir qu’en agissant de la sorte, nous faisons la propagande aux terroristes », a déclaré M.Kalla Moutari qui précise qu’à l’issue de cette attaque, les assaillants ont perdu plus de 300 éléments et tous les blindés en service sur ce camps sont là intacts ainsi que « certains armements » dont le ministre s’est gardé de divulguer la nature. « Lorsque notre armée remporte des victoires nous n’en parlons pas parce que ça relève des affaires militaires », atil ajouté.

“Il n’y a pas de bases terroristes sur notre territoire ; à chaque fois que nous sommes attaqués, ce sont les pays voisins qui servent de zones de repli pour les terroristes”

Relativement à l’équipement et aux traitements de nos soldats le ministre de la Défense nationale a souligné les efforts déployés par les autorités de la 7ème République. « Notre armée est équipée et combative. Nous disposons des armes que les terroristes n’ont pas. Notre armée est plus forte que les terroristes. Ces derniers peuvent toujours attaquer par surprise ; ils viennent pour mourir », a dit le ministre Kalla Moutari. « En plus, le Chef de l’Etat n’a jamais hésité dès lors que la hiérarchie militaire exprime le besoin d’obtenir tel ou tel autre matériel. La décision y est prise en réunion du Conseil national de sécurité », atil ajouté. C’est l’ensemble de ces efforts couplés à l’engagement et au sacrifice de nos Forces de défense et de sécurité qui ont permis de ramener la sécurité dans la région de Diffa. D’ores et déjà, les activités sont en train de reprendre, notamment la culture du poivron, une activité essentielle pour les populations de cette zone. Cela est possible, parce que souligne le ministre, toutes les îles qui reviennent au Niger sont dépolluées des éléments terroristes. Répondant à une question relative au chef terroriste Abubakar Shékau, le ministre de la Défense nationale a assuré qu’il n’est pas au Niger. Mieux « Il n’ya pas de bases terroristes sur notre territoire ; à chaque fois que nous sommes attaqués, ce sont les pays voisins qui servent de zones de repli pour les terroristes », a assuré le ministre Kalla Moutari ajoutant par ailleurs, que les démarches se poursuivent pour retrouver les personnes enlevées à N’Galewa, un village de la région de Diffa.

“Vous pouvez dormir tranquilles, on est sécurisé ; nos forces armées assurent”

Par rapport aux traitements des soldats nigériens, le ministre de la Défense nationale a indiqué que notre pays est pris en exemple par les armées de certains pays de la région. En effet, expliquetil, lors de leurs réunions avec les Etatsmajors des armées des pays de la région, certains demandent l’alignement du traitement de leurs soldats à celui des soldats nigériens. En outre, la prise en charge des familles des soldats tombés sur le champ d’honneur est assurée conformément au protocole en la matière. « Tout cela nous encourage. Ce n’est certes pas suffisant, mais nous faisons ce qu’il faut pour mettre nos militaires dans les conditions matérielles et psychologiques dans le cadre de l’accomplissement de leurs missions », a estimé M. Kalla Moutari.

Abordant la question relative à la force du G5 Sahel, le ministre de la Défense nationale a indiqué que cette force a été voulue par les cinq (5) Etats membres à savoir le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. « Elle est en fait une duplication d’une expérience qui s’est avérée concluante, à savoir la Force mixte multinationale qui a permis de chasser les terroristes de Boko Haram et de ramener la sécurité dans le bassin du Lac Tchad », a expliqué le ministre Kalla Moutari. La force conjointe du G5 Sahel a pour objectif global d’en finir avec les foyers terroristes et les trafics dans la région. Chaque pays membre contribue en troupes et en financement de cette force. Mais pour mieux donner de l’envergure et des moyens suffisants à la Force conjointe, les pays ont sollicité et obtenu l’appui des partenaires.

«Le financement est aujourd’hui presque bouclé grâce au leadership de la France et de l’Union Européenne, mais aussi parce que nos pays ont convaincu de la pertinence de la création de cette force », a annoncé le ministre de la défense nationale. En plus de la France et de l’Union Européenne, il y’a d’autres grands contributeurs au financement de cette force notamment les Etats Unis, l’Arabie Saoudite, etc. La dernière réunion des ministres de la Défense qui s’est tenue récemment à Paris a porté sur les modalités de gestion du Fonds judiciaire mis en place pour cette force. A cette occasion, les parties prenantes ont harmonisé leurs positions. M. Kalla Moutari d’ajouter, que le travail qu’effectue cette force conjointe n’est pas seulement au bénéfice de nos pays, c’est aussi pour la sécurité du monde.

Le ministre de la Défense nationale a aussi évoqué les exercices Flintlock 2018 dont le Niger s’apprête à accueillir. Cet exercice militaire qui se déroulera dans les régions de Tahoua, Agadez et Ouallam (Tillabéri) regroupera des troupes venues de plusieurs pays avec leurs homologues des EtatsUnis. Il vise à mener des opérations conjointes, à échanger des expériences, à utiliser des équipements communs et éventuellement à neutraliser de potentiels ennemis. M. Kalla Moutari a par ailleurs, indiqué que des actions civilomilitaires sont menées aussi bien par les Forces de défense et de sécurité nigérienne que par les troupes étrangères en opération. Le ministre de la Défense nationale a saisi cette occasion pour demander à la population de collaborer davantage avec les FDS. Pour le ministre Kalla Moutari, deux éléments conditionnent cette collaboration. Premièrement c’est lorsque la population s’identifie à l’Etat et aux Forces armées nationales et donc prennent conscience des enjeux pour collaborer. L’autre condition, c’est la peur d’être sanctionné si on est au courant de quelque chose et qu’on refuse de collaborer. Cependant, le ministre de la Défense nationale dit comprendre souvent la crainte des populations exposées souvent aux représailles des groupes terroristes. «C’est pourquoi, l’armée doit montrer qu’elle est capable de protéger tous les populations ; qu’elle est plus forte que les terroristes », a dit M. Kalla Moutari.

Siradji Sanda

29 janvier 2018
Source : http://www.lesahel.org/


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