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Les affaires florissantes des gourous de la Renaissance : la saison des prête-noms dans les acquisitions immobilières

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Pendant longtemps, certains des gouvernants actuels, lorsqu’ils étaient dans une opposition qui ne dit pas son nom, ont fait croire aux nigériens qui ne les connaissaient pas encore, qu’ils menaient une vie monacale, prônaient une vie au pain et à l’eau. Qu’ils détestaient les richesses matérielles et surtout faisaient croire que leur lutte politique s’inscrivait dans le cadre purement démocratique avec pour chevaux de bataille l’intérêt général et l’épanouissement du peuple nigérien. L’efficacité de la dépense publique et la bonne gouvernance étaient distillées à longueur de journée dans les discours gauchisants officiels, sur les médias et à l’hé- micycle. Beaucoup de Nigé- riens s’étaient laissés prendre au jeu de la rhétorique oiseuse. Mais, l’espoir a très vite fait place au désenchantement après l’accession des camarades au pouvoir d’Etat à partir de 2011. Incapables de réaliser les vœux et les promesses dont ils ont gavé le peuple nigé- rien, les camarades, de façon effrénée, comme dans une ultime session de rattrapage, se sont lancés dans une course à l’accumulation primitive du capital. À la question « quel était le point commun aux proches de Mobutu ? », son ministre de l’information de l’époque, dé- pité, répond : « l’argent, l’argent, l’argent ». La recette est la même pour les adeptes de la Renaissance. L’appétit venant en mangeant, le socialisme et le marxisme-léninisme se sont vite métamorphosés, disons dé- générés, en bourgeoisie compradore.

Les terrains longtemps enviés, inaccessibles, sont aujourd’hui achetés, à tour de bras, à coup de centaines de millions
Les multiples affaires qui ont jalonné la gestion tumultueuse de la Renaissance, de 2011 à ce jour, donnent la mesure du goût prononcé pour l’argent des marxistes léninistes qui nous gouvernent. Eximbank, Prêt congolais, avion présidentiel, artp, containers, africard, uraniumgate : des affaires dont le milliard est l’unité de compte et où les rétro-commissions conséquentes, permettent de construire, acheter des terrains longtemps désirés, avoir des actions dans des sociétés de la place ou ailleurs, garnir des comptes bancaires dans les paradis fiscaux. En même temps, les affaires immobilières fleurissent à tour de bras. Les terrains longtemps enviés, inaccessibles, sont aujourd’hui achetés, à tour de bras, à coup de centaines de millions. Certains vont dans le milliard. Quelques jours seulement après acquisition, un building émerge tel un champignon, comme par enchantement. De temps en temps, un opérateur économique fait le tour de la propriété, un gros trousseau de clés en main, comme s’il était le vrai propriétaire. Mais en fait, c’est du bluff. Aujourd’hui, c’est la saison des prête-noms. De hautes personnalités dans le giron du pouvoir, en connexion avec des notaires et des opérateurs économiques, acquièrent régulièrement ces terrains enviés de tous mais non accessibles pour tout le monde. La stratégie est toute simple et bien huilée, à l’abri des bouches et des yeux indiscrets, pensent les acteurs. Seulement, tout se sait à Niamey, et au Niger. Les prête-noms sont au-devant des activités de cette ploutocratie éhontée qui se fait de gros sous dans la politique devenue de nos jours la poule aux œufs d’or, pendant que le peuple vit dans un dénuement quasi-total, et que partout est décriée une sécheresse financière sans précédent. Un premier lot de papiers est fait devant notaire, attestant l’acquisition de tel terrain ou tel immeuble par le prête-nom, servant surtout au vendeur qui ne doit pas être dans « le secret des dieux » comme on dit. Le deuxième lot de documents, les vrais cette fois-ci, circulent entre le vrai acquéreur, notre politicien tapi dans les ors de la République, et le notaire, gardien du secret du temple. Et le tour est joué.

Une floraison de réalisations individuelles à la limite de l’insolence
Voici comment et pourquoi des immeubles poussent dans tous les coins de Niamey à un moment où les caisses de l’Etat sont vides et où l’on est obligé d’annuler des concours, supprimer de milliers de postes budgétaires d’enseignants dans le but d’avoir, ne serait-ce qu’un petit souffle dans la masse salariale devenue aujourd’hui un véritable boulet d’étranglement. Dans un pays qui a du mal à assumer ses dépenses de souveraineté, c’est un crime. Et ce n’est pas que notre pays manque de ressources, mais bien parce que ces ressources sont très mal gérées ou dilapidées. Et il est bien curieux d’assister dans ce pays où l’Etat manque du minimum vital, qui régulièrement classé dernier en matière d’indice de développement humain (IDH) par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), à cette floraison de réalisations individuelles à la limite de l’insolence. C’est que pour beaucoup d’observateurs, c’est juste un transfert des biens de l’Etat vers le compte de certains individus, plus préoccupés par leur réalisation personnelle au détriment de celle du peuple.

L’usage des prête-noms est en soi un aveu de culpabilité
C’est vrai, et c’est connu depuis, le peuple souffre plus par ceux qui parlent en son nom à tout bout de champ. Mais l’accumulation primitive a une limite. Elle a toujours une fin. Pire, elle conduit toujours son auteur, quand elle est faite de manière frauduleuse, dans des déboires certains. Bien de richesses mal acquises se sont évanouies du vivant même de leurs indélicats auteurs. Les exemples sont lé- gion. En revanche, la reconnaissance du peuple est éternelle, et la récompense divine inestimable. Du reste, l’usage des prête-noms est en soi un aveu de culpabilité. Et l’histoire des prête-noms finit généralement comme l’histoire de Jean Miché Kankan et son ami Manjounga.
Affaire à suivre

K.M

14 septembre 2017
Source : Le Courrier 

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Politique