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Menace sur la liberté de presse : Ali Soumana, promoteur du Courrier, sous mandat dépôt

Ali Soumana CourrierMis sous mandat dépôt le lundi 3 juillet 2017, Ali Soumana, fondateur du journal Le Courrier, séjourne depuis le même jour à la prison civile de Niamey, bien qu’initialement prévu pour la prison de Filingué, à un peu moins de 200 km de la capitale. Il est poursuivi pour soustraction frauduleuse d’une pièce d’un dossier judiciaire, suite à la publication, dans la dernière parution du journal en date du jeudi 29 juin 2017, d’un réquisitoire introductif du procureur de la République dans l’affaire Africard. Cette arrestation du promoteur du Courrier, par ailleurs membre de la cellule Norbert Zongo du journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (CENOZO), aux yeux de nombre d’observateurs, viole l’ordonnance 2010-035 du 4 juin 2010, portant régime de la liberté de la presse. C’est du reste ce qui ressort, entre autres, du communiqué de la Maison de la presse, en date du 4 juillet 2017, qui « s’insurge contre toute violation des textes régissant le métier de journaliste au Niger ». La Maison de la presse s’est dite également inquiète « des harcèlements et des pressions exercées sur les journalistes dans le cadre de leur travail ». Elle proteste en outre contre le non respect de l’ordonnance portant régime de la liberté de presse et apporte son soutien à Ali Soumana. Consacrée par les différentes déclarations internationales sur les droits humains que notre pays a ratifiées en toute souveraineté, ainsi que la Constitution que le peuple nigérien s’est librement donnée, la liberté de la presse est actuellement mise à rude épreuve au Niger. Les Nigériens pensaient pourtant avoir laissé derrière eux les harcèlements et arrestations de journalistes dans le cadre de l’exercice de leur métier, surtout après l’adoption de l’ordonnance 2010-035 et la signature de la Déclaration de la Montagne de la Table. Malheureusement, les journalistes sont quotidiennement sous pression, s’ils ne sont pas carrément interpellés, placés en garde à vue, puis sous mandat dépôt pour garder prison. Les bastonnades de journalistes, la confiscation de leur matériel de travail, et surtout leur arrestation, font désormais légion. Baba Alfa, poursuivi pour usage de faux, garde encore prison, sa demande de mise en liberté provisoire et son jugement toujours repoussés aux calendes grecques. Les journalistes ne sont pas les seuls à vivre ce calvaire.

Les membres de la société civile, les internautes, paient quotidiennement au prix fort l’exercice de leur liberté d’expression.

Il en est ainsi de Gamatié Yansambou du Syndicat national de conducteurs de taxi (SYNCOTAXI), et de Bana Ibrahim du groupe « Agir pour Hama Amadou en 2016 », arrêtés la veille de la fête de Ramadan pour des publications sur Facebook.

Actuellement sous mandat dépôt à la prison civile de Niamey, ils sont poursuivis pour outrage à magistrat pour l’un, et jet de discrédit sur décision de justice pour l’autre, suite à une dénonciation du Syndicat autonome des magistrats du Niger (SAMAN), qui a dénoncé, sans aucune plainte contre tel ou tel, des attaques dont ses membres sont l’objet sur les réseaux sociaux. La précipitation sélective avec laquelle les deux ont été interpellés et poursuivis a surpris plus d’un et amène certains à dire que les raisons de leur arrestation sont ailleurs. Pourtant, les mêmes magistrats se sont plusieurs fois plaint, dans moult déclarations, des attaques et fausses accusations dont ils sont chargés par des ministres de la République, sans suite. Il faut reconnaître que ce ne sont pas eux qui décident de l’opportunité de déclencher l’action publique, c’est ailleurs que ça grippe. Le respect des libertés et droits des citoyens est la mesure d’un Etat de droit, en particulier la liberté d’expression et de presse consacrée par la loi fondamentale. Le point commun de tous ces citoyens constamment harcelés est leur posture critique vis-à-vis du régime. Mais, ce n’est pas en cassant le thermomètre qu’on fait baisser la température.    

07 juilet 2017
Source : Le Courrier

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