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samedi, 01 novembre 2008 18:27

Le Nigérien de la semaine : Dr Farmo Moumouni

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 Dr Farmo_Moumouni Dr. Farmo Moumouni : Notre indépendance n’avait que quatre ans, lorsque j’entrai pour la première fois à l’école du Blanc. Les méthodes, dépersonnalisantes, que le colonisateur y avait instituées n’avaient encore rien perdu de leur vivacité. Je fus plusieurs fois porteur du « symbole », ce morceau de bois que l’on remettait, pour livrer à la vindicte scolaire, les élèves qui, au lieu de parler la langue du dominateur, commettaient le « crime » de parler la langue de leurs mères. Le début de ma scolarisation fut mouvementée car, en cette même année 1964, je changeai d’écoles, au gré des affectations et déménagements de mes parents : École Kalley d’abord, École Nord ensuite, et enfin École Canada ou j’étudiai jusqu’au CE1 (cours élémentaire) J’aime à dire aujourd’hui,
avec le recul, que j’ai commencé mes études au Canada et que je les ai terminées au Canada. Dans le premier cas, Canada revoie à l’école primaire fondée par des religieuses canadiennes à Niamey, dans les années 60, dans le deuxième cas, Canada renvoie au pays dans lequel je réside depuis la fin de mes études universitaires.

Après l’école Canada, j’entrai au Cours Jean de la Fontaine, l’école française de Niamey. Accéder à cet établissement était pour d’aucuns un privilège. Mais je vécus cette période de ma vie comme un calvaire : le jeune écolier africain malléable et influençable à volonté que j’étais, était livré à la politique assimilationniste de la France. J’appris la géographie et l’histoire de la France, on m’enseigna, sans rire, que mes ancêtres étaient gaulois. Je fréquentai dans mes lectures des auteurs français, chaque jour, à la fin des cours, je chantai la Marseillaise. On voulut faire de moi, petit africain du Niger, un petit français à la peau noire.

Il fallut attendre le CEG centre de Niamey, et le contact avec d’autres jeunes nigériens moins exposés que moi à l’aliénation, pour que mes yeux commencent à s’ouvrir. Le réveil fut violent, mais salutaire. Contrairement à mes petits camarades du collège, je ne connaissais rien de l’histoire de mon pays, encore moins de celle de mon continent. Mes camarades ne manquaient d’ailleurs aucune occasion de se moquer de mon ignorance, et du petit accent français que j’avais acquis dans mon commerce avec l’école française de Niamey. Je fus souvent la risée des collégiens, j’eus honte de moi-même, mais mes déboires, au lieu de m’abattre, m’incitèrent à mettre à l’école de l’Afrique, à me réconcilier avec ma culture et mon histoire, à mettre fin au processus d’aliénation dans lequel j’étais pris, et à me retrouver.

En 1973-74 j’entrai en classe de seconde au Lycée Issa Korombé, mais l’année scolaire fut perturbée par le premier coup d’État militaire que connut le pays. Je devais l’année suivante reprendre la même classe, ce que je refusai. Je décidais alors d’être mon propre maître, je devins autodidacte : je m’instruisis tout seul du programme de la classe de 1ere. L’année scolaire 1976-77 avait été déclaré blanche. Cette année là, grâce à un ami voltaïque (burkinabé) de mon père, je puis entrer en classe de terminale au Lycée Philippe Zinda Kaboré de Ougadougou ou j’obtins mon Baccalauréat de l’enseignement secondaire. Je dois dire que lors des examens, sur trois mille ou quatre mille candidats, toutes séries confondues, nous étions que 77 à avoir réussi à l’écrit, c’est-à-dire du premier coup. J’avais obtenu la meilleure note en philosophie, et le quotidien national de la Haute-Volta dont le titre étais, je crois, L’Observateur, considérant que nous avions réalisé un exploit, nous réserva sa première page. L’article en question était intitulé : Nos 77 Cracks, et nos noms y étaient cités. J’en ai tiré une légitime fierté. Je dois dire aussi que le Président du Jury m’offrit de rester en Haute Volta, mais je déclinai l’offre par nationalisme.

Mon parchemin en poche, mon pays m’accorda une bourse d’études en philosophie. Je pris la route de l’Université de Dakar ou en plus de la philosophie, j’étudiai la sociologie et la linguistique. Pour l’obtention de ma Maîtrise en philosophie, je présentai un mémoire sur la philosophie africaine qui reçu la mention la plus élevée. A la fin de mes études, le Département de philosophie me proposa un poste de moniteur, en même temps que la possibilité de continuer mes études. Mais, à cette époque, le Niger obligeait ses étudiants à rentrer au pays après la maîtrise, d’y travailler pendant deux ans avant de poursuivre leurs études. Je regagnai donc le bercail avec l’intention d’y travailler pendant deux ans, mais je devais y exercer le métier d’enseignant à l’école normale de Tillabéri, au collège Mariama de Niamey et à l’université de Niamey, pendant huit ans.

En 1989, grâce à une bourse d’excellence de l’Université d’Ottawa et de L’ACDi (agence canadienne de développement international) je puis poursuivre mes études au Canada. En 1994, je soutint une thèse de Doctorat (Ph.D) en philosophie politique, sur la démocratie en Afrique. Et puisque je suis un ami du savoir, je fis un DÉSS (diplôme d’Études Supérieures Spécialisées) en Administration Internationale, et une Maîtrise en Administration Publique, à l’ÉNAP (École Nationale d’Administration Publique) de Hull.

Nigerdiaspora : Quels sont les facteurs qui ont orienté votre carrière?
Dr. Farmo Moumouni : Je crois être autorisé à dire que ma carrière est double. Je distingue en effet entre le penseur public et le penseur privé. Le penseur public, c’est l’enseignant soumis aux exigences des programmes. Le penseur privé, c’est l’écrivain qui n’a d’autre maître que lui-même. Cette carrière a sans doute été influencée par le milieu dont je suis issu. Mon grand-père fut le premier enseignant nigérien; mon père qui fut l’élève de mon grand-père, était enseignant. Ma mère, même si elle n’exerça pas le métier, avait reçu une formation d’enseignante. En devenant enseignant, je n’ai fait qu’exercer le métier de mon grand-père et de mon père. J’allais dire que l’enseignement, dans mon cas est un héritage. J’ai enseigné les disciplines que sont la philosophie, l’histoire africaine et le français, au Niger et au Canada. Mais, c’est surtout mon grand-père, Boubou Hama, homme politique, enseignant, écrivain, historien, dramaturge, philosophe, sociologue, essayiste, qui exerça l ‘influence la plus décisive sur l’orientation qu’allait prendre ma carrière. J’avais un grand respect pour l’homme et une profonde admiration pour ce qu’il faisait. C’est lui qui m’initia à la connaissance de l’Afrique, qui m’apprit à comprendre et à aimer l’Afrique. Alors que je n’avais que 12 ou 13 ans, il me confiait des pages noircies de son écriture rapide et souvent illisible, et me donnait la responsabilité de les mettre au propre. J’adorais cet exercice qui m’enrichissait en même temps qu’il m’occupait pendant les vacances scolaires. C’est sans doute de là que vient en partie la passion de l’écriture. Je ne prétends cependant pas que tout me vient de mes parents, puisque j’ai toujours été habité par le désir de connaître, et la volonté de partager ce que je sais avec les autres.

A mes yeux, la carrière du penseur public est moins intéressante que celle du penseur privé. J’entends par-là que la première est celle du répétiteur qui ressasse inlassablement les programmes établis, tandis que la seconde est celle du créateur qui s’émancipe de l’ordre établi, exerce sa liberté de pensée, affirme son indépendance intellectuelle, conçoit et propose des choses nouvelles. Cette liberté et cette indépendance d’esprit sont à l’œuvre dans toutes mes productions, qu’il s’agisse des articles, des études ou des livres. Qu’il me suffise ici de citer les plus importantes.

L’itinéraire de l’homme et du militant, éditions Hurtubise, Montréal, 1993.
Œuvre posthume de Boubou Hama publié par mes soins. Elle concerne l’histoire politique du Niger. L’auteur l’a rédigée au cours de sa période de détention, à Agdez.

La Logique du donner : Essai de compréhension du comportement de l’État africain dans ses rapports avec la société et ses relations avec les autres États. Situations et perspectives, ACDI, Hull, 1994.
L’odyssée d’un Tirailleur, Éditions des 5 continents, Montréal, 2000.
Traite du passage de la mission Voulet-Chanoine au Niger.
Les contes de l’Outaouais, Éditions Théles, Paris, 2007
Aux sources de la connaissance directe : la parenté entre l’égyptien ancien et le songhay, Éditions Mainebuc, Paris, 2008.

Je travaille en ce moment à l’écriture d’un nouveau roman qui se donne comme cadre le moyen âge africain, plus précisément le 14 e siècle. En attendant sa parution l’année prochaine, je peux déjà vous dire que l’histoire dont il s’inspire se déroule sous le règne du Mansa Souleymane.

Nigerdiaspora : Puisque vous ne voulez pas faire de confidences sur votre prochain ouvrage, parlez-nous du dernier, celui qui traite de la parenté entre le songhay et l’égyptien ancien.

Dr. Farmo Moumouni :
Cheikh Anta Diop, vous le savez, avait déjà soutenu que l’égyptien ancien par rapport à nos langues, jouait le même rôle que le grec ou le latin vis à vis des langues européennes. Il avait mis en évidence la parenté entre l’égyptien et le Wolof, sa langue maternelle. Ce livre est un prolongement de la tradition humaniste diopienne. C’est en lisant Cheikh Anta Diop que j’eus l’intuition de cette parenté entre le songhay et l’égyptien. Pour l’établir, il fallait selon les termes de C.A.Diop, acquérir la connaissance directe. La connaissance directe, en l’occurrence, c’est celle de l’Égypte pharaonique, de sa culture, celle des hiéroglyphes avec lesquelles je me suis familiarisé. Je tâche donc dans ce livre, de montrer la parenté entre l’égyptien et le songhay, en m’appuyant sur plusieurs observations :

  1. Des cas ou l’égyptien et le songhay utilisent les mêmes mots pour désigner les mêmes choses. Exemples : le mot bras se dit Keb en égyptien, Kebo en songhay. Le mot coin donne Kenb en égyptien, Kenbo en songhay.
  2. Des cas ou en passant do mot égyptien au mot songhay, il y a disparition d’un ou plusieurs éléments sans altération du sens. Exemples : le mot sourd se dit Benben en égyptien, et Bebe en songhay (les 2 n de l’égyptien disparaissent) Maison se dit Huet en égyptien, Hu en songhay ( le e et le t de l’égyptien disparaissent)
  3. Des cas ou en passant du mot égyptien au mot sonhay, il y a ajout d’un ou de plusieurs éléments, sans altération du sens.
  4. Exemples : le mot exister se dit Ounn en égyptien, il se dit Hounna en songhay ( ajout : h et a) Le mot prendre se dit : Sam en égyptien, il se dit Sambu en songhay (ajout : b et u)
  5. Des cas ou l’inversion d’un ou de plusieurs éléments du mot égyptien permet d’obtenir le mot songhay. Exemples : le mot dégoût se dit Fanet en égyptien, il se dit Fante en songhay (invesion e-t) Le mot durer se dit Yag, en songhay, il se dit Gay (inversion y-g)

Mais il y a plus. Je veux dire par-là qu’il existe un rapport étymologique entre l’égyptien et le songhay au sens ou il est possible en analysant le mot songhay de remonter à son origine égytienne et d’en établir la signification.
Exemples : Bahoun signifie vivant en songhay. Ce mot vient des termes égyptiens Ba qui signifie âme et de Ounn qui signifie exister. Le mot songhay bahoun (littéralement âme-exister, c’est-à-dire âme vivante) résulte de la fusion des deux mots égytiens.
Décomposons le terme songhay Gorkasin. Il est foré de gor, forme du verbe goro qui signifie : rester, s’asseoir, demeurer; de Ka qui signifie personne en égyptien; de Sin, altération de Sen qui en égyptien signifie : double, couple, être deux, s’unir ou s’associer. Or gorkasin en songhay signifie voisin, voisine, époux ou épouse. Étymologiquement gokasin signifie la personne avec laquelle on reste, on demeure; la personne avec laquelle on s’associe, on s’unit pour former un couple.

Enfin la référence à l’égyptien ancien m’a permis de résoudre une question qui, depuis le 17e siècle résistait aux spécialistes du songhay (Mahamoud Kati, auteur du Tarikh El Fettach, Adderrahaman Es-Sadi, auteur du Tarikh es-Soudan, Maurice Delafosse, Boubou Hama, jean Rouch, pour ne citer que ceux-là). Il s’agit de la signification et de l’origine du terme dynastique Si, Chi ou Ki. Je propose par ailleurs une explication du terme songhay lui-même, à partir de l’égyptien ancien.

Nigerdiaspora : Quels objectifs visez-vous en écrivant ce livre?
Dr. Farmo Moumouni : D’abord reprendre l’initiative de penser, de penser notre culture et notre histoire, de penser les phénomènes africains dans une perspective africaine, c’est-à-dire donc ne plus abandonner le dire de ce que nous sommes, de ce que nous avons été, de ce que nous avons à faire entre les mains de ces spécialistes étrangers qui prétendent nous connaître mieux que nous nous connaissons nous-mêmes; affirmer notre liberté de penser et notre indépendance intellectuelle. Montrer ensuite l’unité culturelle des peuples nigériens, celles des peuples africains, contribuer ainsi au renforcement des unités nationale et africaine. À cette fin, je fais des rapprochements entre le songhay et le haoussa, le peul, le mooré, le bambara, le sérère, le wolof, le mbosi, etc.

Nigerdiaspora : Le mot de la fin

Dr. Farmo Moumouni : Je réserve le mot de la fin aux jeunes et aux moins jeunes, nigériens et africains. Je leur dit, ayez recours à la connaissance directe, pour à partir d’elle et par vos compétence et votre intelligence, réinventer l’Afrique, en tenant compte de ce qu’elle a été, de ce qu’elle est. Il est temps en effet que les yeux de l’Africain s’ouvrent sur l’exceptionnel avantage qu’il possède, cet avantage que seul l’Africain possède au sein de l’espèce humaine. L’Africain est à la fois le premier et le dernier homme. Placé aux deux extrémités entre lesquelles l’humanité se perpétue, il bénéficie de l’expérience intégrale de l’homme. Il est temps que par-delà les pesanteurs du passé et du présent, l’Africain se perçoive comme porteur des semences de l’humanité, comme porteur d’humanité, et sache qu’une telle position lui donne des devoirs et des responsabilités. Cette nouvelle manière de penser et d’agir qui n’est ni repli sur soi, ni rejet de l’Autre, mais qui affirme que notre culture est première et fondamentale, que c’est par son truchement que s’opère notre ancrage au monde, je l’appelle Mési. Ce terme vient de l’égyptien msi qui signifie : enfanter, accoucher ou mettre au monde. Cette manière nouvelle de penser et d’agir devrait s’étendre è toutes les sphères de notre existence.
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Réalisée par Boubacar Guédé

01 Novembre 2008
Publié le 31 Octobre 2008

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Last modified on mardi, 28 février 2012 13:15

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