Orange experience digitale 2

Le PNDS, à l’épreuve du pouvoir

Pnds Tarayya JusticeLe PNDS, à l’épreuve du pouvoir Le PNDS est l’un de ses partis politiques que le vent de La Baule avait charrié sur le Niger démocratique et il aura joué, faut-il le reconnaître, un grand rôle dans l’animation politique du pays, dans la contradiction démocratique. Personne ne peut d’ailleurs nier la puissance de sa parole qui avait forcé l’admiration tant par les «vérités» qu’elle professe que par l’intransigeance qui le caractérise. Et la force léonine qu’on voulait incarner, donnait toute sa splendeur à l’image ainsi cultivée de ce parti qui se classait à Gauche de l’échiquier, faisant alors siennes certaines valeurs fondatrices d’un choix doctrinaire qui le rapproche du peuple et de ses préoccupations réelles. Qui pouvait d’ailleurs nier ce rôle prépondérant qu’avait joué le parti de Mahamadou Issoufou et de Bazoum Mohamed dans l’enracinement de la démocratie ? Leur combat jusqu’au-boutiste, mené âprement, aura montré pour les Nigériens qu’ils avaient une estime surdimensionnée d’eux-mêmes, à croire que sans eux le Niger ne sera pas ou en tout cas qu’ils étaient indispensables, disons aussi incontournables pour gérer le pays avec rigueur et efficience. C’est pour avoir si bien joué sur ces a priori que l’on avait cru à cette formation politique qui ne devait finalement avoir de force que dans le verbe, dans les discours orageux et démagogiques, pour ainsi donner force à des préjugés qui lui sont favorables. Mieux d’ailleurs, le parti socialiste voulait en même temps donner l’image d’une formation solide ayant résisté à tous les aléas de la politique, conservant son unicité, sa cohésion quand celle des autres s’érode au fil des âges et des chocs politiques qui traversent l’échiquier.

Il n’en fallait pas plus pour que Bazoum, à Seini et à d’autres, fasse remarquer la solidité de leur parti que rien n’a pu ébranler en plus de deux décennies d’existence. Et l’homme avait d’ailleurs raison quand on regarde sereinement ses analyses pleines de vanité. Alors que Seini, résistait, jouant l’opposant farouche à son régime, allant jusqu’à ouvrir le front fratricide avec Albadé que des raisons encore inconnues avaient poussé à aller soutenir, contre les choix semble-t-il de son parti, le voilà qui revient à des lucidités nouvelles pour se dédire en faisant ce pour quoi, naguère, il combattait et maudissait le clan rebelle qui aurait trahi la ligne tracée par le parti et son bureau politique. Et rigolant dans les coins d’un mouchoir, Bazoum devait être heureux, d’avoir affamé des hommes et de les vaincre par la tentation du fumet de la ripaille de la Renaissance à laquelle ils n’ont pas pu résister quand eux seraient restés dignes de leur combat, à refuser toutes les mains tendues, tous les compromis à eux faits par les régimes précédents, se défendant du fait qu’aller tous à la mangeoire, ce serait trahir la démocratie et le peuple, en tout cas ce serait, nous avait-on rabâché les oreilles, « une escroquerie politique » qu’ils se sont défendu de commettre au nom d’une éthique politique quand même aujourd’hui ce sont eux, on ne sait plus pour quel paramètre nouveau et pour quelle exigence nouvelle, qui appellent de tous leurs voeux à l’union sacrée, tendant laborieusement une main peu sincère pourtant qui ne vise qu’à isoler un homme sur l’échiquier et espérer pouvoir faire le vide autour de lui, ne vivant plus que de ses rancunes. Et les Nigériens n’ont jamais pu comprendre, pourquoi, les camarades du PNDS tiennent tant à ce qu’ils avaient en d’autres temps combattu et refusé. Est-ce parce que le pouvoir leur aurait montré toute sa délicatesse pour s’effrayer de ne pas pouvoir et de demander alors secours pour ne pas sombrer et casser tout le mythe qu’ils avaient construit autour d’eux ? Tant il est vrai qu’à l’épreuve du pouvoir, le régime des camarades chancelle, et montre depuis quelques temps des signes de fragilité et de vulnérabilité qui peuvent être fatals à sa capacité de résilience qu’il ne cessait de clamer à tout bout de champ.

C’est ainsi que le PNDS a fini par décevoir et les Nigériens savent que ce parti n’a plus la force d’antan, la cohésion millénaire qui avait bâti sa citadelle. Les rancoeurs et les déceptions se sont renforcées dans le parti et notamment dans le partage du pouvoir si bien qu’ils sont nombreux à se sentir délaissés, à vivre à la marge de leur propre système quand, par quelques calculs encore incompris, on avait convoyé quelques piqueassiettes redoutés qui ont resquillé pour leur prendre leur part légitime et surtout quand, affublés d’une majorité confortable même trafiquée, rien ne pouvait justifier qu’ils acceptent de se mépriser pour donner à un autre qui les aura combattus des places aussi confortables dans leur pouvoir. Cette gentillesse, il y en a qui ne la comprennent pas et ne la supportent plus dans le parti et étant donné que cela fait longtemps qu’ils attendent, depuis six ans, vainement et depuis, les colères sont profondes, toujours tenaces. D’ailleurs, depuis combien de temps, n’avait-on plus revu, les structures régionales du parti, faire des déclarations pour apporter soutien à leur régime que l’on sait pourtant acculé face à tant de colères dans le pays qui l’éclaboussent même si, abusant de la force, il donne l’impression de résister et de triompher ? Sans doute que dans les régions, les militants roses sont déçus et ne comprennent plus les responsables de leur parti qui ont vite oublié et qui, par les faveurs et les dorures du pouvoir ont oublié des misères pourtant pas très lointaines, la galère endurée et partagée ensemble. Les nouveaux bourgeois sortis des rangs du parti, avaient dès lors construit des murs entre eux et leurs bases. Le président lui-même n’est plus accessible et le militant Tarraya vit depuis le sacre du parti, le sentiment de la marginalisation, souvent même du mépris et comment pouvait-il en être autrement quand le pouvoir s’est rendu compte qu’il pouvait ne pas plaire aux Nigériens dès lors que le pouvoir pouvait lui permettre de corrompre la souveraineté populaire en s’imposant au peuple par un gangstérisme politique par lequel les voix sont détournées pour confisquer un pouvoir pour s’y incruster.

Et depuis notre démocratie est dans le malaise. C’est comme si notre démocratie est frappée d’une malédiction nouvelle et depuis plus de vingt années de vie démocratique, on a l’impression de vivre un éternel recommencement. De la même façon qu’hier Issoufou n’avait pu s’entendre avec Ousmane pour préserver l’essentiel et la continuité de leur système « Tchendji », de cette même façon, Baré n’avait pas pu construire le consensus minimum avec la classe politique pour pouvoir sauver les meubles, comme Tandja manipulé n’avait pas pu comprendre qu’il donnait non pas à un homme mais au Niger des chances de consolider sa stabilité et de tenir dans sa marche maîtrisée dans le progrès, aujourd’hui, le parti présidentiel si fier de lui-même et de sa solidité, devrait faire face à quelques soubresauts qui le précipitent au bout du gouffre. En effet, depuis quelques semaines, la presse rapporte un certain malaise qui entacherait les relations entre Issoufou et Bazoum, mais comme toujours quand de telles révélations sont faites, si ce n’est les acteurs eux-mêmes, c’est une presse à gage qui dément, rassurant de la solidité des liens séculaires. Mais les Nigériens ne se font pas d’illusion, ils savent bien que la vérité pourrait être toute autre surtout quand on se rappelle des déboires du deuxième lorsqu’il avait eu la hardiesse de rappeler aux Nigériens que le parti est leur propriété et qu’Issoufou n’aurait rattrapé le train qu’en marche ; ce à quoi, devait d’ailleurs répondre le PR qui semblait bien agacé par la sortie tonitruante de son ancien ministre des affaires étrangères, envoyé dans un premier temps à la touche avec quand même le poste de ministre sans portefeuille, avant d’être gracié au sortir des élections pour occuper le poste risqué de ministre de l’Intérieur. Et les hommes en sont restés là à se regarder en chiens de faïence, se méprisant peut-être l’un et l’autre. Et la situation ne peut que se dégrader quand on apprend qu’une médiation n’aurait pas permis de désamorcer la crise latente, Zaki étant resté lui-même, incapable de concéder la moindre tolérance, de tolérance politique même car bouffi d’orgueil et de suffisance, pour tempérer des ardeurs et donner des chances à l’apaisement, ainsi que cela a été cultivé avec son opposition et surtout avec son ancien allié que son système a appris à détester avec un tel venin qu’il est objectivement inconcevable d’entrevoir une entente possible avec les deux camps, l’on a l’impression que les ponts sont cassés désormais. Et Pédro, ce blogueur devenu célèbre quand les internautes nigériens accordent du crédit à ses publications, a de la précaution à utiliser le conditionnel pour dire que Bazoum aurait déjà son parti politique, ce qui, s’il venait à être confirmé, montrerait que la rupture est consommée entre les deux hommes, ce qui ne peut que provoquer une cassure profonde dans le parti n’en déplaise à des hommes bornés à croire que parce que l’homme n’aurait pas de base, il ne pourrait pas faire mal au PNDS. Le philosophe sait pourtant qu’il peut jouer sur les colères silencieuses de son parti, pour se reconstruire politiquement ainsi qu’a pu le faire si intelligemment Hama Amadou pour résister aux colères dévastatrices d’adversaires prêts à le sacrifier, au propre comme au figuré.

On ne peut pour le moment que spéculer et du pourrissement de cette situation, dépendra l’accélération de la décomposition amorcée qui conduira forcément à une recomposition du schéma politique national, en mettant dans un camp, les hommes en colères qui ont le souci de leur pays et de l’autre, les hommes qui, pour avoir beaucoup mangé gras seuls, voudraient tout saborder s’il le faut pour survivre à leurs échecs et peut-être sur les ruines de notre société sous haute tensions sociale et politique.
Avant le clash, à chacun de choisir son camp….

WALÉ

14 juillet 2017
Source : Le Monde d'Aujourdhui

Imprimer E-mail

Politique