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Equilibrisme politique : les béquilles fragiles de Seini Oumarou

Communication : Equilibrisme politique : les béquilles fragiles de Seini Oumarou Evitant la presse nigérienne, Seini Oumarou, on ne sait sous les conseils de quel communicateur à ses services, est allé parler avec l’Observateur Palga du Burkina, oubliant que ces journalistes, autant que ceux du Niger, savent bien ce qui se fait et se trame dans notre pays. Peut-être ne veut-il pas que les Nigériens prennent connaissance de ses analyses. Celui que le journal Burkinabé désigne ironiquement « Haut Représentant du président de la République » veut faire peau neuve, en jouant à l’innocent, au grand patriote. Il faut observer qu’il s’agit d’une interview non à chaud comme on dit, face à face, mais par correspondance, ce qui signifie que le texte, du moins la ré- daction pourrait ne pas être son œuvre et qu’une main jugée experte dans le domaine, pourrait avoir aidé à mieux répondre et notamment à éviter de tomber dans certains pièges qui nuirait à l’image du « Haut représentant » qui ne repré- sente pas, du moins jusqu’ici. L’on se demande d’ailleurs, s’il a bien pu percevoir, le caractère agressif de cette première question qui lui demande : « En quoi consiste cette fonction ? » (Entendre ici la fonction de HRPR, un machin local sans aucune consistance). Mais il rassure son interlocuteur invisible qu’il a des missions bien définies par le décret du 18 octobre 2016 et quand on considère la date, on voit bien qu’il s’agit d’une « fabrication locale », un truc taillé sur mesure pour acheter sa voix, ses critiques que l’on sait acerbes contre le régime qu’il sert depuis peu, non pas que par du travail, mais par ses silences et ses gentillesses nouvelles pour Issoufou et pour sa gestion. Et parce qu’il parle de mission, peut-il d’ailleurs un jour, animer un point de presse pour faire aux Nigériens dont il profite des deniers à ce poste fantôme, le bilan de son action de Haute représentant du président de la République (HRPR) ?

Les Nigériens veulent bien savoir que sa fonction leur est bien indispensable et qu’il mériterait le confort qui grève le budget amaigri de l’Etat. Et l’on se demande en core qu’est-ce qu’il y a de caractère politique, économique et social que ne pourrait pas faire un premier ministre et qu’il faudra lui confier. C’est peut-être le lieu, de préciser à son journaliste qui lui pose la question, quelques dossiers qu’on lui a confiés et qu’il poursuit avec son cabinet depuis qu’il a, après Amadou Salifou, un de ses anciens rebelles, son poste juteux.

Sur son choix de regagner la majorité…
Le journal burkinabé sait bien l’appréciation que les Nigériens font de son virage à 90° qui a surpris jusque dans son parti où la tempête, contrairement à certaines informations à dessein distillées, n’est pas prête de s’estomper. Et pour répondre à cette autre question outrageante, à savoir « qu’est-ce qui a motivé ce choix que certains de vos compatriotes jugent avant tout ″alimentaire″, le président du MNSD, pardon le haut représentant, s’abrite derrière une déclaration officielle (le mot n’est pas neutre) du Bureau politique national, déclaration qui a pourtant été faite dans le déchirement que l’on sait. Et l’on se demande, si tant est qu’on est convaincu de son choix et qu’il fait l’unanimité, pourquoi doit-on continuer à le justifier, à l’expliquer ? Et tenez-vous bien, Seini note d’abord que le choix se justifiait d’abord par la « question sécuritaire ». Comme si au temps du départ d’Albadé et de ses acolytes, le problème sécuritaire ne se posait pas déjà et avec plus d’acuité. Pourquoi avoir refusé alors d’aller avec Albadé pour n’attendre que ce moment pour le faire et là dans la turpitude. Est-ce parce que les négociations étaient plus faites avec Albadé qu’avec lui le patron du parti ? Cette raison ne peut donc convaincre personne. Et au moins pour cette raison qui aura justifié leur décision, force est de constater que leur ralliement n’aura été d’aucun service pour le Niger, quand il note que « le dernier enlèvement de trente-neuf de nos concitoyens prouve à suffisance que la question sécuritaire est une réalité qui mérite l’attention de tout le peuple ». Quand même ils (Seini et sa troupe) sont avec le régime, voilà que le terrorisme continue à harceler les Nigériens ? Quel est leur rôle dans la gestion de cette délicate question qui les aura convaincus à soutenir ? Est-ce seulement de tenir la comptabilité des victimes pour les relayer par la presse ? Aussi, quand il ajoute que cette question « mérite l’attention de tout le peuple », faut-il qu’on sache si leur ralliement met tout le peuple du côté de la Renaissance. Ce ne sont là que des mots ronronnant et creux, vides de sens. Et Seini, se soucie de la stabilité des institutions, lui qui, en d’autres temps, qualifiait la gouvernance d’Issoufou Mahamadou, de gestion satanique – le mot lui appartient ! Et c’est là que ressortent ses contradictions. Il dit : « nous avons jugé utile de converger vers une union sacrée, c'est-à-dire l’union de toutes les forces vives de la nation ». Finalement, il ne restait plus que lui à l’opposition, pour que son ralliement fasse l’union sacrée de toutes les forces vives ? Pourtant – faut-il qu’on le lui rappelle – il a laissé Max, Cissé, Hama, Ousmane, Souley Oumarou, et tant d’autres non affiliés à l’opposition. Peut-il savoir le poids sociologique et politique de ces hommes dans le pays ? Non, il ne faut pas jouer avec les mots. On pourrait donc comprendre que jusqu’ici Seini Oumarou spécule, mais ne peut avoir le courage de dire les vraies raisons de son départ à la mangeoire, toute chose sur laquelle nous reviendrons plus loin. Il ajoute que pour eux, « sans Etat il ne peut y avoir de démocratie ». Sans aller avec le pouvoir, il y avait l’Etat, et son alliance avec le régime, ne saurait à elle seule justifier la réalité et la vitalité d’une démocratie, si d’ailleurs un tel choix « alimentaire » ne tue la démocratie et ne dé- grade finalement l’image de la dé- mocratie qui doit se faire dans la dignité et la grandeur.

Dans ses tâtonnements, le haut représentant justifie son abandon de l’opposition par cette question farfelue : « devons-nous passer tout notre temps à faire une guéguerre entre partis politiques ou entre alliances de partis politiques, alors même que l’Etat fait face à de telles menaces (menaces sur la stabilité politique et institutionnelle) ? Comment ne pas sourire. Ah, le grand soucieux ? Quel souci fait-il pour un pays dont on a volé tout l’argent et dont il court à soutenir ses prédateurs ? A-t-il vraiment le souci de la stabilité quand il se fait l’allié d’une gouvernance « satanique », le partenaire de la dernière heure d’une aussi mal-gouvernance ? Aime-t-il vraiment le Niger à aider à couvrir tous ces scandales immenses qui l’ont ruiné ? Non, Seini aura dit qu’il défend son pain, on le comprendra et l’excusera. Point barre. Mais ces arguties ne trompent personne. On est allé manger, car ainsi qu’on l’a clairement fait entendre, « le parti est fatigué – entendre là pauvre – et l’on a trop faim, on ne peut plus tenir, il faut aller se chercher, quitte à accepter sous les humiliations d’alliés que l’on encombre, d’ingurgiter les gras morceaux qu’on vous concède, sans faire attention à leur hostilité et à leurs railleries. Le MNSD, du moins le bout alimentaire que tient encore Seini, oubliait qu’une bouche a mieux à défendre qu’un repas arraché à la pique-assiette, au Niger on dira au « balsa ». Et Seini parle de « quel Etat envisageons-nous de laisser aux générations futures ». Le meilleur Etat qu’on peut leur laisser n’est pas celui de nos connivences, mais de notre gestion saine, libérée de toutes nos gourmandises et de nos avidités. Mais comme le soupçonne le journal burkinabé, sans doute dans la décision de Seini et de ses acolytes, le président de l’assemblée nationale du Burkina Faso aura joué un certain rôle, miroitant sans doute les faveurs brillantes qui attendent dans la caverne d’Ali Baba, pardon, de la Renaissance qui a eu le mérite de fabriquer à gogo des milliardaires. Et quand on s’est dramatiquement appauvri, ça tente. Si cette raison peut tenir la route, peuton accorder du crédit à cet autre argument selon lequel, après les élections et la réélection d’Issoufou, le MNSD, se dédisant sans aucun respect pour la parole donnée, devait renier ses accords au sein de la COPA 2016, parce qu’il serait libre de tout engagement, pour aller à la renaissance après les élections. Pourquoi avoir choisi un camp, et d’ailleurs, ceux chez qui, l’on est parti, peuvent-ils franchement vous respecter avec de telles analyses ? Demain, n’est-ce pas que pour les mêmes raisons, pour ne pas rester au chômage, on pourra invoquer les mêmes raisons pour divorcer ? Mais ce que Seini oublie, c’est que la COPA savait bien, qu’il n’était pas là sincèrement, qu’il avait des jambes écartées qui le situaient ailleurs tant il était indécis, semblait même jouer un faux jeu. Bien de gens n’avait pas confiance en lui quand pourtant, bien de militants et de responsables de son parti avaient un choix de cœur avec la COPA. Tout le monde le savait. Mais encore faut-il que chacun s’assume jusqu’au bout pour ne pas encore tomber dans l’avanie.

L’autre contradiction, c’est de relever que « Nous pensons que l’essence même de la démocratie c’est une majorité qui gouverne et une opposition qui contrôle l’action gouvernementale ». Mais le sachant, pourquoi avoir renoncé à l’opposition ? N’est-elle bonne qu’avec les autres ? On peut comprendre qu’enfin fouetté par la faim et la dèche, il y avait pour eux de bonnes raisons de migrer vers des terres plus clémentes pour abandonner les terres arides de l’opposition.

La bonne leçon de Seini…
Le président du MNSD NASSARA reconnait qu’il faut que des changements s’opèrent dans le comportement des hommes politiques. Cela fait longtemps que les Nigériens font de la démocratie, mais jamais ils n’ont connu, dans leurs relations, ce qu’ils font et vivent aujourd’hui. Aussi souligne-t-il, « Il nous faut tous, majorité et opposition, repenser nos manières de faire pour ne pas mettre en cause les fondements de la démocratie », mais il sait que l’opposition ne fait rien et c’est peut-être pour ne pas offusquer ses nouveaux amis qu’il met tout le monde dans le même panier. Si quelqu’un doit changer, c’est bien les gouvernants qui n’ont de politique que de persécuter tous ceux qui n’approuvent pas leurs politiques. Jamais, l’on n’a dénié à une opposition sa place dans la démocratie qu’avec les socialistes qui auraient pu, par leurs parcours, ne pas commettre de tels excès. Il n’est que trop imprudent de juger un démocrate par ses seules paroles.

Seini Oumarou, peut-il dire aux Nigé- riens que les critiques dont on accable ses amis ne sont pas fondées ? L’Uraniumgate, Africard, les dossiers CAIMA, SONIDEP, Exim Bank China, les rails de Bolloré, etc. ? Pourquoi se demander alors : « [les] critiques, si elles sont faites dans un esprit constructif, doivent contribuer à interpeller les gouvernants afin de corriger les insuffisances ». Peut-il comprendre non pas seulement en tant qu’homme politique mais comme homme de Dieu, que quelqu’un qu’on accuse de détournement millions aille en prison, pendant qu’un autre dont on accuse de connivence dans la gestion de quelques deux cents milliards, continuent à régner et à trôner sur les finances publiques ? Pourquoi, quand on accuse le maire central de malversation sur quelques trois milliards, il n’a de sanctions qu’une révocation, quand d’autres, sans qu’on ne sache trop sur leur cas, continuent à croupir en prison. Est-il encore normal, quand, Bana Ibrahim, revenant d son ″pèlerinage″ dans le goulag de la Renaissance, nous apprend qu’une centaine de militaires, sont en prison depuis plus d’un an sans qu’ils ne sachent ce qui leur vaut cette incarcération, ce qu’on leur reproche ? Sontils victimes de l’appréciation ethniciste de notre armée venant d’un autre ? Quand Seini dit les « gouvernants », faut-il savoir qu’il s’exclut ? Veut-il insidieusement rappeler à ses partenaires qu’il est aujourd’hui, dans le contexte difficile qui est celui du pays, à écouter les critiques qui sont formulées à son encontre pour qu’il les apprécie objectivement, sans à priori afin d’apporter des corrections nécessaires à sa gestion ? Quelque part dans un subconscient, on peut lire qu’on reconnait qu’il y a des «

insuffisances ». Mieux, pour aider Issoufou, le haut représentant, rappelle que le pays dispose d’un cadre approprié pour diluer et résorber les problèmes par la force que les hommes ont à se surpasser, pour se parler et trouver dans le dialogue constructif, ce qui, de manière consensuelle, préserve les intérêts de la nation. En le disant, sans doute que pour en avoir été la victime il y a quelques mois, quand des calculs le pla- çait dans le camp de l’opposition, il reconnaissait que le CNDP auquel il fait allusion est foiré car cela fait bien longtemps que ses réunions, ne concernent qu’un camp politique, deux autres camps ayant été tenus à distance, parce que semble-t-il, le régime se targue de détenir une majorité qui pourrait l’autoriser à décider seul pour le pays. Une attitude qui ne peut rien arranger à la relation politique dans le pays. C’est comme s’il ne peut pas comprendre que l’on ait des problèmes politiques dans le pays, car dit-il, « Et surtout qu’au Niger nous avons eu la chance d’avoir créé un cadre un cadre de dialogue politique (CNDP) ». Heureusement que tout est passé… composé. Cela étant, implicitement Seini reconnait, comme pour s’en plaindre, que ce cadre est désormais derrière nous, piétiné par les volontés d’un système qui règle tout par la force quand ce n’est pas par la dictature du nombre arraché à la suite d’un hold-up électoral qui a fait date dans l’histoire du Gondwana.

Peut-être reconnait-il la gravité de la crise dans le pays. Il appelle en tout cas « Les acteurs politiques [à] privilégier le dialogue ». Or, cet ultime effort n’est possible que lorsque le discours politique est apaisé afin de calmer les nerfs qui sont depuis des années sous une pression extrême.

Parlant de ses relations avec l’opposition qu’il venait de renier et de quitter, comme pour rassurer ses nouveaux alliés, il affirme : « nous n’avons aucun contact avec Hama Amadou sur le plan politique ». D’ailleurs sur quel autre plan peut-il avoir de contact avec Hama sachant que l’amitié séculaire qui les unissait, a été sacrifiée pour s’assurer une ascension politique qui aurait pu passer sur son cadavre (au figuré comme au propre) après son passage à Koutoukalé. Et n’est-ce qu’il devait savoir que Hama n’a pas fait de la présidence du Niger une fin en soi et ce d’autant qu’il la veut non pas que pour sa modeste personne mais pour le Niger afin de le libé- rer de la misère et de ses fractures. N’a-t-il pas demandé à ses militants, si ce n’est que pour lui, ne poser aucun acte de violence rassurant que s’il devait diriger le pays, personne ne saurait contrarier les volontés du Tout-Puissant. Hama vit son destin politique dans la magnanimité et la responsabilité. Un autre, peut bien se servir de ses conseils qu’il voudrait lui donner s’il l’avait au téléphone…

DJANGO.
17 aout 2017
Source : L'Actualité

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