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lundi, 28 décembre 2009 20:41

Le Nigérien de la semaine : Seidou Ousmane

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Ousmane Seidou NigerQuel a été votre parcours académique ?  J’ai fait mes études primaires et secondaires au Niger dans divers établissements scolaires au gré des affectations de mon père, cadre de l’enseignement secondaire. C’est donc au Niger que les fondations de ma carrière actuelle ont été plantées. Je remercie donc au passage tous ces enseignants plus passionnés les uns que les autres, qui nous poussaient vers l’excellence. Une fois mon BAC C en poche, j’ai rejoint la faculté des sciences de Casablanca, puis l’École Mohammandia d’Ingénieurs de Rabat ou j’obtiens un diplôme d’Ingénieur d’état en génie civil.  

De retour au Niger, j’obtiens assez vite un emploi dans une entreprise de travaux publics, mais l’attrait pour les études est trop fort : un an plus tard, je rejoins l’École Inter-États des Ingénieurs de l’Équipement Rural pour une formation postuniversitaire en informatique appliquée aux sciences de l’eau, puis l’École Polytechnique de Montréal pour un Master et un Ph.D  en hydraulique. Une fois le Ph.D complété, je joins l’Institut National de la Recherche Scientifique comme chercheur postdoctoral d’abord, puis comme associé de recherche.  Depuis 2007, je fais partie du corps professoral de l’Université d’Ottawa comme professeur de Ressources en Eau.

Quels sont les facteurs qui ont orienté votre carrière ?
Je dirais sans hésiter que celui qui m’a mis en orbite est mon père. Professeur de biologie puis inspecteur de l’enseignement secondaire, il appliquait rigoureusement ses convictions autant au bureau qu’a la maison. La seule façon d’échapper aux séances de révision et d’exercices maison et était d’avoir le BAC et de s’enfuir au bout du monde. Mais entretemps, il nous aura inculqué sa passion pour la science, le refus de la médiocrité mais aussi le sens de l’humilité. Le reste de ma vie est une lutte constante pour rester dans le peloton de tête malgré des conditions parfois adverses, car être simplement dans la moyenne est vécu comme un échec.

Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences professionnelles nationales et internationales?
Techniquement, j’ai assez peu d’expérience au Niger. J’ai travaillé un an pour une entreprise de travaux publics, puis  comme consultant pour le Centre Régional Agrhymet et l’Authorité du Bassin du Fleuve Niger dans le cadre d’une étude sur les impacts hydrologiques des changements climatiques au Sahel.  
J’aurais aimé intervenir plus souvent car ce ne sont pas les problématiques qui manquent au Niger, mais les organisations nigériennes autant publiques que privées sont dures à approcher puisqu’il n’y a pas de procédure formelle pour y offrir ses services, même bénévoles. J’ai des liens de collaboration de chercheur à chercheur avec l’université, mais rien d’officiel une fois de plus. Ca pourrait changer avec le projet TOKTEN (Transfer of Knowledge Through Expatriate Nationals : http://www.tokten.ne/) dans l’élaboration duquel j’ai une très modeste contribution, et qui semble être parti pour démarrer bientôt.
Au Canada j’ai une expérience assez variée comme enseignant, comme chercheur et comme consultant, toujours dans le domaine de l’eau. Ma recherche porte sur des domaines divers : mise en évidence des impacts des changements climatiques et stratégies d’adaptation, analyse fréquentielle locale et régionale, hydrologie nordique, prévision hydrologique, etc. Côté application, j’ai aussi travaillé au développement de modèles et de logiciels en hydrologie pour des partenaires industriels ou gouvernementaux (Hydro-Québec, Ministère de l’Environnement du Québec, Agriculture Canada). Des travaux de ce genre pourraient être très utiles au Niger. Ils peuvent servir à anticiper les pénuries d’eau, optimiser la gestion de la ressource, identifier les zones à risque d’inondation, protéger le fleuve de la dégradation, etc.

Sékouba Konaté aux commandesQuelles sont les difficultés et les éléments facilitateurs que vous avez rencontrés en tant que".Chercheur en hydrologie.."?
Une des choses les plus difficiles est peut être de rester optimiste dans le pessimisme ambiant. Lorsqu’on rentre au Niger comme jeune diplômé sans aucun ‘bras long’, on a l’impression que la norme est le chômage ou au mieux, le service civique national avec une rémunération dérisoire. Le plus choquant est que ca n’indigne personne. Il a fallu beaucoup de force pour rester imperméable et croire contre vents et marées que d’autres options existent. Il est également fort difficile d’être pris au sérieux au Niger quand on n’a pas les yeux bleus ou un parent politicien.

Comme événement facilitateur, j’ai pu bénéficier de bourses d’études pendant mes études, dont celles du Programme Canadien des Bourses de la Francophonie.

Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience ?
Deux choses :
a) surtout ne pas se contenter de ce que la vie nous offre et prendre le contrôle autant que faire se peut de notre destin;
b) ne pas s’attendre à un succès rapide car les obstacles sont nombreux, mais plutôt  avoir un plan à long terme

Qu'est ce qui vous a poussé vers  l’hydrologie?
Déjà tout petit je voulais avoir un doctorat et faire de la recherche (en fait être inventeur). Cette orientation n’a jamais changé au cours de mes études. J’ai découvert à fond l’hydrologie - l’étude du cycle de l’eau dans l’atmosphère, sur terre et sous terre - lors de mon séjour comme chercheur postdoctoral  à l’Institut National de la Recherche Scientifique de Québec . Sans parler du caractère vital de l’eau (l’or du futur), j’ai été séduit par l’incroyable quantité de techniques et de théories qui y sont employées (détection par satellite, chimie de l’eau, statistiques, informatique). Chaque étude est un défi  à la créativité qui tient les chercheurs en haleine.

Quel rôle a  joué le Niger dans votre parcours de chercheur ?

Je pense que le Niger a joué un rôle central dans ma carrière. Il m’a donné les bases de ce que je sais a travers un enseignement secondaire rigoureux. Il continue à inspirer les problématiques sur lesquelles je travaille. Je suis en total désaccord avec ceux de mes compatriotes qui prennent leur distance du pays sous prétexte des difficultés de parcours qu’ils ont connues. Au-delà des soubresauts politiques, le Niger est surtout des millions de petites gens qui ont financé nos études, et qui méritent un retour d’ascenseur. Les griefs que nous avons sont souvent le fait d’une administration ou un régime particulier, mais pas du Niger en tant que tel.

Quelles sont les valeurs qui vous ont guidées ?
La peur de l’échec, et  la foi en mon potentiel.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle ?
Quelles que soient les conditions de départ, il faut continuellement se battre. Se décourager équivaut à perdre la bataille. Et surtout, ne pas lier son destin à l’intervention d’une tierce personne. Rares sont ceux qui peuvent et veulent vous accompagner sur une lutte qui va durer des années sans se décourager. Donc votre seule ressource sûre c’est vous-même.

Quels constats faites-vous aujourd'hui de la situation de  l’eau au Niger, en Afrique et dans le monde ?
L’eau est incontestablement un enjeu de taille dans le monde et particulièrement au Niger. Sa maitrise est un prérequis pour le développement. Le Niger est assez mal loti du fait que nous partageons le fleuve Niger avec plein d’autres pays et que dans la plupart des régions, le climat est ingrat. Toutefois, malgré l’idée reçue que le Sahel est pauvre en eau, c’est surtout sa répartition dans le temps et dans l’espace qui pose problème. Des techniques existent pour contrer la mauvaise répartition temporelle, comme les barrages et les techniques de collecte des eaux pluviales. Malheureusement, notre capacité de maitrise de l’eau est très faible. Beaucoup d’efforts sont faits pour permettre le simple accès à l’eau potable (un défi en soi), mais il me semble que les autorités doivent voir bien au-delà et penser à l’eau pour l’agriculture et l’eau pour l’industrie.  D’autre part, le Niger dispose d’importantes réserves d’eau souterraines dans des aquifères transnationaux qui sont largement sous-exploitées, alors que certains pays voisins pompent beaucoup plus (ex. le fleuve artificiel Lybien). Le danger avec ces réserves d’eau souterraines est qu’il ne faut pas en extraire plus que la recharge naturelle sous peine de les dégrader, et cette recharge naturelle est relativement faible. Des travaux récents de l’IRD ont mis en évidence une accélération significative de cette recharge dans la région de Niamey (http://nigerdiaspora.info/aquatique-dans-le-sous-sol-du-niger), ce qui veut dire une plus grande quantité exploitable sans mettre en danger l’environnement. Mon opinion est que le Niger peut utiliser cette eau pour faire de l’irrigation d’appoint de manière à contrer le déficit et surtout la variabilité pluviométrique. Des collègues et moi sommes en train de réfléchir à comment mettre cela en œuvre de façon pratique et faire la preuve de concept, mais le chemin de l’idée à l’application est comme toujours long et laborieux.

Avez-vous des solutions, des projets ou plans pour la gestion de l’eau au Niger ?
Oui, en fait je saute sur toute occasion de travailler sur une problématique nigérienne. Il y a eu des succès et des échecs, mais je recommence toujours. Un exemple est le projet TOKTEN qui, je l’espère, va voir le jour et permettre une meilleure interaction avec les institutions nigériennes. Il existe également plusieurs projets en gestation dont il est trop tôt pour parler.

Parlez-nous  des Nigériens de cette partie du monde ou vous êtes
Oui, on a une communauté nigérienne en pleine expansion au Canada et il n’est pas rare qu’on se rencontre et que débatte de l’avenir du Niger. On y sent beaucoup de solidarité envers le pays et un désir profond de le voir avancer.

Je vous laisse le mot de la fin.
La première étape pour avancer est de croire que c’est possible. Il me semble que le pessimisme nous fait beaucoup de tort au Niger, en décourageant et en étouffant les initiatives dans l’œuf. A bien regarder, le seul avantage qu’ont certains pays sur nous est l’amour de leur pays et l’art de défendre son image contre vents et marées. Je voudrais aussi féliciter Nigerdiaspora pour leur travail fantastique au service de l’information du Niger.
Site personnel : http://www.engineering.uottawa.ca/fr/directory/view/ousmane_seidou/
Aperçu de la recherche : http://www.recherche.uottawa.ca/perspectives/pdf/2009-automne.pdf




Sékouba Konaté aux commandes

Seidou Ousmane, P. Eng., PhD
Professeur Adjoint/Assistant Professor,
Département de génie civil/Dept. of Civil Engineering
University of Ottawa/Université d'Ottawa
161 Louis Pasteur Office A113
Ottawa, ON, K1N 6N5, CANADA



Réalisée par Boubacar Guédé
28 décembre 2009
Publie le 28 décembre 2009
Source : http://nigerdiaspora.info/



Dernière modification le dimanche, 10 janvier 2016 23:36