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mardi, 07 décembre 2010 19:58

La Nigérienne de la semaine : Nafissa Dan Bouzoua

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Dr. Nafissa Dan Bouzoua
Quel a été votre parcours académique ?  J’ai fait mes études primaires et secondaires dans divers établissements scolaires entre Maradi et Niamey. Après l’obtention de mon baccalauréat, j’ai été admise à la Faculté des Sciences de la Santé de  l’Université Abdou Moumouni  de Niamey (UAMD) où j’ai obtenu un diplôme de Doctorat en médecine  en 2002.

« J’encourage mes frères et sœurs Nigériens à persévérer dans le travail et avoir l’amour de notre beau pays. N’est ce pas que notre hymne commence par Debout ! Niger debout... » Dr. Nafissa Dan Bouzoua

Par la suite, j’ai fait un Master of Advanced Studies en action humanitaire, Programme interdisciplinaire en action humanitaire (PIAH), à l’Université de Genève
J’ai aussi suivi des formations en gestion des projets, le management des conséquences des violences et des populations en situation précaires, l’advocacy et la santé internationale. La plupart de ces formations ont été suivies à l’Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement à Genève et en interne MSF.

Quels sont les facteurs qui ont orienté votre carrière ?


L'orientation est souvent déterminée par plusieurs facteurs, essentiellement je dirais que c’est l’idée que l'on se fait d'un métier, sans toujours mettre à l'épreuve de la réalité l'image que l'on s'en fait.
J’ai été poussée par la volonté de venir en aide, la soif de découvrir et de comprendre la situation de précarité.  Bien sur le tout est couronné par le soutien de mes parents et la complicité permanente entre mes frères et moi.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences professionnelles nationales et internationales ?

Il faut noter  que j’ai toujours évolué avec Médecins Sans Frontières (MSF).
J’ai commencé comme Assistante de recherche clinique à Maradi, ou j’ai participé pendant deux années à une étude menée par MSF au Niger sur la prise en charge de la malnutrition en phase ambulatoire.  Cette étude a été publiée au journal tropical pédiatrique sous le thème : Could Nutritional Rehabilitation at home complement or replace centre based therapeutic feeding programmes for severe malnutrition?
Ensuite, j’ai occupé plusieurs postes en passant de consultante à médecin référent toujours avec MSF, dans les régions de Maradi et de Tahoua. Il s’agissait essentiellement de la prise en charge de la malnutrition (divers types d’interventions qui ont ciblé environ 335.000 enfants). Ma participation active à la prise en charge de la malnutrition lors de la crise de 2005 a joué un rôle capital dans mon expatriation.
En  2006, je suis partie comme Coordinatrice en nutrition pendant 5 mois au Kenya dans un Programme d’urgence-nutrition. Après j’ai fais plusieurs missions au Tchad a la frontière avec le Darfour (aide aux refugiés, déplacés et victimes de violences sexuelles), Burkina (mission exploratoire et ouverture d’un programme de malnutrition) et actuellement je suis en mission à Conakry comme coordinatrice médicale. Le coordinateur médical participe à l'analyse des besoins. Il élabore aussi des projets en relation avec les autorités locales.
Je dois surtout préciser que le médecin humanitaire à un triple rôle : soigner des populations dans un contexte de crise, mettre en place des programmes de prévention et de développement des soins, et si possible former des équipes médicales sur place.

Quelles sont les difficultés et les éléments facilitateurs que vous avez rencontrés en tant  que fonctionnaire internationale ?

Participer à une mission humanitaire implique de vivre en permanence, en collectivité. Cela signifie être au contact permanent avec des nationalités de cultures différentes de la mienne, mais aussi de caractères et de modes de vie très variés. Dans certains cas la confrontation à la violence peut être source de stress. A cela peut s’ajouter des difficultés liées à l’éloignement de la famille.
C’est aussi l’occasion de découvrir et d’apprendre à connaitre et à apprécier les richesses de cette diversité des personnes qui nous entourent, de partager les expériences de vie, les impressions ainsi que les opinions.
Pour les éléments facilitateurs c’est la tolérance, la flexibilité et surtout la capacité d’adaptation.Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience ?

« Voyager est un moyen d’apprendre ». Travailler comme humanitaire c’est côtoyer des personnes de cultures différentes. Vivre loin de mon pays à fait que j’ai appris à faire face à de nouvelles situations et aussi à une autre façon de vivre et de penser.
Du point de vu professionnel j’ai surtout apprécié les missions d’exploration et de la mise en œuvre d’un projet. Ceci m’a permis d’assurer la représentation, l’argumentation et les négociations des projets médicaux de MSF (autorités, institutions et autres ONG)

Qu'est ce qui vous a poussé vers la médecine ?

Du tic au tac je vous répondrai que mon père de part sa fonction d’enseignant a été le guidon de mon orientation vers mon métier.
Curieuse, j'ai toujours été intéressée par le corps humain, pourquoi telle chose arrive, comment ça se fait que ça se fasse, que ça...
Mon côté  humaniste a aussi joué un rôle car j’ai toujours envie de venir en aide, de sauver et surtout pouvoir aider les gens quand ils ne savent plus quoi faire. Très vite j’ai compris que  ce qui me touchait c'était la souffrance humaine. Comment y parvenir ? Il fallait devenir agent de la santé pour être au contact des gens, les soulager, diagnostiquer leurs maux et les prendre en charge.

Quels rôles a joué le Niger dans votre parcours de médecin international
Mon pays a joué plusieurs rôles dans mon parcours. Il est évident que j’ai bénéficié d’un encadrement scolaire rigoureux, et de bourses d’études  qui sont le socle d’un écolier.  
C’est le lieu aussi de dire un grand merci aux ainés qui m’ont précédé dans la carrière internationale. En effet, les Nigériens laissent toujours un bon exemple : travailleurs, discrets, et honnêtes. Ceci me permet de hisser haut le drapeau de mon pays partout ou je passe.

Quelles sont les valeurs qui vous ont guidée ?
Me poser cette question est comme me demander: qui es-tu? L'humanitaire est là en moi, sans que je puisse expliquer pourquoi, sans savoir quelles en sont les raisons.
S’il faut tout de même répondre à la question, je me répéterais pour dire que c’est une évidence : l’envie d'aider les autres et de la façon la plus efficace possible. Pour moi ça se traduit aussi par l’échange. Je pense que je peux autant apprendre de la femme qui mou son grain qu’elle de moi quand je pose un geste aussi simple que de me laver les mains avant de passer à table. Le bonheur de celui que l'on aide rejaillit sur nous.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle ?
Quand on vient d’un pays dit en voie de développement, il faut apprendre à relever le défi. Nous n’avions plus droit à l’erreur. Evitons d’envier les autres et soyons ambitieux. Mettons en pratique nos compétences et améliorons tous les jours nos qualités.
Il faut bannir a jamais  le complexe, car comme le dit l’adage « vouloir c’est pouvoir !»

Quels constats faites-vous aujourd'hui de la santé au Niger ?

Les indicateurs de santé du Niger sont particulièrement alarmants, selon l’OMS, 47% de la population ont accès aux centres de santé et on compte 1 médecin pour 47 000 habitants (la norme est de 1/10 000). Le taux de mortalité infantile qui est le plus élevé au monde est de 116,66/1000 naissances.
Au Niger, une femme sur sept meurt de complications liées à la grossesse. À l’opposé, le risque de décès maternel est de 1 sur 70 en Haïti et 1 sur 48 000 en Irlande.
Les taux de malnutrition sont très élevés dans notre pays ; en effet la malnutrition aigue globale touche 14,1% des enfants et 40% des moins de 5 ans ont un retard de croissance. Ces chiffres sont aggravés par un allaitement exclusif au sein quasi inexistant (seulement 2% des nourrissons), une alimentation non variée et un faible accès aux soins de santé de qualité.
Le profil épidémiologique se caractérise par la prédominance de maladies transmissibles endémiques et épidémiques (méningite à méningocoques, choléra, rougeole et poliomyélite) et l’apparition de maladies non transmissibles (malnutrition).Le paludisme, qui représente 30% des consultations externes, est la première cause de morbidité avec près de 850.000 cas par an. Il est la principale affection de santé publique. Les plus exposés sont les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans
Au Niger, 64% de la population n’a pas accès a l’eau potable, or la  majorité des décès est liée à la pollution de l'eau et au manque d'hygiène.

Avez-vous des solutions, des projets ou  plan  pour " pour amener au Niger un niveau de santé le plus élevé possible" ?


L’élément primordial est la scolarisation. Le taux d’analphabétisme de la population est l’un des plus élevés au monde. Seulement, 15,1% des femmes savent lire et écrire. Il est évident qu’un effort doit être fait à ce niveau.
Les femmes meurent pour un grand nombre de causes, directement ou indirectement liées à la grossesse, à l’accouchement ou lors du post-partum.  On peut éviter la plupart des décès maternels, car les solutions médicales pour prévenir ou prendre en charge les causes de mortalité sont bien connues. Les soins qualifiés à la naissance peuvent faire la différence entre la vie et la mort. Pour améliorer la santé maternelle il faut au niveau communautaire, combler les fossés existants entre les capacités et la qualité des systèmes de santé et lever les obstacles empêchant l’accès aux services.

Dans le contexte du Niger où le déficit alimentaire est chronique, il serait impossible de faire la part des choses entre le structurel et le conjoncturel. L'insécurité alimentaire au Niger est la résultante de plusieurs facteurs naturels et organisationnels qui a toujours trouvé la solution à travers l'aide alimentaire internationale, distribuée de façon gratuite lors des urgences ou vendue sur les marchés (aide programme) dans les situations de chronicité.
Or, cette insécurité  alimentaire chronique, qui date des années 70, touche le poumon de l’économie du pays qui est l’agriculture, dont la production ne suffit plus à nourrir la population qui croît à une vitesse exponentielle. C’est pourquoi, nous pensons que même si la place de l'aide alimentaire dans la politique alimentaire du Niger est considérable, il faut reconnaitre que la distribution gratuite des aliments ne peut répondre à une situation chronique et surtout ne favorise pas le développement du pays. En plus la pérennisation d’une aide alimentaire peut conduire à une dépendance aux produits exportés et couteux, en témoigne l’exemple de l’Ethiopie
Il faut instaurer et entretenir avec les communautés un dialogue sur les stratégies de prévention des problèmes liés à la malnutrition et organiser des activités de promotion telles que la valorisation des aliments locaux, la diversification des cultures vivrières et le développement d’activités susceptibles de générer des ressources pour les familles.
En outre, à  l'époque où les inquiétudes sur l'avenir écologique de la planète ne doivent plus être négligées, la consommation de produits locaux offre une pratique qui génère beaucoup moins de déchets du fait des emballages.

Je vous laisse le mot de la fin.

La République du Niger, pays sahélien, est un des pays les plus pauvres du monde.  La réduction de l’extrême pauvreté et de la faim occupent le premier rang des Objectifs du Millénaire pour le Développement. Même si l’improvisation voire le pragmatisme, sont des conditions qu’il faut mettre au premier plan, il est nécessaire de reconnaitre que seules la préparation et la compétence placées en amont des actions la rendra réalisable.
Je saisi donc cette opportunité qui m’est offerte, pour dire qu’avec la volonté on peut y arriver. J’encourage mes frères et sœurs Nigériens à persévérer dans le travail et avoir l’amour de notre beau pays. N’est ce pas que notre hymne commence par « Debout ! Niger debout... »
Merci et mes encouragements à Nigerdiaspora qui nous permet d’être virtuellement présents au pays.


Dr Nafissa Dan Bouzoua
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Coordinatrice médicale
MSF Suisse Conakry


Réalisée par Boubacar Guédé


07 décembre 2010
Publié le 07 décembre 2010
source : Nigerdiaspora

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Last modified on mardi, 28 février 2012 13:15

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