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mardi, 28 mai 2013 23:57

La Nigérienne de la semaine : Mme Zouera Youssoufou

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Zouera Youssoufou 01Mme Zouera YoussoufouComment souhaitez-vous vous présenter aux internautes de Nigerdiaspora ?
Mon nom est Zouera Youssoufou et, avec mon époux Moise Keita, et nos enfants Modibo et Kaliyah, je réside, à Libreville où, depuis mi-2011, je suis la Représentante de la Banque Mondiale pour le Gabon et la Guinée Equatoriale. J’ai deux frères et deux sœurs. Je suis née d’un père Nigérien - originaire de la région de Maradi, et d’une mère Nigériane – originaire de la région de Bauchi, tous deux hausa et chrétiens.
C’est un grand plaisir pour moi d’être la Nigérienne de la semaine! Merci.



 
Quel a été  votre parcours académique?
J’ai fait mes études primaires à Washington, Niamey, Lagos et Addis-Abeba, respectivement, au gré des postes diplomatiques que mon père occupait. J’avais entamé mes études secondaires de premier cycle au collège Issa Béri de Niamey. En 1981, ma famille est retournée aux USA où j’avais fini mes premier et deuxième cycles secondaires au Lycée Français de New York et obtenu mon Bac (série B, 1985). En 1989, j’obtenais mon diplôme de Bachelor in Business Administration (Gestion des Entreprises, option Marketing) de University of Massachusetts at Amherst. En 1997 enfin, j’obtenais mon diplôme de MBA in Finance and International Business de Stern School of Business de New York University.

 
Qu'est-ce qui vous a poussé vers "La Finance"?
J’ai toujours été  intéressée par les marchés financiers. Je voulais comprendre comment la valeur se crée, et comment ce processus dynamique serait possible dans nos économies sous-développées. Je voulais  surtout comprendre comment l’Afrique participe dans l’Economie globale, et ce qui fait que certains pays sont plus développés que d’autres. Ma mère, il y a peu, me racontait quelque chose que j’avais dit quand j’avais 12-13 ans et que j’avais oublié depuis: nous déjeunions avec un ami de mes parents qui était le chef du département finance des Nations Unies à New York lorsque c dernier nous avait demandé, ma sœur Halima et moi, ce que nous voudrions devenir une fois adultes. Ma sœur avait dit qu’elle voulait devenir médecin (elle l’a fait) et, moi, que je voulais avoir son job à lui! Apparemment les aspirations se déclarent tôt!

Zouera Youssoufou 2 
Parlez nous de vos expériences professionnelles nationales et internationales?
Après mon premier diplôme j’étais rentrée au Niger en Juin 1989, où j’avais immédiatement trouvé un travail. Il s’agissait d’une consultation pour identifier les voies et moyens pour remettre le Fonds d’Intervention en faveur des PME Nigériennes (FIPMEN) en état de marche. Le FIPMEN était un fond de garantie pour soutenir les PME dans leur quête de financement. L’organisme était au point mort, et il fallait le raviver. Malheureusement, mon expérience là-bas fut très courte.
Ensuite, j’avais commencé à travailler au GIE, un projet du FED (Communauté Européenne) chargé de soutenir le développement du secteur privé. De manière précise, le projet devait identifier des entrepreneurs nigériens dans des filiales d’exportation (textiles, artisanat, maroquinerie, tourisme, agriculture, etc..) et les soutenir avec une assistance technique et des financements (auprès d’organismes de financement). Au GIE, j’étais chargée du textile et de l’artisanat et, dans ce cadre, j’avais rencontré plusieurs artisans et couturiers, dont Alphadi. Pendant quelques mois, j’avais été affectée au Programme d’Appui à l’Initiative Privée et à la Création d’Entreprise (PAIPCE), un des programmes développés par la Banque Mondiale et le Gouvernement nigérien, dans le cadre de l’ajustement structurel, pour transformer les effectifs considérés pléthoriques de la Fonction Publique en entrepreneurs. Là, mon travail consistait à aider les entrepreneurs dans cette transformation. Entre la fin du projet GIE et le début du projet suivant (AFELEN – Agence de Financement de la Libre Entreprise au Niger), j’avais travaillé pour un projet du PNUD, puis, directement avec Alphadi. Enfin, j’avais aussi travaillé à la Délégation de la Commission de la Communauté Européenne où je m’occupais de la création et du développement d’AFELEN, et du programme de bourses de formation. J’y avais passé un an et demi  avant de quitter pour poursuivre mes études de MBA à New York.
Après avoir obtenu mon MBA en Finance en 1997, j’avais travaillé, en qualité d’Analyste de Valeurs (Equity Analyst) à Smith Barney, une firme de Wall Street à New York. Mon travail consistait à recommander au gestionnaire de portefeuilles, quels stocks acheter ou vendre pour les industries que je couvrais (Télécommunications Services and Equipment, Aerospace, Défense, Airlines, Electric and Gas Utilities and Capital Goods). J’avais ensuite déménagé à Atlanta, où j’étais restée huit ans avec la même compagnie.
En 2005, j’avais intégré IFC (International Finance Corporation), la filiale du Groupe de la Banque Mondiale dévolue au secteur privé. Là, j’avais passé six années dans l’unité Genre, qui avait pour mission de trouver des moyens pratiques pour soutenir les femmes entrepreneures dans les pays en développement. Nous y avions développé un programme qui consistait à prêter à des banques commerciales remplissant certaines conditions et désirant participer au dit programme, des fonds, qu’à leur tour, elles devaient prêter exclusivement aux femmes d’affaires dont les entreprises remplissaient certaines conditions; à apporter une assistance technique aux femmes d’affaires pour leur permettre de produire et de soumettre des projets bancables d’une part et, d’autre part,  aux banques commerciales éligibles afin que celles-ci développent et offrent  des produits et services adaptés aux femmes entrepreneures.  Au terme de ma deuxième année, j’avais été promue au poste de manager de l’unité Genre, poste que j’avais occupé jusqu’au 10 Juillet 2011, date a laquelle j’avais accédé au poste de Country Manager de la Banque mondiale pour le Gabon et la Guinée Equatoriale.

 
Zouera Youssoufou 3Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience ?
Que la persévérance et le travail paient. Que “dédication, hard work, focus and integrity are always rewarded”. J’ai aussi appris qu’il faut se battre, et que les gens respectent la compétence. J’ai appris à ne jamais me reposer sur mes lauriers, et qu’il est important de ne pas dépendre du succès de nos parents pour avancer dans la vie. Leur succès est le leur, et nous devons chacun trouver notre propre voie. J’ai aussi appris tristement que notre succès ne fait pas toujours le bonheur de tout le monde et qu’il faut apprendre à éviter les «peaux de bananes», en restant intègre et fidèle à nos principes. J’ai appris qu’on n’a jamais fini d’apprendre, et que les leçons de la vie ne nous viennent pas toujours de nos ainés.
 
Quelles difficultés et éléments facilitateurs avez-vous rencontrés en tant que responsable pays de la Banque mondiale pour le Gabon et la Guinée équatoriale ?
En termes de difficultés, je dirais qu’il s’agit plutôt d’ajustements que je devais faire pour ce premier poste de représentation que j’occupe. Il m’a fallu apprendre à être très diplomatique pour pouvoir travailler de manière efficace avec le secteur public, qui est bien différent du privé que je connaissais mieux. Il a aussi fallu que je m’ajuste à vivre dans un pays que je ne connaissais pas, et pour la Guinée Equatoriale, un pays dont je ne maitrise pas trop la langue (Espagnol). Mais maintenant Dieu merci, ça se passe très bien! En termes d’éléments facilitateurs, j’ai trouvé une très bonne équipe dans mon bureau ici, qui m’a beaucoup soutenue et guidée. J’ai aussi trouvé ici de la famille qui a été un soutien énorme sur le plan personnel. De plus, j’ai trouvé les Gabonais très ouverts, et accueillants. Il n’y a aucun problème à être acceptée en tant que femme et africaine en poste de responsabilité – ce qui n’est pas le cas dans tous les pays.

Zouera Youssoufou 5Quel rôle a joué le Niger dans votre parcours ?
Mes parents, avec les valeurs chrétiennes, ont fait du Niger, des valeurs sociétales nigériennes et de la tradition Hausa, le socle de notre éducation. Malgré le caractère nomade imposé par les nécessités de la carrière diplomatique de mon père, partout où nous avions vécu, nos deux parents avaient réussi à nous faire vivre comme si nous étions au Niger. Le Niger a servi et sert encore de repère à mon parcours.
 


Quelles valeurs vous ont guidé ?

Ma foi chrétienne, l’honnêteté, le travail, l’intégrité et le respect des autres, la compassion, les valeurs que mes parents m’ont inculquées.

 
Zouera Youssoufou 4Que pensez-vous de l'avancée des institutions régionales: CDEAO, BCEAO, BoaD, UEMOA, …
En Afrique Centrale, ou je travaille depuis 2 ans, c’est plutôt de la CEMAC, CEEAC, BDEAC, etc., qu’il faut parler. Elles ont un rôle très important à jouer pour les développements économiques et politiques de la région, et méritent d’être soutenues et encouragées. Elles constituent un moteur d’intégration régionale indispensable au développement du continent africain.

 
Pouvez-vous à  partir de quelques exemples concrets, illustrer les retombées positives qu'ont apportées les décisions prises par la Banque mondiale aux populations locales?
Au Gabon, de 1963, année d’adhésion du Gabon, à 2011, la Banque Mondiale a investi US$267Mn, sur une période de 48 ans. Dans la nouvelle stratégie que j’ai préparée depuis mon arrivée et qui, depuis, a été approuvée, la Banque investira US$300Mn sur les 4 prochaines années pour la réalisation du programme d’investissement 2012-2016; et développera un programme d’Assistance Technique de US$6Mn - montant que le Gouvernement gabonais versera à la Banque pour l’expertise et l’assistance technique que cette dernière apportera pour l’exécution de projets de l’Etat gabonais pour soutenir les efforts de développement national – dont ceux visant à atteindre des objectifs du plan «Gabon Emergent».
Cet engagement plus important traduit une volonté mutuelle des autorités gabonaises et de la Banque à coopérer bien plus que par le passé, pour atteindre des objectifs concrets de développement durable.
Au nombre des retombées positives concrètes directes des actions de la Banque pour les populations, il faut compter l’accès de tous à l’Internet et aux réseaux téléphoniques 3G et 4G avant fin 2014 – aboutissement d’un projet de déploiement de fibre optique en cours; et aussi l’accès a l’électricité pour un plus grand nombre de communautés rurales – aboutissement d’un projet d’électrification en cours.
En Guinée Equatoriale, la Banque apporte une assistance technique en matières d’éducation, et aussi, de statistiques nationales. Nous n’y avons pas de programme d’investissement.

 Zouera Youssoufou 6
Parlez-nous de la communauté nigérienne du Gabon et de la Guinée équatoriale
Au Gabon,
J’ai trouvé une communauté bien plus nombreuse et ancienne que j’imaginais, et très dynamique. J’en avais rencontré le plus grand nombre de membres dans le contexte de la CAN2012, au moment où toute la communauté se mobilisait pour soutenir notre MENA qui, pour le première fois de son histoire, s’était hissée à ce niveau de la compétition. Depuis, j’essaie d’assister régulièrement aux manifestations organisées par la communauté, comme à l’occasion de la dernière fête  de Tabaski. Il y a beaucoup de Nigériens bien intégrés au Gabon et qui y vivent depuis plusieurs générations. Cependant, je déplore, le manque d’implication des femmes dans les affaires de la communauté. Je me souviens avoir été la seule femme d’une audience de trois cents personnes à la première réunion d’information organisée à l’occasion de l’ouverture du consulat honoraire du Niger au Gabon. L’absence des femmes était d’autant plus criarde et inacceptable qu’il s’agissait de présenter à toute la communauté, les services que le consulat honoraire offre aux nigériennes et nigériens résidant au Gabon!
En Guinée Equatoriale, je n’ai pas encore rencontré la communauté nigérienne. Ce n’est que partie remise – inscrite au programme de mes prochaines missions à Malabo.
 
Zouera Youssoufou 8Avez-vous des solutions, des projets ou plans pour le développement de votre secteur au Niger?
Mon « secteur », pour le moment, étant le développement en général, oui, j’ai quelques idées pour aider notre cher pays. L’agriculture, les jeunes, l’éducation, la santé, l’avancée du désert et le changement climatique, le secteur privé, sont des domaines d’action prioritaires pour que notre pays puisse faire face aux nombreux défis à relever pour gagner la bataille du développement. Mais tout ceci n’est possible qu’avec une gouvernance et une gestion des ressources nationales novatrices - en tant qu’adaptées à nos contexte et réalités, efficientes, et exemplaires. Je pense que des efforts ont été faits, mais il reste encore tant à faire. Nous devons amorcer une gestion plus efficiente de nos ressources nationales et en redistribuer les fruits au plus grand nombre, c'est-à-dire vers les plus pauvres – afin qu’a leur tour ils puissent contribuer au développement.
Le développement national le plus durable est celui auquel contribue le plus grand nombre.
Les tragédies multiples qui ont meurtri notre pays sont les effets de gestions successives qui n’avaient pas cette priorité de redistribuer les richesses nationales au plus grand nombre, et de le faire contribuer, à son tour, au développement.
 
Zouera Youssoufou 9Quels conseils donnez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle?
Mon premier conseil est qu’il faut toujours oser. Il faut toujours essayer, et il faut viser haut. Mon exemple est le mien: je ne connaissais personne à la Banque Mondiale quand j’avais postulé pour mon premier job à IFC. J’avais persévéré à envoyer mon CV online dans le web site, et j’avais été retenue.  On n’a pas toujours besoin d’être « pistonnée »pour réussir.  Ceci est important à savoir parce que lorsqu’on se dit que ce n’est possible qu’avec des pistons et autres interventions plus occultes les unes que les autres, on n’essaie même pas. Mes parents m’ont toujours dit qu’il fallait toujours essayer, demander, oser, parce qu’il n’y a toujours que 2 réponses possibles: oui ou non. Et si on ne demande pas, le « non » est garanti. J’ai toujours suivi ce conseil. Ça n’a pas toujours marché, parce que je n’ai pas toujours obtenu ce que j’ai demandé, mais j’ai eu bien plus que si je n’avais pas demandé.
Mon deuxième conseil est qu’il faut toujours bien faire son travail, être assidu, et performant. Il faut donner le meilleur de soi, et aspirer à être un exemple d’intégrité et d’excellence autour de soi. Ces qualités sont toujours remarquées et appréciées de tous.
Mon troisième et dernier conseil est, pour celles et ceux qui veulent intégrer les institutions internationales comme la Banque mondiale, de se renseigner aux limites de toute l’information disponible, de communiquer et de se connecter (networking) à celles et ceux qui y travaillent déjà, et de s’appliquer très tôt à poursuivre les filières de formation qui leur permettront, le moment venu, d’être éligibles et compétitifs. Il y a peu de places vacantes à pourvoir et les candidatures sont d’un très haut niveau.
 
Zouera Youssoufou 7Je vous laisse le mot de la fin
Nous devons ouvrir nos esprits, non pas pour copier, mais pour observer, absorber, régurgiter, et  adapter, innover – afin de concevoir et de développer des solutions à nos problèmes. Nous avons un problème fondamental d’ouverture d’esprit qui ralentit notre développement individuel et, forcément social, et national. Il ne peut y avoir de solutions à nos problèmes dans la répétition de ce que nous faisons depuis toujours. Nous devons oser remettre en question nos traditions – ou ce qu’elles sont devenues en ce 21ième siècle (rôle et accès des femmes aux opportunités dans la société nigérienne de nos jours), nos acquis, afin d’être en mesure de les améliorer – tout en les conservant ou bien, à défaut, leur esprit!
Les récentes tribulations vers la reconnaissance de la double nationalité, pour me limiter à cet exemple, illustre cet état d’esprit – tant préjudiciable au concours de tous les nigériens au développement de leur pays. Les priver de leur nationalité nigérienne c’est les priver de l’opportunité de contribuer au développement de leur pays – qui par ailleurs,  en a plus que besoin. Ce concours des enfants du pays ce potentiel de ressources humaines – la plus vitale de toute organisation, est d’autant plus précieux que, la loi de certains pays stipule que la nationalité ne peut être perdue. Adopter une autre nationalité n’est pas renoncer à être nigérienne.
Le progrès, le développement durable, l’émergence, ne peuvent devenir réalité sans changements réfléchis, pertinents, planifiés, partagés, soutenus - en particulier, dans un contexte planétaire globalisé avec ou sans nous, et en perpétuelle mutation. Autour de nous, nombre de sociétés et de nations ont réussi à changer et à se développer sans y perdre leur âme, leurs traditions. Nous pouvons faire mieux!
Notre développement sera à la convergence de notre désir de contribuer au bien-être du plus grand nombre, de notre acceptation de la nécessité de changer pour survivre et mieux vivre, de l’innovation, et de l’efficacité dans le travail et dans la gestion de nos ressources pour le bien-être du plus grand nombre!
Faire la promotion de nos compatriotes – sur la toile, et sur un portail ou vous offrez au monde une fenêtre sur notre pays, est une initiative originale et louable! Nous ne le faisons pas assez! Bravo! et merci encore!
Zouera Youssoufou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Réalisée par Boubacar Guédé

 

Dernière modification le dimanche, 29 septembre 2013 22:53