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mardi, 15 mars 2011 15:12

Le Nigérien de la semaine : Moussa Kane

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M. Moussa Kane
Quel a été votre parcours académique ? 

Pour parler de ma trajectoire académique je commencerai par l’Ecole Mission de Niamey. Parce que c’est le début, bien sûr, mais aussi parce que ces années là sont particulièrement importantes. Ce sont celles où se sont bâties les amitiés les plus sincères et durables, celles aussi où j’ai acquis, je crois, les bases déterminantes pour la suite de mon parcours.
Le CEG 3 de Niamey ensuite, puis le Lycée Scientifique de Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire. Cela nous amène à 1989, des remous traversent nombre de pays africains dont le Niger, mais aussi la Côte d’Ivoire ; s’en suivront ces ‘années blanches’ dont tout le monde se souvient…J’ai alors la chance de reprendre en France ma Terminale interrompue. Après le Bac, j’entre en Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles Scientifiques au Lycée Lakanal, dans la proche banlieue de Paris. A l’issue de deux années de Classes Préparatoires j’intègre l’Ecole Supérieure de Physique et Chimie Industrielles de Paris (ESPCI), communément appelée ‘Physique-Chimie Paris’. En 1997 j’obtiens mon diplôme d’ingénieur ESPCI et un DEA en Physique des Liquides, préparé en parallèle à l’Université Paris VI. Je commence alors un travail de thèse, consacré à l’étude des propriétés d’écoulement de certains types de pétroles bruts. J’achève mon doctorat en 2000, prêt à entrer dans la vie dite ‘active’…

Quels sont les facteurs qui ont orienté vos choix académique et votre carrière ?

Assez tôt, en tout cas aussi loin que je me souvienne, j’ai manifesté un goût pour les disciplines scientifiques et fait montre de bonnes aptitudes dans ces domaines; c’est donc assez naturellement que je me suis dirigé vers la série C au lycée. L’influence familiale y est sans doute pour beaucoup, puisque mes frères et sœur aînés ont avant moi pris la voie scientifique, et que mes parents sont ingénieur et médecin. Après le bac et les Classes Préparatoires, j’ai voulu une formation d’ingénieur généraliste, avec un accent particulier sur les métiers de Recherche - Développement. L’Ecole Supérieure de Physique et Chimie Industrielles répondait parfaitement à ce critère. Ma carrière, par la suite et jusqu’ici, est restée dans le domaine de l’industrie pétrolière. Cette filière, à la sortie de mes études, m’a initialement attiré par son extrême diversité et son fort contenu technologique ; l’éventail des métiers qui y sont représentés est littéralement sans limites. Idéal pour qui souhaite une carrière scientifique ou technique sans se sentir cloisonné. De plus, l’énergie en général est un pari toujours gagnant…on en aura toujours besoin ! Cela dit, ma carrière n’est pas totalement préméditée ; elle est aussi le résultat d’opportunités qui se sont présentées et dont je me suis efforcé de tirer le meilleur parti.      

Moussa_Kane_4Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences professionnelles nationales et internationales?

Après mes études supérieures en France, mon premier emploi me conduira en Norvège avec la société Schlumberger, multinationale spécialisée dans le service pétrolier. Plus précisément, j’ai travaillé en Recherche - Développement (R&D) dans le domaine du ‘Multiphase Metering’, qu’on peut traduire par ‘comptage polyphasique’. En simple, c’est un ensemble de technologies permettant de mesurer en temps réel et simultanément les quantités de pétrole, gaz et eau produites par un puits (oui, les puits de pétrole et/ou gaz produisent aussi de l’eau, parfois beaucoup…). Au delà des aspects R&D j’étais aussi très impliqué dans le support aux opérations de terrain ainsi qu’aux équipes de vente, marketing et business development. J’ai passé quatre fructueuses années en Norvège avant un transfert à Houston (Etats-Unis) en 2005. Toujours au sein de Schlumberger, je travaillerai cette fois-ci dans la section ‘Well Services’. Cette section couvre l’ensemble des opérations de fonds (c’est-à-dire dans le puits même) destinées à maintenir ou stimuler la production. Je me suis occupé du développement de méthodes d’interprétation de certaines données collectées par les outils de mesure descendus en fonds de puits pendant les opérations de Well Service.

En 2007 ma carrière prend un cours différent : je quitte Schlumberger pour rejoindre Total Exploration & Production USA, je quitte aussi la R&D pour me rapprocher des opérations de terrain. En tant que Production Engineer, mon rôle consistera à supporter les équipes basées sur nos installations au large des côtes américaines. Cela exige, entre autres, de prendre régulièrement l’hélicoptère pour aller passer quelques jours sur une plateforme en plein milieu du Golfe du Mexique… Travail passionnant, dynamique, en prise directe avec la réalité de l’industrie pétrolière.

Mais, on ne se refait pas…je suis bien vite rattrapé par la R&D ! En 2009 je passe dans le groupe Recherche et Technologie de Total Exploration & Production USA, position que j’occupe encore aujourd’hui. Je suis en charge de la gestion et coordination de divers projets que nous menons en partenariat avec des universités et instituts de recherche ou avec d’autres compagnies pétrolières.                     

Quelles sont les difficultés et les éléments facilitateurs que vous avez rencontrés durant votre carrière internationale ?

Je ne vois pas vraiment de difficultés majeures jusqu’ici ; soit il n’y en a pas eues, soit je ne les ai simplement pas vécues comme telles…Un point qui me semble particulièrement important est la faculté (et le désir) de s’adapter à son environnement. S’adapter n’est pas un déni de soi, bien au contraire. Cela permet d’atteindre une certaine harmonie, élément indispensable pour pouvoir exprimer pleinement son potentiel.

Quel rôle a joué le Niger dans votre parcours ?

Je suis né  et ai grandi au Niger, le Niger m’a nourri, m’a soigné, m’a instruit…J’ai commencé cette conversation en parlant de l’école primaire, ce n’est pas fortuit. Plus je réfléchis à mon parcours, plus je me convaincs du rôle absolument crucial que jouent les premières années d’éducation. C’est à ce jeune âge que l’on acquiert non seulement les savoirs fondamentaux mais aussi - et plus important encore - le goût d’apprendre. J’ai le souvenir de ‘maîtres’ et ‘maîtresses’ attentionnés, de professeurs exigeants. Je ne peux d’ailleurs pas finir cet entretien sans évoquer un exemple même de ce dévouement, mon professeur de Sciences Naturelles et Directeur au CEG 3 de Niamey, Mr Kaka Nameoua.

Quelles sont les valeurs qui vous ont guidé?

Je ne vais pas me lancer dans une énumération sans fin mais simplement m’arrêter à quelques valeurs que nous reconnaissons tous en tant que Nigériens, et de manière universelle je crois : Respect - Honnêteté - Loyauté - Travail. Guère besoin de commentaires.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle ?

Je voudrais d’abord dire à tout jeune compatriote qui lit ces lignes et y voit un exemple que je me sens particulièrement honoré, et que c’est une marque d’estime que j’accueille avec grande humilité.

En guise de conseils, si je puis en donner, je reviendrais déjà sur les valeurs évoquées plus tôt. Le travail bien entendu, consciencieux, que l’on doit considérer comme un devoir, sa part du contrat. Je parlerai d’honnêteté, pour souligner qu’il me semble important de rester droit et de se méfier des raccourcis : se donner les moyens de la réussite ne signifie pas que tous les moyens sont bons ! Eviter la complaisance et se montrer exigeant, d’abord et surtout envers soi même.

Cela étant dit, reconnaissons la situation dans laquelle est notre pays. Le jeune Nigérien aujourd’hui dans une école moribonde ou alors sans emploi ni perspectives, et qui voit bien ce qui se passe autour de lui, reprochera à mon discours d’être quelque peu idéaliste…à ce jeune Nigérien on ne pourra pas donner complètement tort. Le travail, le travail bien fait, demande à être reconnu et justement récompensé. Or, le mérite est une notion délaissée ; de même, difficile d’ignorer la corruption, les passe-droits… 

Malgré tout, j’encouragerais mes jeunes frères à garder le cap, à saisir la moindre occasion de s’instruire et à persévérer dans le travail et l’effort. 

Moussa_Kane_1Quel constat faite-vous aujourd'hui de l’industrie pétrolière, en particulier que pensez-vous du projet d’exploitation en cours au Niger ?

Le pétrole est, et restera pour de longues années encore, la part essentielle de l’énergie consommée dans le monde. Il demeurera un enjeu global majeur car l’ère du ‘pétrole facile’ est passée, alors même que la demande croît, poussée par l’expansion de pays comme…la Chine. Cela nous amène tout naturellement au projet d’exploitation pétrolière dans l’Est du Niger, par la Chine fort justement. C’est un événement notable, ne serait-ce que par sa valeur symbolique, puisque nous ferons notre entrée dans le cercle des pays producteurs de pétrole. Cela étant, je me vois bien en peine de porter un jugement sur le fond ; cette opération a été entourée d’une grande opacité et entachée de controverses…Aujourd’hui, les pays Africains qui passent des accords d’exploitation pétrolière insistent de plus en plus et de manière stricte sur ce qu’on appelle le Contenu Local. C'est-à-dire que ces pays exigent d’être réellement associés, exigent que des emplois soient créés, exigent que des plans de formation et de remplacement des cadres soient mis en place…Qu’en est-il entre nous et la Chine ?

Le projet d’Agadem apparait comme un acte isolé qui ne nous dispensera pas de mener une réflexion plus générale sur une politique de l’énergie. Bien que notre demande énergétique soit très faible (reflet de notre niveau de développement, consommation d’énergie et développement étant fortement corrélés) nous ne sommes pas autosuffisants. Pourtant cette demande continuera de croître, ne serait-ce que compte tenu de la pression démographique, et il faudra y faire face.

Le pétrole peut être un atout indéniable, mais il est aussi souvent présenté  comme une malédiction pour nos pays, pour des raisons que nous connaissons : corruption, conflits en tous genres…J’espère qu’il sera pour nous un atout.

Je vous laisse le mot de la fin.

S’il faut trouver un mot pour résumer le Niger aujourd’hui je choisirais Jeunesse. Notre population est extrêmement jeune ; ces milliers, ces millions d’enfants ont droit à un avenir et devraient être considérés come notre premier atout, avant le pétrole, l’uranium ou tout l’or du monde…De ce point de vue, l’éducation me parait une priorité absolue ; non pas une éducation pointue ou d’élite, mais une éducation de base solide pour le plus grand nombre. Cette (bonne) question a malheureusement reçu ces dernières années une mauvaise réponse, désastreuse même, à travers l’enseignement de masse au rabais et ces programmes de ‘volontariat’…L’éducation me semble être incontournable si nous voulons arriver à la satisfaction des besoins les plus essentiels de nos populations : l’alimentation, la santé. Pour finir, un mot d’encouragement pour cette jeunesse justement : travaillez, persévérez, gardez la foi.

Moussa Kane Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Réalisée par Boubacar Guédé
15 mars 2011
Publié le 15 mars 2011
Source : http://www.nigerdiaspora.info/
Dernière modification le mardi, 28 février 2012 13:15