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Municipalités : enfin les coups d’Etat en marche

Au Niger, le ridicule ne tue plus. Alors qu’on dénonçait les conditions dans lesquelles les dernières élections allaient se dérouler, le régime fit la sourde oreille, ne voulant rien entendre et pour forcer le processus, il a fallu écraser un bel instrument qu’est le CNDP qui avait jusqu’ici permis aux Nigériens de surmonter par le dialogue et l’esprit de consensus, leurs divergences. La Renaissance, elle, n’avait pas besoin d’un tel outil et elle s’en est allé, forçant toutes les portes pour passer et c’est ainsi, qu’elle réussit non sans indigner le monde, son passage en force en mars 2016. C’est la pire des élections de l’histoire de notre démocratie car jamais, il n’a été interdit à un candidat de battre campagne et qu’il faille pour ce faire l’emprisonner, « l’isoler ». Et des partenaires, s’indignant silencieusement, ne peuvent dénoncer un tel acte qui est d’un barbarisme intolérable. Ce fut donc un scrutin qui a scandalisé le monde entier et ternit gravement l’image du socialisme nigérien.

Après les élections législatives et présidentielles, organisées avec le fichier incriminé que l’on sait et pour lequel, un audit de la Francophonie a été requis, il était question, quand enfin, le président sortant s’est rassuré de rester encore pour cinq autres difficiles années, d’organiser les élections locales et régionales. Contre toute attente, le régime s’y refuse, se dérobant à une exigence constitutionnelle, pour trouver, par quelques moyens alambiqués, la possibilité de s’y soustraire. On devait alors entendre, non plus de la bouche des opposants mais du gouvernement de la Renaissance lui-même, qu’il n’était plus possible d’organiser ces élections pourtant arrivées à échéance, parce que simplement – tenez-vous bien – le fichier disponible, ne serait plus bon quand même ce fut avec le même que le président s’est fait élire tout comme les députés. Pour s’éviter ce devoir constitutionnel, le régime trafiquera des articles, cherchant une conformité rétroactive qui le mettrait à l’abri de violations flagrantes qu’il craint oubliant que son Opposition était aux aguets.

On passe ainsi, par une prolongation suspecte des mandats des conseils municipaux et régionaux expirées afin d’endormir les Nigériens et les possibilités offertes par la nouvelle loi controversée, permettaient un renouvellement indéterminé de ces prolongations et de ces mandats. Mais les observateurs avisés savaient déjà qu’on était dans un jeu de dupe et que la Renaissance n’était pas du tout sincère dans ce qu’elle faisait. Elle sortait très affaiblie aussi bien politiquement que financièrement d’une élection qu’elle s’est jurée de gagner par les moyens qu’elle y mettra sans tenir compte du degré d’aversion des Nigériens vis-à-vis de sa gestion, aversion à laquelle elle finit par buter pendant sa campagne, et ayant eu peur, lorsqu’il s’agit d’élections de proximité de ne pas pouvoir trafiquer un scrutin, il décida presque unilatéralement que ces élections n’étaient plus tenables en l’absence d’un fichier fiable. Pourtant, faut-il le rappeler, c’est par ce fichier que l’on a prétendu qu’on est élu et qu’on a une majorité confortable pour gouverner. La reconnaissance un peu tardive du caractère obsolète du fichier controversé qui avait servi à élire le président, doitelle mettre en causes les scrutins auxquels il a servi ?

Mais l’on savait depuis quelques temps, que le régime avait des appétits voraces pour s’octroyer la gestion de certaines entités dont le contrôle, par des élections régulières, lui échappait. Niamey, la capitale, acquise au Moden Fa Lumana dont c’est le fief incontesté, était dans le viseur de la Renaissance. Quand on sait le seuil de l’adversité entre les tenants du pouvoir et le parti de Hama Amadou devenu leur bête noire, on comprend aisément que la Renaissance pourrait croire que pour gouverner plus tranquillement, il lui fallait à tout prix prendre le contrôle de la capitale sans en avoir la légitimité, sans passer par une élection, car par un tel moyen, elle sait que la capitale est un bastion Lumana imprenable. Elle avait alors mis en place un plan de reconquête déloyale de la capitale. Selon un acteur de la société civile, Maradi serait après Niamey, oubliant sans doute Tillabéri et Diffa, le second grand fief du parti de Hama Amadou et pour lui, c’est cette réalité qui justifie cette attitude du gouvernement, à refuser d’organiser l’élection partielle.

Premier coup d’Etat…
On se rappelle que pour assoir son pouvoir qui souffre visiblement de légitimité quand, le parti qui l’a conduit au pouvoir s’est retiré de sa gestion, le PNSD a eu besoin de tenter de détruire Hama Amadou et son parti politique. Il est inutile de rappeler tout le harcèlement dont ils ont été l’objet, car cela est désormais derrière nous, et il va sans dire que l’histoire jugera. On visait alors tout ceux qui, résistant aux manœuvres du pouvoir, tenant à leur fidélité et à leur amitié avec Hama et à son parti, avaient une responsabilité nationale ou régionale dans le parti, mais également tous ceux qui, par leurs moyens faisaient vivre le parti quand même ce parti vit plus du degré de militantisme de ses membres que de subsides. Ainsi finissent-ils par traquer presque tout le directoire du parti décapité laissant des militants engagés, presque orphelins de leurs leaders, à mener seul leur combat et là aussi, dans quelles conditions ? Pour rien, devant leur siège, parce qu’on pré- tend que le président devait passer par là pour revenir de sa campagne en province, quand même on était loin de son retour, on gaze des militants, on les maltraite, abusant de la force publique. On avait le pouvoir, on pouvait tout se permettre. Dieu, sans doute, sans être fataliste et résigné, est Grand. C’était donc dans cette veine, pour se frayer un chemin, que le premier coup d’Etat fut perpétré contre le conseil de ville de Niamey dont on révoqua le pré- sident, le sieur Oumarou Dogari, resté fidèle à Hama Amadou, pour hisser à sa place un conseiller perfide qui a choisi de trahir son mandat pour animer une rébellion à l’intérieur du parti de Hama Amadou, et ce pour les besoins que l’on sait. On défendait la révocation politique par la mise en garantie pour l’acquisition d’un prêt pour la ville, de biens de la Ville. C’était la « lourde faute » qui justifiait la sanction. Pourtant c’était un prêt que les autres présidents de ville du pays avaient aussi pris mais l’on se demande qu’est-ce qu’ils avaient eux, à mettre en garantie qui ne soit pas de leur ville, pour qu’ils ne subissent pas, la même rigueur de la loi. Un conseil des ministres entérine donc l’éviction de Dogari, sous les yeux hagards et passifs du parti qui voyait venir plus grave. Et les socialistes, comme fauves, s’attaquèrent à Hama Amadou sans aucun respect, ni pour sa personne, ni pour son rang. On entrait dans une nouvelle ère politique au pays, où tous les coups étaient permis pour combattre un adversaire qui n’est plus qu’un adversaire, mais un vrai ennemi ainsi que le définit le dictionnaire numérique Encarta une « personne avec laquelle on est en état de guerre larvée ou ouverte ».

Qui dit mieux ?
S’il est vrai que d’autres maires ont été révoqués, ou que d’autres conseils ont été dissouts, il faut reconnaitre que cela ne vise qu’à faire confusion, comme dans le cas des bébés supposés importés, pour atteindre la ville de Niamey et ses communes que l’on convoitait tant. Il ne faut pas oublier que la destruction des commerces sous la fallacieux prétexte du déguerpissement qui viserait l’embellissement de la capitale, était de ce plan machiavélique qui vise à appauvrir, à ruiner autant que possible un électorat qui n’aura pas voté le régime et qui serait lui aussi, par ses moyens, d’un soutien inestimable pour Hama et pour son parti. Ce ne sont là que des détours, pour arriver là où on est enfin arrivé, après la lourde décision du dernier conseil des ministres : la dissolution des différents conseils de la ville de Niamey desquels ne s’accommode pas politiquement le régime des socialistes. Fautil donc refuser d’aller à des élections locales qui sanctionnent régulièrement et plus légitimement pour passer par de tels raccourcis qui ne peuvent ni rassurer des acteurs politiques du pays, ni même des partenaires qui ont investi pour faire la promotion de la gouvernance locale et de la démocratie à la base ?

Le coup d’Etat de trop… ?
Comme dirait l’autre, « trop c’est trop ». Ce n’est, quoi que dira le gouvernement de Brigi Rafini, pour mieux gouverner la région de Niamey, que ces mesures graves ont été prises. Niamey devait être dans l’escarcelle du régime et puisqu’une élection régulière ne peut le permettre, pour le regard que l’on porte sur l’horizon 2021, il fallait agir dès maintenant à placer là, l’homme acquis à la cause, non pas des populations mais du régime. Or, le régime a beau placer les hommes de son choix à la tête des communes, il oublie qu’il n’aura pas plus d’une cinquantaine d’hommes, alors même que Niamey compte aujourd’hui plus du million (quand même son électorat a été à dessein minoré) que le régime ne pourra jamais contrôler à sa guise, une majorité incorruptible qui restera à faire toujours un choix libre. D’ailleurs, sur les raisons avancées, les Nigériens sont divisés. Lorsque certains syndicats de la ville s’en réjouissent, d’autres ne manquent pas d’exprimer leurs doutes et leur scepticisme même. Comment d’ailleurs croire les premiers qui soutiennent la décision quand euxmêmes comme s’ils ne doivent avoir aucune lucidité, reconnaissent que l’échec de la Ville est plus imputable au comité de trésorerie, qui décide en tant qu’ordonnateur, par-dessus la tête du président du Conseil de ville. Quand un responsable est ainsi à dessein désarmé, comment voudra-t-on qu’il mette en œuvre une politique pour la ville surtout quand on sait aussi que le petit haut commissariat à Niamey Nyalla, lui a dé- robé bien de ses prérogatives et sans doute aussi de ses moyens. Hassane Seybou sans que nous ne voulions le défendre, a été élu pour échouer – le pauvre. On pourrait d’ailleurs penser que l’on veut après ce qui serait son échec, amener un autre, qui pourrait faire un travail remarquable que l’on envisage dans le cadre de la tenue en 2019 du sommet de l’UA à Niamey, pour que les Niaméens reconnaissent ses prouesses et basculent dans le camp du pouvoir. Personne ne croira la Renaissance dans cette option du coup de force pour trouver après le moyen d’installer à la tête des communes les hommes de son choix.

Par un tel geste, le régime a-t-il choisi de précipiter et de durcir la crise ? La réaction de l’opposition, par la voix de Soumana Sanda, Coordonnateur Lumana de la région de Niamey et Député national, ne s’est pas fait attendre. Le même jour, il devait réagir devant les médias pour exprimer leur désapprobation et leur volonté farouche de combattre cette grave décision. Même quand elle n’a pas de problème, la renaissance sait ou ils se trouvent pour aller les chercher. Encore que, ce ne sont pas des problèmes qui lui manquent. Il est d’ailleurs assez curieux de remarquer que par rapport à ces décisions et leurs conséquences, deux partis politiques, à savoir le Moden Fa Lumana, et AmenAmin, ont des voix qui font écho, pour dénoncer une sanction à tout le moins discutable car le bon sens aurait voulu, pour être juste, de traiter toutes les communautés urbaines, et prendre ensemble, là où cela se justifie, les sanctions qui s’imposent mais à cibler chaque fois, la seule communauté urbaine de Niamey, cela ne peut rassurer personne. Et dans un tel cas d’espèce, il faut s’attendre à des contestations, à des refus de l’injustice. En tout cas même pour l’allié qui parle de conseil « renversé », l’idée du coup d’Etat trouve tout son sens dans la brutalité qui a conduit à la révocation du maire central de Niamey.

Ainsi, se plaint-il de « révocation orchestrée par un parti de la majorité », « d’hostilité », tant de petites autres choses qui témoignent de la dégradation des relations au sein de la mouvance présidentielle. Pourtant, défendre la vérité, la justice, l’équité, doit être une constante chez chaque démocrate. Faut-il attendre d’en être victime pour crier à l’injustice seulement ? Combien d’autres cas d’injustices a-t-on vus dans ce pays sans que jamais, parce qu’on croit qu’on est du pouvoir, que cela se faisait contre un autre qu’on aime plus, l’on ne devrait pas se prononcer pour les dénoncer par principe ? Peut-on aujourd’hui comprendre les complaintes du parti de Ladan Tchana que l’on veut visiblement pousser à la porte ? En tout cas c’est un journal proche du pouvoir qui l’insinue lorsqu’il titre que « Ladan serait sur les traces de Cissé ». Comprendre qui pourra… L’on peut cependant se demander si le parti en colère, peut tenir dans la bataille qu’il vient d’engager, lui qui n’a même pas le courage de nommer son vis-à-vis ? Cette « majorité présidentielle », ou ce « parti de la majorité », n’est autre que le PNDS. Pourquoi donc, se cacher derrière ces allusions ? Le chat c’est le chat. Ou si l’on veut, le lion c’est le lion. Il a un nom, il faut le nommer ! L’on peut également s’interroger sur le fait que c’est aujourd’hui seulement que le parti de Ladan se félicite de l’élection en France de Macron. Nous pourrions y revenir… Mais comprenons les douleurs d’Amen Amin. Il y a de l’injustice dans ce qui se fait et il faut le dénoncer. A jouer sur la corde de l’injustice, le ré- gime risque de mettre sur son dos et des opposants et des alliés. Et il n’est pas évident que le moment soit opportun pour le régime, de se permettre ces opérations kamikazes.

DJANGO.

17 aout 2017
Source : L'Actualité

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