Avertissement

JUser::_load : impossible de charger l'utilisateur ayant l'ID 62

mercredi, 21 décembre 2011 14:30

Editorial : du "printemps arabe" à l'"l'Harmattan sahélien"/Par Bory Seyni

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Du gouvernement, on attendait depuis avril  2011 un signal fort  illustratif de la volonté, clairement affichée par le président de la République dès sa prise de fonction, de faire face au grand défi  qu'a  fini par devenir, à force de complaisance et de laisser-faire,  la lutte contre l'impunité, la corruption, la mal
gouvernance et la délinquance économique. Révélée tambour battant par le pouvoir lui-même, l'affaire dite des fausses factures, une rocambolesque histoire d'escroquerie impliquant fonctionnaires des Finances et "opérateurs économiques" pour un montant d'un milliard et demi de francs CFA aux dépens de l'Etat offrait sur ce chapitre une occasion en or aux nouveaux dirigeants.

Neuf mois après  avoir été portée  à la connaissance de l'opinion, l'affaire est toujours au point mort. Quatorze malchanceux, pour la plupart fonctionnaires, croupissent certes en prison pour avoir joué  un rôle dans l'exécution de la forfaiture mais, grosso modo, le dossier ne peut guère évoluer judiciairement, l'auteur principal de ce crime économique, un affairiste fortuné  député à l'Assemblée nationale étant couvert par son immunité  parlementaire et… par des protecteurs ou obligés tapis au sein de l'appareil d'Etat.

Depuis l'interpellation du ministre de la Justice, garde des Sceaux, M. Marou Amadou, au Parlement, sur le sujet, on sait pourtant qu'une demande de levée de l'immunité de l'honorable représentant élu du peuple a été régulièrement introduite dans le circuit administratif par le Procureur de la République. De l'aveu même du ministre, la course de cette correspondance vers sa destination finale, le Bureau de l'Assemblée nationale, s'est arrêtée  quelque part dans les dédales de la bureaucratie gouvernementale au niveau du ministère des Relations avec les Institutions. Par quelle alchimie et pourquoi ?

C'est sans doute  pour se soustraire à  tout soupçon d'entrave au bon déroulement du fonctionnement de la justice que le chef de l'Etat, M. Issoufou Mahamadou a, dans son discours du 17 décembre, veille du 53ème anniversaire de  la proclamation de la République, annoncé à la nation avoir instruit son ministre de la Justice pour qu'il soumette au Parlement les cas de tous les députés ayant des dossiers pendants devant les tribunaux en vue de la levée de  leur immunité.

Jointe aux récents propos de M. Marou Amadou devant l'Assemblée nationale, cette déclaration du président de la République dévoile au grand jour cela même qu'elle était censée camoufler, à savoir l'intrusion criarde de l'Exécutif dans l'administration de la justice dans ce pays.

Qu'à  cela ne tienne ! La sortie du chef de l'Etat sur cette question était attendue et sera de nature à  calmer (pour combien de temps ?) un front social en ébullition.  A Zinder, début décembre, l'explosion de la colère latente depuis des mois dans le pays a déjà  fait ses premières victimes. Et il n'est pas sûr que les mesures administratives prises à l'encontre des fonctionnaires  de police directement ou indirectement concernés par cette tragédie suffisent à calmer les populations.

Quelque peu hâtivement, des observateurs ont attribué  à la question du prix du pétrole d'Agadem ces tragiques évènements. Il y a sans doute un peu de cela, mais le malaise qui a conduit à l'expression brutale du ras-le-bol zindérois est plus profond qu'il ne paraît et ne concerne pas que la seule capitale du Damagaram : il règne, aujourd'hui, dans ce pays, tous secteurs d'activités confondus, une atmosphère de mal-vivre à laquelle nos gouvernants seraient bien inspirés de prêter toute l'attention requise au risque d'avoir à gérer, dans des conditions que l'on ose à peine imaginer, l'espèce d' "Harmattan sahélien" qui, après le "Printemps arabe", menace de secouer plusieurs Etats de la sous-région ouest-africaine au cours de l'année 2012 qui débute dans quelques jours.

21 décembre 2011 
publié le 21 décembre 2011
Source : Le Démocrate

{sidebar id=1}
Dernière modification le mercredi, 29 février 2012 15:15