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samedi, 25 avril 2009 20:05

Le Nigérien de la semaine : Nasser Ary Tanimoune

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Nasser_AT_1Comment souhaitez-vous vous présenter aux internautes de Nigerdiaspora?
Je m’appelle Nasser ARY Tanimoune ; j’ai étudié les sciences économiques et suite à quoi, je me suis retrouvé comme Professeur, avec rang d’adjoint, à l’École de Développement International et de Mondialisation (EDIM) de l’Université d’Ottawa, au Canada. J’y réside quasiment de façon permanente depuis juillet 2006.
Quel a été votre parcours académique ?
Permettez-moi d’abord de rappeler que j’ai été au collège à Gouré, au Lycée Amadou K. Daga de Zinder et à l’université Abdou Moumouni de Niamey, de 1988 à 1994, jusqu’à la Maîtrise ès Sciences Économiques
après deux années blanches et demi. Ensuite, j’ai eu mon Diplôme d’Études Approfondies, option Économie et Finance à l’université d’Orléans, en France.

A la fin de l’année 1996, j’ai été chargé des travaux dirigés à la Faculté des Sciences Économiques et Juridiques à l’université de Niamey. Puis, je suis retourné à Orléans pour le doctorat que j’ai obtenu avec la Mention Très Honorable et les Félicitations du Jury à l’unanimité, en janvier 2003. Enfin, j’ai obtenu un financement d’excellence du Centre National de Recherche Scientifique de France pour faire de la recherche post-doctorale, de 2003 à 2005. Mon Laboratoire d’accueil fut le Centre d’Études et de Recherche en Développement International (CERDI) de Clermont-Ferrand, France. Présentement, en plus de mes charges d’enseignement et de recherche, je suis le Superviseur académique du programme COOP de l’EDIM et aussi le co-éditeur francophone de la Revue Canadienne d’Études du Développement.

Nasser_AT_2Quels sont les facteurs qui ont orienté votre carrière et notamment pourquoi avoir choisi l’"enseignement supérieur"?
De façon certaine, il y a essentiellement deux facteurs : l’éducation encourageante de mes parents et le fait d’avoir croisé dans ma vie des personnes m’ayant toujours poussé à persévérer. Il y a aussi un facteur plutôt douteux. Je dis douteux car je me suis tout simplement contenté d’étudier, sans plan de carrière ; bien que je savais à peu près ce que je ne voulais pas faire. Par exemple, en 1995, j’avais eu un engagement conditionnel à la Fonction publique nigérienne (Ministère de l’Agriculture). J’ai quitté après quelques mois… pour un stage non rémunéré au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) du Niger. En France, durant mes années de doctorat, j’ai été ouvrier agricole, chargé de la cueillette de pommes, de poires et de cerises. Je n’ai pas du tout été bon ! L’enseignement et la recherche sont finalement les seules deux choses que je fais avec le moins d’échec ! Pour le reste, Dieu merci !

M. Ary Tanimoune, pouvez-vous nous donner un aperçu de vos expériences professionnelles nationales et internationales ?

Mes expériences tournent principalement autour de l’enseignement universitaire et de la recherche académique – même si certains estiment que la recherche n’est pas en soi un travail, comme on me le dit souvent. Aussi, il m’a été donné d’animer différents séminaires de renforcement de capacités pour les fonctionnaires et cadres de l’Afrique Centrale et de l’Ouest, en matière de politiques monétaire et budgétaires. En 2006, j’ai travaillé au Niger comme expert macro-économiste à la Cellule d’Analyse et de Prospective en Développement sous la coordination de Mr. Aoudi Diallo. Entre-autres, j’y ai travaillé sur les documents de la réduction de la pauvreté au Niger et élaboré (en collaboration avec Abdoulahi Modibo) un progiciel d’analyse de la compétitivité au Niger. Bien que je ne sois resté moins d’une année, ce fut l’une de mes expériences professionnelles les plus structurantes. Enfin, au Canada, mise à part à l’Université, j’ai travaillé comme économiste à la Direction des Traversiers au Ministère Fédéral des Transports.
Sinon, depuis quelques années, je maintiens un site web qui présente diverses prises en main de logiciels d’analyse quantitative, notamment celle du logiciel d’économétrie gratuit (Easyreg du professeur Bierens H.J.).

Quel rôle a joué le Niger dans votre parcours d’universitaire ?
De façon générale, le Niger y est quasiment pour tout.
Malgré les années blanches et les réalités de notre pays, c’est l’école nigérienne qui m’a donnée des bases, que j’ai découvertes solides au fil des années. Sans compter que le Niger a financé directement ou indirectement par le biais de la bourse d’excellence de la coopération française quasiment toutes mes études. A cela, il faut ajouter les acquis socio-culturels. Ainsi, que je sois redevable au Niger, il n’y a aucun doute. Encore faudrait-il savoir ce que l’on entend par « Niger » !

Alors, en restant à l’étranger, ne pensez-vous pas que le Niger perd quelque chose ?
Franchement, soyons clair et sans langue de bois je ne m’auto-flagelle pas pour autant chaque jour en me disant que je devrais être à Niamey, à l’université ou ailleurs ! Est-ce de l’égoïsme ? Est-ce être ingrat ? Ce sera à chacun de voir. Depuis mon dernier séjour professionnel à Niamey, en 2006, mon sentiment est que les cartes sont un peu trop brouillées. En effet, je me demande toujours s’il s’agit de rentrer au pays pour contribuer au développement du Niger ou participer au développement de « ses dirigeants » ?
Ça peut être un bon sujet de discussion sur votre forum.

Nasser_AT_3Quels sont les enseignements que vous avez tirés de votre expérience et quels conseils donnerez-vous aux jeunes Nigériennes et Nigériens qui voient en vous un modèle ?
Quels conseils donner ? Franchement, aucun !
Tenez, il y a trois ans jour pour jour, je ne savais même pas que je serais engagé à l’université d’Ottawa et encore moins obtenir un poste dans un ministère fédéral – n’étant pas citoyen canadien. Ou bien, il y a deux ans je ne savais pas que j’obtiendrais un poste de professeur régulier. Encore plus, même en janvier dernier, je ne m’imaginais pas obtenir le Prix Abdoulaye Fadiga ! Ainsi, donnez un conseil serait tellement simpliste, trop facile… et peut être même méprisant. Je pense sincèrement que chacun vit sa vie du mieux qu’il peut.

Pour ma part, j’essaie toujours d’avoir un repère et je m’assume en conséquence. Je crois et demeure attaché à la valeur « travail » et j’ai une méfiance maladive contre les situations trop faciles, dans le sens où l’on se ment à soi-même et donc forcement aux autres. Par contre, je suis intimement convaincu que le succès n’est pas uniquement une question d’intelligence ni d’ardeur au travail, c’est aussi une question de cumul de plusieurs avantages et diverses erreurs. J’ai mes doutes, mes craintes et mes échecs ; ils contribuent largement à faire de moi ce que je suis aujourd’hui. A la Jeune Chambre Niamey-Baobab, on se disait souvent à l’époque « mieux vaut se préparer et saisir une opportunité lorsqu’elle se présente plutôt que de la voir passer parce qu’on n’est pas prêt ».

Justement, en parlant du Prix Abdoulaye Fadiga, en tant que lauréat de l’édition 2008, Mr. Ary Tanimoune comment vous sentez-vous ?

Un mot sur Abdoulaye Fadiga. Il fut un grand bâtisseur de l’espace économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest. Parmi ses nombreuses réalisations (voir le site de la BCEAO http://www.bceao.int/prix/adoulayefadiga.html) si je devais en retenir une, ce sera l’africanisation des postes dans la gestion de notre union monétaire.
Maintenant, comment je me sens après avoir remporté la première édition de ce prix ? Je me sens tout petit. L’honneur est immense mais le poids n’en est pas moins.
Honneur parce que le rêve de tout chercheur est de voir ses travaux reconnus par ses pairs mais aussi par les professionnels. A ce propos, pour moi c’est vraiment inestimable et ce, d’autant plus qu’en 2004 ou 2005 lors d’un recrutement de la BCEAO… mon dossier n’a même pas été présélectionné. Allez savoir pourquoi !
Honneur aussi, parce que vu le nombre de courriers que je continue de recevoir, juste pour me féliciter, me dire des mots gentils ou même demander mon avis sur tel ou tel thème lié à la politique monétaire, c’est très valorisant.
Honneur enfin, parce qu’à l’annonce du prix, je me suis rendu compte à quel point cela s’est situé bien au-delà de ma personne ; tous les compatriotes m’ont semblé ravi. Que de fois ai-je entendu : « tu as honoré le pays ». En cela je me sens tout petit car croyez-moi, il y a des centaines de nigériennes et nigériens à l’étranger qui excellent dans leur domaine mais dont les œuvres sont moins médiatisés. Dans mon cas, c’est un prix qui couvre les huit pays de notre union monétaire. Lorsque des amis vivants dans les autre pays vous appellent pour vous dire : « on t’a vu à la télé ou dans un journal ». C’est rigolo et flippant en même temps.

Nasser_AT_5Et donc, c’est pour cela que ce Prix représente aussi un poids, que j’avoue, plutôt agréable à porter. Jugez-en : le Président du Groupe de lecture et membre du Jury, le Professeur Ake N’GBO m’a rappelé, à juste titre, que je dois me montrer digne de ce prix et de celui qui en est l’emblème, et surtout faire attention à ce qu’on appelle la malédiction du vainqueur en Théorie de Jeux. En quelque sorte, non seulement je me dois de maintenir le niveau mais en plus, je perds une partie de mon droit de dire des grosses conneries sans me soucier des conséquences. Bon, en même temps, c’est rassurant car je désire rester universitaire et non conseiller économique (rires).
Enfin, l’autre aspect du poids dont je parle est principalement moral. Avec ce prix, mon milieu professionnel a été content pour moi. Mais croyez-moi, la chaleur et l’enthousiasme avec lesquels cela a été vécu par les nigériennes et le nigériens m’ont rappelé que le Niger, c’est chez moi. De ce prix, la valeur sociale qui s’en dégage est tout simplement sans commune mesure.

Quels constats faites-vous aujourd'hui de la situation de la diaspora Nigérienne ?

Mon constat est peut-être biaisé, mais je crois que la diaspora nigérienne, ça et là, est plutôt dynamique, tout au moins d’un point de vue privée. A tous les niveaux, les gens s’en sortent ; c’est indéniable. C’est d’autant plus intéressant que les membres de la diaspora sont quasiment indépendants des centres de décisions au Niger.

A l’inverse, que représente la contribution de la diaspora sur le plan national ? Je n’en sais rien. Est-ce que nos responsables politiques sont vraiment pressés d’intégrer la diaspora ? J’ai plutôt tendance à croire que non – en tout cas même s’ils le sont, ce n’est pas vraiment perceptible. Dès lors, si vous prenez d’un côté cette indépendance financière et organisationnelle de la diaspora et d’un autre côté cette absence d’incitation étatique, la dynamique change. De ce fait, les grands discours du genre « il faut aider son pays », « il faut rentrer au pays », etc. deviennent des coquilles vides car les membres de la diaspora font déjà quelque chose pour le « Niger » en aidant leur famille et leurs proches. A ce sujet, par rapport au prix Abdoulaye Fadiga, des amis m’ont demandé quelle aurait été la probabilité que j’obtienne ce prix si j’étais à l’université de Niamey ? Je n’ai pas su quoi répondre, mise à part ma certitude que les conditions et l’environnement de travail ne sont pas les mêmes. Et encore, ma réponse semble être pour le moins un bel euphémisme !
Bref, les capacités de la diaspora me semblent importantes. Juste à savoir (ou vouloir) l’utiliser ! Votre site donne une illustration de la capacité d’entreprendre et d’agir de la diaspora. Ça dit tout !

Le mot de la fin

Merci à toutes et à tous. Bravo à vous, non seulement pour avoir été les promoteurs d’un tel site d’information, surtout pour nous autres qui avions le blues de l’expat’, mais aussi pour vous être inscrit dans la durée.
Nasser Ary Tanimoune
tel (bureau): 1 613 562 5800 poste 4073
courriel: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www.geocities.com/arytnasser

Réalisée par Boubacar Guédé
25 avril 2009
Publié le 23 avril 2009
Source : Nigerdiaspora.net

Last modified on mardi, 28 février 2012 13:15

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