La Nigérienne de la semaine : Dr Amina Saidou

Amina Seydou 0001Dr Amina Saidou

Docteur Amina Saidou : que devrait savoir les internautes de Niger diaspora en ce qui concerne votre parcours?

Je voudrais d’abord vous remercier pour cette occasion que vous m’offrez. Je suis nigérienne issue d’une famille de classe sociale moyenne. Deuxième enfant d’une famille de 10, je suis aussi mère de 3 beaux enfants. Je dois dire que l’éducation est de rigueur dans ma famille grâce à un père, paix à son âme, professeur d’anglais de formation et à ma mère sage-femme aujourd’hui à la retraite. Il faut dire aussi que, dès le bas-âge, je n’avais aucune possibilité de plaisanter avec l’école. Ainsi, au fil du temps, j’ai fait de ce dévouement pour les études, à la fois une conscience morale et professionnelle.

J’ai passé mon cursus scolaire de l’élémentaire au secondaire dans les villes du Niger : Dakoro, Zinder, Niamey, Tillabéry et Tahoua d’où je suis sortie enseignante de l’Ecole Normale Kaocen en 1990. J’ai commencé ma carrière d’enseignante du primaire à 18 ans. Voulant faire de mon père une figure emblématique, j’ai suivi ses traces.

A l’issue des concours BSC 1, BSC2 & CAP, je suis passée d’institutrice adjointe à institutrice en 1995.

Au primaire, j’ai enseigné de 1990 à 2003. En 2003, je suis retournée à l’Université de Niamey poursuivre mes études en Maîtrise d’anglais. De 2007 à 2009, j’étais professeur d’anglais au CEG Gaweye. C’est ainsi qu’en janvier 2009, j’ai bénéficié de la bourse américaine Fulbright pour poursuivre mes études aux Etats Unis. Malgré les tentatives de dissuasion de part et d’autre, compte tenu de mon statut de femme et mère, je suis restée déterminée dans ma quête du savoir.

Ainsi, j’étais en Caroline du Sud et en Pennsylvanie pour le programme intensif d’anglais et une seconde Licence en TESOL (Enseignement de l’anglais comme langue seconde).

En 2011, j’ai poursuivi les études en Master et Doctorat en Louisiane. J’ai dû renoncer au salaire dans mon pays pour me contenter d’une prime d’assistanat qui m’a été offerte par mon université d’accueil. Ce qui m’amène à votre deuxième question.
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Parlez-nous de votre fonction actuelle de professeur à l'Université of Louisiane à Lafayette.

D’abord, je dois mentionner que je ne suis plus aux USA. Présentement, j’enseigne au Canada.

L’assistanat dont j’ai tantôt parlé m’a permis d’enseigner à l’université pendant que je faisais le Master et le Doctorat de 2011 à 2018. Mes principales motivations sont le goût pour les études, la recherche du capital culturel très varié et le modèle que je tenais à être pour mes enfants, pour la jeunesse nigérienne et surtout pour la femme nigérienne. J’encourage celle-ci à nourrir de fortes ambitions pour un avenir radieux. Donc, en même temps que j’enseigne les langues (Anglais/Français), je me suis spécialisée en littérature et cinéma africains.

Pouvez-vous nous parler de vos actions nationales et internationales ?

J’ai enseigné

  • Au Niger:
    • Illéla Oummani (Tahoua)
    • Ndounga (Kollo)
    • Agadez
    • Niamey
  • USA:
    • New Iberia
    • Lafayette
    • Youngsville
  • Canada
    • Nouveau Brunswick.

En regardant ce parcours, tout au long de ma carrière, j’ai fait l’expérience au pays et à l’international. C’est une question de volonté et de détermination. J’ai cultivé une identité nationale et internationale à la fois, donc une identité culturelle hybride. Après les Etats Unis, j’enseigne présentement au Canada. Malgré cela, je demeure toujours une apprenante. C’est fascinant combien l’enseignant reste toujours un élève. Cette soif perpétuelle de la quête du savoir est un tout auquel j’exhorte toute la jeunesse nigérienne. Cette quête est pleine d’épreuves, mais elle reste passionnante et mérite d’être accomplie. Le Niger regorge d’une grande diversité culturelle, on le sait. En ce 21ème siècle, la connaissance culturelle ou encore l’intégration sous toutes ses formes est indispensable pour la présence de toute jeunesse au rendez-vous mondial du donner et du recevoir.

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Que pensez-vous de la situation inquiétante de l'éducation au Niger ?

De mon expérience au Niger, je situe le problème à trois niveaux : le traitement réservé aux enseignants ; le manque de matériel et quelquefois l’inadéquation du curriculum enseigné dans les écoles. Il y a aussi un manque de politique en matière de besoins du pays.

Pour ne pas sombrer dans le pessimisme, il y a lieu de reconnaître le potentiel du pays en matière d’éducation. Le Niger dispose d’une forte population jeune à instruire et d’enseignants qualifiés ; ce qui manque à d’autres pays. Sans pour autant négliger nombre de secteurs importants, dont la santé, le Niger doit faire de l’éducation une priorité. Cependant, l’impression de l’intérieur comme de l’extérieur, laisse percevoir que les enseignants et les étudiants sont laissés à eux-mêmes sans mesures d’accompagnement ni planification en besoin professionnel. L’enseignement supérieur manque de soutien adéquat avec des enseignants-chercheurs forcés à cesser les cours. Oui aujourd’hui, l’enseignant est laissé à lui-même ; cela constitue un handicap énorme dont les répercussions négatives sont plus perceptibles à long terme. Aux Etats Unis ou au Canada, il est extrêmement rare que des enseignants partent en grève pour manque de salaire. Par exemple, j’étais menacée de coupure de salaire si jamais je choisissais de poursuivre mes études supérieures. Pesant le pour et le contre de la situation, j’ai préféré poursuivre ma quête de savoir. Autre exemple : des milliers de boursiers en fin de cycle chôment au pays ; un double manque à gagner pour le pays : la perte du financement pour leurs études et le potentiel de savoir acquis par cette jeunesse.

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Que pensez-vous du développement de l'enseignement universitaire au Niger ? Avez-vous des solutions, des plans à proposer ?

Nous avons besoin d’une amélioration du système éducatif, une réforme qui tiendrait compte des besoins de notre pays tout en prospectant sa position sur le marché mondial. Avec sa jeunesse capable, le Niger, petit pays soit-il sur l’échiquier mondial, peut toujours produire des miracles. Cependant, le Niger doit miser sur l’éducation de cette jeunesse car,

  • Il n’y a pas plus libérateur que les études. Je parle ici de liberté physique, mentale, spirituelle, économique, de la souveraineté ! Il faut que le Niger pense pour lui-même et pour les intérêts du peuple. Cela requiert évidemment une prise de conscience des problèmes réels.
  • Il y a un problème d’insertion et de gestion des jeunes talents au Niger. Il manque de mesures d’accompagnement des cadres formés à l’extérieur et à des coûts exorbitants. Des sommes faramineuses (bourses nationales comme internationales) investies pour leurs formations ne sont désormais que des pertes. Il manque de plan à court comme à long terme qui permettrait le réinvestissement à travers l’insertion des cadres. Cette jeunesse capable n’est pas « exploitée » pour le bien du pays. Frustrée, elle essaye de survivre dans les secteurs informels qui, on le sait, ne profite pas trop au pays.
  • Le curriculum à l’université comparé à celui des universités de la sous-région africaine n’est pas assez diversifié. Par exemple, le Niger est un pays riche en art. Ce domaine peut être développé à travers des études supérieures. L’Art culturel se vend très bien sur le marché mondial. Les artistes nigériens qui se battent par eux-mêmes ne sont pas soutenus. Des départements d’études féministes (avec des visions de la femme africaine et non occidentale) ou cinématographiques… font défaut. Pourtant, le Niger disposait des premiers talents du cinéma africain. Un autre exemple, comparé à la sous-région, le Niger ne produit pas assez d’écrivains. Peut-être que cela est dû au fait qu’à l’université, il manque de département qui œuvre au développement d’un tel talent…

Le système universitaire au Niger, ou disons qu’à l’université de Niamey la seule qui existait quand j’ai quitté le pays, regorge d’enseignants qualifiés. La preuve, notre sponsor de la bourse Fulbright voulait que nous, étudiants de différentes contrées du monde, lui envoyions des exemplaires de syllabus suivis dans nos universités respectives. Celui qui m’a été envoyé du département d’anglais, université Abdou Moumouni, était maintenant comme exemplaire requis.

Cependant, laissé à lui-même, l’étudiant nigérien n’est pas soutenu dans ses entreprises. Alors que l’avenir du pays repose sur ce capital humain et intellectuel. Au niveau des filières d’études, je ne sais pas trop dans les autres départements mais à la faculté des lettres, il est nécessaire d’ouvrir d’autres domaines d’études pour élargir les visions et vendre les potentialités nigériennes à l’extérieur. Ce qu’il nous faut, c’est une expansion au niveau des différentes facultés.

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Quels conseils donneriez-vous aux jeunes nigériens qui aimeraient se lancer dans des études universitaires en langues et lettres modernes ?

Je dirais aux jeunes qu’aujourd’hui au Niger, on a besoin d’une prise de conscience des problèmes qui minent notre société, problèmes nationaux d’abord et ceux qui tendent à placer le pays sous le contrôle des puissances extérieures. De cette prise de conscience, la jeunesse pourra enfin penser aux solutions.

Un des handicaps majeurs pour les étudiants africains arrivés aux USA et qui fut pour nous un défi à relever était la lecture. J’encourage la jeunesse à développer une culture de la lecture dès le cycle primaire. Il est fondamental d’initier des heures de bibliothèque, créer des bibliothèques dans les écoles, les classes, etc.

Aussi pour poursuivre leurs études, les jeunes peuvent chercher les bourses d’études en ligne. Cela demande des efforts, mais il existe de nombreuses offres et opportunités.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Nigériens qui voient en vous un modèle ?

J’encourage la jeunesse à avoir de la détermination, de la persévérance dans la poursuite de leurs rêves car, toute jeunesse sans rêve est une jeunesse meurtrie et une jeunesse meurtrie implique un peuple sans avenir, sans perspective ! J’encourage cette jeunesse à s’instruire le plus loin possible qu’elle puisse aller !

Je suis arrivée à ce seuil d’études à un âge avancé donc un peu en retard quand bien même, il n’est jamais tard pour bien faire ! Même si je n’ai pas tout perdu, je regrette de n’avoir pas écouté mon père qui voulait que je continue mes études au lieu de me lancer dans l’enseignement trop jeune (18 ans). Donc, en avant nos jeunes qui détiennent encore ce capital de jeunesse. Le savoir est riche et plein de pouvoir. Ainsi, ils sauront relever les défis à venir du pays. Ils doivent apprendre à faire face à tout obstacle qui les empêcherait d’avancer vers les causes nobles et réfuter tout pessimisme. Le parcours n’est jamais facile. On trébuche, n’empêche, on se relève et on continue le combat !

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De l’enseignante du primaire avec un certificat d’enseignement primaire, je suis aujourd’hui Dr. ; Professeur d’université en passant par l’enseignement secondaire (collège et lycée au Niger comme aux Etats-Unis et au Canada). Si je peux le faire avec une famille et des enfants, pourquoi pas nos jeunes nigériens ? Le savoir est une arme infaillible. La poursuite d’un rêve, tel un parcours initiatique, est parsemé d’épreuves qu’il y a lieu de surmonter. Mon cursus est certes rayonnant. Cependant, il n’a pas été facile. Il n’est pas impossible non plus !

Votre mot de fin.

Je lègue mes acquis à travers l’éducation de mes enfants qui aujourd’hui sont conscients de leurs devoirs vis-à-vis de leur pays. Après 29 ans de carrière au total, je nourris des projets, encore à l’étape embryonnaire, pour les jeunes et les femmes au pays. J’encourage tout Nigérien / toute Nigérienne à avoir un rêve et à œuvrer pour sa matérialisation.

Dr Amina Saidou I Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 

Réalisée par Boubacar Guédé

22 mars 2019
Source : https://www.Nigerdiaspora.Net

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