dimanche, 18 mai 2014 18:41

La Nigérienne de la semaine : Madame Hama Ramatou

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Hama Ramatou 01« Tout ce qu’elle touche devient du vernis », ainsi qualifiait un hebdomadaire nigérien, les mains de Madame Hama Ramatou, Directrice de l’école communautaire Décroly de Niamey. De passage en Belgique pour un stage à l’école Décroly de Bruxelles, Nigerdiaspora a rencontré pour vous cette éducatrice au parcours professionnel exceptionnel, en témoignent ses nombreuses distinctions. C’est un exemple vivant du modèle d’enseignant, un monument en chair et en os.

Très modeste et très réservée, elle s’est ouverte à nous. Suivez plutôt notre entretien exclusif avec Madame Hama Ramatou, une battante pour la promotion d’une éducation de qualité au Niger.

 

Vous êtes éducatrice de formation, vous avez été administrateur délégué de la Commune de Say, vous êtes membre de plusieurs associations féminines, pouvez-vous donner quelques détails de ce cursus professionnel bien fourni ?

Hama Ramatou 04Merci pour l’honneur que vous me faites de parler de moi. C’est un exercice auquel je ne suis pas habituée. Je laisse toujours le soin aux autres d’apprécier ce que je fais. Je suis éducatrice. Ma carrière a débuté en octobre 1978 dans une école de la périphérie de Niamey. J’ai tenu la craie pendant 12 ans avant de me voir confier la gestion d’écoles. Depuis lors, j’exerce l’exaltante fonction de Directrice d’écoles, doublée de celle de responsable de cellule pédagogique. A ce jour, je totalise trente six (36) ans de carrière dans l’enseignement.

Hama Ramatou 001Pour parler succinctement de mon état de services, c’est l’école Amitié de Niamey qui m’a accueillie pendant 18 ans où j’ai eu à travailler avec plusieurs partenaires extérieurs intervenant dans le domaine de l’Education et de l’Environnement. Je cite entre autres, l’Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP), « the globe programm », la JICA, la Fédération Internationale des Centres d’Entrainement aux Méthodes d’Education Actives (FICEMEA), le Centre Africa Obota (CAO). Ce qui nous a valu l’obtention de plusieurs formations et stages pédagogiques au Japon, en France et à Bruxelles en Belgique. Les expériences acquises m’ont amené à créer l’école Décroly du Niger en 2008 où nous sommes en train d’expérimenter la méthode du pédagogue Ovide Décroly. Cette méthode, nous l’avons découvert à l’école Décroly de Bruxelles. Elle peut parfaitement s’adapter à notre pays et à bien d’autres en voie de développement, car elle demande peu de moyens.

Outre ma carrière professionnelle d’enseignante, je n’oublie pas également l’imprévu intervenu dans le cours de ma vie, c'est-à-dire ma nomination au poste d’Administratrice Déléguée de la Commune Urbaine de Say en 2010. Ce fut une parenthèse intéressante. Mon expérience de responsable d’écoles m’a permis de conduire à son terme la mission qui m’a été confiée à la tête de la Commune Urbaine de Say dans une entente cordiale avec mes collaborateurs et mes administrés. Dans cette commune, nous avons accompli de nombreuses réalisations dans le domaine de l’éducation, de la promotion de la femme et de l’hygiène et l’assainissement.

Récemment, vous avez été distinguée lors de la 5ème édition du Trophée International de la Femme Active d’Afrique (TIFA. Quel sentiment vous anime après cette décoration ?

Hama Ramatou 5Ce n’est pas ma première distinction. J’en compte plusieurs. En effet, j’ai reçu plusieurs témoignages de satisfaction. La première émane du ministère de l’Education nationale pour bonne manière de servir. Il y a trois (3) autres de la part des maires qui se sont succédé à la tête du 3ème Arrondissement Communal de Niamey (de son ancienne appellation Commune 3 de Niamey), sans oublier une 4ème qui m’a été décernée par le Président national de l’Association des Parents d’Elèves (APE).

J’ai été également décorée dans l’ordre des Palmes Académiques du Niger par le Président de la République en 2003. Je suis aussi lauréate du Prix « Makaranta » de la meilleure école du Niger. Toutes ces distinctions font honneur à ma modeste personne. La 5ème édition du TIFAA, tenue en mars dernier, vient donc de confirmer davantage toutes ces distinctions en faisant de moi une de ses lauréates. Je ne peux qu’être satisfaite du trophée TIFAA qui renforce ma conviction que je suis sur la bonne voie du don de soi. Ce trophée comme les autres distinctions ci-dessus citées viennent confirmer ce beau propos : « La consécration est au bout de l’effort ».

Vous êtes actuellement Directrice de l’Ecole communautaire Décroly de Niamey, pouvez-vous parler de cette expérience ?

Hama Ramatou 02L’idée de créer l’école Décroly de Niamey est née juste après mon stage pédagogique effectué à l’Ecole Décroly de Bruxelles. Elle a été murie pendant 5 ans à travers l’utilisation de quelques principes pédagogiques à l’école Amitié de Niamey. Le premier travail a été présenté et apprécié au colloque international sur les pédagogies actives, tenu à Bruxelles en 2007. Pendant ce colloque, nous avons débattu du thème « Comment créer une école Décroly au Niger ? ». En 2008, après plusieurs contacts avec les autorités du ministère de l’Education du Niger et du 3ème Arrondissement de Niamey et l’implication des bonnes volontés belges, précisément celles de l’Ecole Décroly de Bruxelles, nous avons pu ouvrir les premières classes du préscolaire et du primaire. La visite au Niger de Marcel Clarinval pour contacter les autorités nigériennes et la présence à l’inauguration de l’Ecole Décroly de Niamey de Monsieur Pierre Décroly ont été les faits marquants dans l’histoire de la création de cette école. Et, depuis lors, des clauses de partenariat entre les deux Ecoles (Décroly Bruxelles et Décroly Niamey) ont été signées avec en toile de fond, des échanges pédagogiques à travers des stages et des formations. Actuellement, je prépare un séjour au C.E.D de Bruxelles en vue du renforcement de mes capacités en suivi/évaluation de la pédagogie Décroly et la prise en charge des enfants à besoins éducatifs spéciaux.

Permettez-moi de saluer au passage l’implication des autorités du Ministère de l’Enseignement primaire, de l’Alphabétisation, de la Promotion des langues nationales et de l’Instruction civique, celles du 3ème Arrondissement Communal de Niamey et les communautés qui contribuent beaucoup à bien conduire cette expérience.

Je vais aussi m’appesantir sur les énormes efforts de la Coopération Technique Belge qui a soutenu l’école communautaire Décroly de Niamey et qui continue à le faire. Je veux parler ici de leurs appuis en logistique et manuels scolaires et en matériels d’activités pratiques. C’est la CTB qui m’a octroyé la bourse pour découvrir la pédagogie décrolyenne en 2002. Donc, c’est la CTB qui a semé la graine qui a donné naissance à l’école Décroly de Niamey qui grandit d’année en année.

Quelles ambitions nourrissez-vous pour cette école ?

Hama Ramatou 03Une pareille œuvre de développement doit être encouragée et poursuivie. Car comme je l’ai dit, la méthode Décroly, au regard de son faible coût, convient bien à nos pays en développement qui sont confrontés aux problèmes de moyens. C’est une méthode qui s’adapte à l’enfant dans son milieu et le place au centre de son apprentissage. L’observation, l’association et l’expression constituent les trois (3) phases de cette pédagogie. Elle nécessite peu de moyens et beaucoup de volonté et de passion.

Après l’évaluation finale de la première phase de l’expérimentation qui est déjà saluée par les partenaires et les communautés, nous envisageons non seulement la création d’une école de type décrolyen par région, mais aussi celle de l’école secondaire à Niamey qui sera la continuité pédagogique de l’école communautaire Décroly.

Vous êtes un exemple vivant du modèle de l’excellente éducatrice, un journal, parlant de vous, a évoqué vos mains magiques qui transforment tout en vernis. Quel est votre secret ?

Si secret il y a, c’est caché dans ma conviction profonde qu’on ne peut réussir le développement sans passer par l’éducation. Ce n’est pas une question de théorie ni d’idéologie, mais c’est pratique et pragmatique, seule une société éduquée est apte à se développer. C’est comme dans la famille. Là où la bonne éducation est donnée germent les nobles vertus, à savoir le sens du travail bien fait, l’intégrité, la probité, la droiture, le respect de l’autre et de la différence, etc. C’est le lieu pour moi d’appeler mes collègues enseignantes et enseignants à œuvrer avec passion en faveur de l’éducation et aux autorités à améliorer les conditions de vie et de travail des maîtres et élèves.

Quel est votre mot de la fin ?

Hama Ramatou 3Je remercie encore une fois Nigerdiaspora pour cette attention à ma modeste personne. Nigerdiaspora est un espace d’échanges agréables où les Nigériens de la diaspora et leurs compatriotes restés au pays se côtoient et fraternisent. C’est une initiative louable qui doit résister au temps. Dr Ovide Décroly disait : « L’homme vaut par ce qu’il fait et non par ce qu’il sait. » Mes félicitations donc au promoteur du site Nigerdiaspora pour ce qu’il fait. A la diaspora nigérienne qui exporte si loin notre beau pays, je demande de persévérer dans ses bonnes actions pour rehausser loin, encore plus loin l’image du Niger.

Pour finir je dédie cette école à toute la diaspora nigérienne vivant en Europe, source de la pédagogie decrolyenne et l’invite à accompagner cette expérience, la première en Afrique afin de faire de nos enfants et petits enfants de véritables acteurs de développement.

Madame Hama Ramatou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 Réalisée par Boubacar Guédé


18 mai 2014
Publié le 18 mai 2014
Source : http://Nigerdiaspora.Net/
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Last modified on dimanche, 18 mai 2014 20:25

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