Forfait Albarka

MRN : Tenir jusqu’à quand ?

Mrn BazoumOn savait que la Renaissance était malade depuis quelque temps. Elle ne pouvait avoir d’autre sort que celui-là car son monde n’est mu par aucun idéal, aucune ambition pour le Niger et pour son peuple sinon qu’à trouver pour chacun, le moyen de s’enrichir, une position de confort dans le système, une place dans l’ombre protectrice du régime pour bénéficier d’une impunité qui les rendrait intouchables. 'Armés de ce gris-gris made in Renaissance' pour l’impunité, ils sont aujourd’hui nombreux ces prisonniers en sursis, profitant du répit d’une gouvernance dont le label est l’injustice, pour continuer à narguer les Nigériens, souvent pire, pour continuer la prédation et à ruiner l’État. Depuis quelques jours, ce sont les fissures à l’intérieur du parti présidentiel qui commencent à s’ouvrir, béantes, fragilisant le système que des luttes de positionnement, des querelles byzantines de leadership sont en train de miner de manière sournoise. Dans la décomposition du système qui met en lutte d’un côté les calculateurs du sérail du président de la République qui tentent de le manipuler par des analyses peu lucides pour s’incruster dans le giron du grand camarade quitte à mettre à la marge, de vieilles amitiés et de vieux compagnons devenus trop encombrantes et certains responsables du parti que des éclairés auraient commandés de sacrifier pour mieux baliser l’autoroute en chantier pour 2021 ; de l’autre côté la décomposition met aux prises des alliés qui ne s’aiment pas forcément mais qui peuvent faire la paix, puisse-telle être précaire, autour d’un repas. Et tant qu’on mange avec l’autre, grâce à l’autre, il était possible d’endurer et de supporter ses caprices, ses jeux déloyaux même si un autre a dû s’éclater pour laisser échapper ses douleurs, pour crier à demi-mot ce qui serait une trahison.

Mais est-il vraiment possible d’être brave quand on s’est compris, quand ses acteurs dans le système ne sont pas bien conduits ou auraient commis des actes délictueux ? Sinon, comment comprendre ces plaintes et ces accusations qui se mêlent de soutien et de flatteries ? L’on sait pourtant qu’il y a une seule façon de dire qu’on n’est pas d’accord, qu’on condamne. Dès lors qu’on ne peut pas prendre ses distances, quand on a peur de perdre sa pitance nourricière, il faut arrêter d’amuser la galerie, de jouer au guerrier téméraire. D’ailleurs, se demande-t-on, de quelle arme long peut disposer pour forcer un autre qui ne respecte rien et personne et qui plus, n’a presque plus besoin d’un autre pour avoir une majorité ? Personne ne peut plus faire du chantage à Issoufou qui a réussi à dribbler ceux qui l’on soutenu. Alors qu’ils condamnaient les conditions dans lesquelles s’étaient déroulées les élections présidentielles couplées aux lé- gislatives, il réussit à leur fermer la bouche, acceptant douloureux, des résultats que l’on sait pourtant trafiqués ? Il n’est donc que très tard de se plaindre, de se lamenter. Aujourd’hui, AmenAmin est la victime du jeu dans lequel il s’est hasardé. Il sait que les hommes qu’il revendique n’ont jamais été élu sous sa bannière et pour avoir cautionné la chienlit que le Guri a semée dans l’espace politique nigérien, poussant des intestins fragiles à la rébellion contre leur famille politique, peut-être doit-il comprendre qu’il est en fin de mission pour être enfin logé à la même enseigne que celui pour lequel, pour réussir l’intrigue, on le préféra et le manipula. Peut-être que pour les mêmes raisons pour lesquelles on n’aimait pas et détestait l’autre, on devait, après s’être servi de lui, le mettre à la marge, le placer à la même loge. A chacun d’assumer ses choix.

La MRN, malgré les colmatages que l’on sait, est bien malade. Ses malaises sont profonds, et peut-être que bien de personnes s’en sont rendu compte, pour ne plus jouer qu’avec une seule carte, la carte Albadé qui semble être le Joker gagnant dans un système où il reste le seul à pouvoir tirer son épingle du jeu. Alors qu’on se chamaille dans son parti, alors qu’on s’y bat et se détruit, alors qu’on s’y déteste en vrais ennemis souvent, les différents protagonistes, proclament tous leur soumission et leur loyauté au patron courtisé de Jamhuriya. Rien d’autre que pour être dans ses faveurs, pour conserver une position acquise ou, lorsqu’on est à l’attente, d’espérer sa bénédiction, pour trouver demain ou un autre jour, une position confortable dans le système. On triche et on se ment à l’intérieur de la MRN, souvent on ment à sa propre conscience pour garder son « repas » entre les mains quand, d’autres à l’affût le convoitent...

Après la sortie hasardeuse et pas très millimétrée de Ladan Tchana la semaine dernière, il y en avait qui avaient hâtivement cru que c’était les premières vibrations d’un séisme qui agitaient depuis des mois la Renaissance. Ce petit cri entendu entre deux pattes, n’est qu’un non événement, en tout cas pour la Renaissance qui dort sous ses lauriers, du moins son chef qui semble n’avoir pas dormi pour mettre à ses pieds tous les hommes de son système souvent soustraits du joug de leur propre parti par le confort qu’on leur concéda nuitamment pour ne répondre qu’au nom d’un seul homme, pas même de son parti. Ces attitudes pleureuses ne peuvent donc pas émouvoir ces socialistes qui ne sont pas des enfants de cœur, des socialistes qui ne vivent qu’avec les certitudes de Machiavel. D’ailleurs quel chantage peut-on faire quand on ne compte à l’assemblée que trois (3) maigres députés ?

Ce dont on ne peut pas douter est qu’il y a des malaises au sein de la Renaissance. Arrivés au pic du pourrissement, ces malaises forcément exploseront car ainsi qu’on le dit souvent, lorsqu’il ne restera plus rien à l’homme, il lui restera à défendre au moins son honneur, sa dignité. Et à croire certains observateurs, l’on n’est pas aussi loin de l’éclatement car pour beaucoup d’autres, après avoir défendu un homme et son système qui n’ont pas su profiter de tant de forces ( ?) et d’intelligences rassemblées pour réussir, face au fiasco, il ne reste plus qu’à défendre un pays, à soustraire son propre pays de griffes de prédateurs, à préserver son unité et son entente que les prédécesseurs ont laborieusement construites. Face aux peurs légitimes de notre descente aux enfers, le choix du Niger et de l’avenir commun s’impose car demain, si le vrai chaos devait arriver, nous en payerons tous le prix.

16 août 2017
Source :  Le Canard en Furie

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