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Le pouvoir cherche-t-il à «concasser » la société civile opposée à la loi des finances ?

Le pouvoir cherche-t-il à «concasser » la société civile opposée à la loi des finances ?Après la manifestation du 29 octobre dernier, les organisations de la société civile opposées à la loi des finances 2018 ont-elles des difficultés à harmoniser leurs points de vue pour poursuivre la lutte ensemble ? Il y a, en tout cas, des signes qui autorisent à le penser. Il y a quelques jours, une partie de ces organisations s’étaient retrouvées au siège du Mouvement patriotique pour une citoyenneté responsable (MPCR) de Nouhou Mahamadou Arzika. Selon le président de l’Association de défense des droits des consommateurs (ADDC-WADATA), Mahamane Nouri, qui s’est exprimé sur les médias, leur rencontre visait à faire des propositions d’amendements à la loi des finances. Il a précisé qu’ils ont été approchés par la Commission des affaires économiques et du budget de l’Assemblée nationale. Une deuxième partie de la société civile opposée à la loi des finances s’est, elle, retrouvée au siège de la Confédération nigérienne de travail (CNT) pour, non seulement, tirer le bilan de la manifestation du 29 octobre, mais aussi et surtout réaffirmé sa détermination à poursuivre la lutte contre la loi des finances. Au sein de ce groupe, on retrouve, entre autres, le Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB-NIGER) de M. Ali Idrissa et des structures syndicales. Les organisations membres de ce deuxième groupe ont aussi fustigé l’arrestation des trois responsables de l’Association de défense des consommateurs des technologies de l’information et de la communication et de l’énergie (ACTICE), ainsi que la dissolution de cette association. D’autres organisations comme l’association Alternative Espaces Citoyens (AEC) de Moussa Tchangari, pourtant engagées dans la lutte contre la loi des finances, ne sont manifestées ni dans le premier ni dans le second groupe. Du coup, les observateurs se demandent ce qui a pu se passer pour que les différentes organisations de la société civile, qui avaient promis de se battre ensemble pour stopper les mesures antisociales contenues dans la nouvelle loi des finances, décident d’aller en rangs dispersés juste après la manifestation du 29 octobre dernier. Il est vrai que cette manifestation n’a pas respecté l’itinéraire convenu par les différentes organisations et qu’elle a finalement donné lieu à des actes de violence. Il est aussi vrai qu’un des principaux acteurs du mouvement, en l’occurrence Nouhou Mahamadou Arzika, avait été pris à partie par des manifestants incontrôlés.

Mais est-ce que ces seules raisons peuvent expliquer qu’en si peu de temps la forte dynamique engagée contre la loi des finances soit, de sitôt, malmenée par ses propres acteurs qui ont déjà commencé à mobiliser les citoyens ? Nombreux sont les analystes qui pensent que la société civile opposée à la loi des finances est victime d’un «concassage» de la part du pouvoir qui remue ciel et terre pour faire passer sa loi. Entre autres faits sur lesquels se basent ces observateurs, il y a la tentative d’exploitation de la violence exercée sur Nouhou Mahamadou Arzika, par certains cercles du pouvoir, ainsi que l’arrestation des trois responsables d’ACTICE et la dissolution de cette association. Lors du point de presse qu’il avait animé quelques heures après la manifestation du 29 octobre, le ministre d’État chargé de l’Intérieur Bazoum Mohamed, parlant vraisemblablement de Nouhou Mahamadou Arzika, s’est dit réjoui que certains acteurs de la société civile engagés dans la lutte contre la loi des finances aient enfin compris qu’ils étaient manipulés par d’autres qui seraient à la solde du Mouvement démocratique nigérien pour une fédération africaine (MODEN-FA/LUMANAAFRICA. En procédant à l’arrestation des trois responsables d’ACTICE et la dissolution brutale de cette association, le pouvoir a sans doute voulu semer la psychose dans les rangs des acteurs de la société civile engagés contre la loi des finances et les démotiver dans leur élan.

O. A. M

11 novembre 2017
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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Politique