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Afrique - Jean-Michel Huet : « Il est temps d'y aller ! »

images/Investir-En-Afrique-2018.jpgCoauteur du rapport de l'Institut Montaigne « Prêts pour l'Afrique d'aujourd'hui ? », Jean-Michel Huet se veut afro-réaliste. Voici son analyse du continent. D'ores et déjà, l'Afrique se présente comme le continent de la croissance démographique. D'ici deux générations, sa population aura probablement doublé et plus de la moitié de ses habitants auront moins de 20 ans. En 2035, elle sera le premier ensemble de main-d'œuvre productive du monde. Pour sa croissance économique, elle possède de sérieux atouts avec les matières premières, qu'elle recèle en grande quantité, les investissements des entreprises qui croissent et les bailleurs de fonds toujours à ses côtés**.
Contre l'afro-optimisme de certains et l'afro-pessimisme d'autres

Il faut être afro-réaliste, bousculer certaines idées bien ancrées sur l'Afrique, par exemple que c'est un continent dangereux. Certainement risqué, oui, mais moins que l'Asie face aux catastrophes naturelles. Côté régime politique, on y trouve des pouvoirs autoritaires avec des systèmes judiciaires d'un autre âge, mais la démocratie avance dans un nombre croissant de pays. Restent les sempiternels problèmes financiers autour des monnaies, des délais de paiement et de la corruption. La prise de conscience de leur réalité et l'exigence croissante d'une meilleure gouvernance sont un bon signe. Autrement dit, des handicaps sérieux sont objectivement présents, mais des avantages comparatifs conduisent à les relativiser.


De beaux succès mais des défis importants à affronter encore

Depuis une quinzaine d'années, ce continent de 54 pays enregistre de beaux succès économiques malgré les défis importants auxquels il fait face sur les terrains de la démographie, de l'éducation et de la santé. Quand on sait qu'il est en moyenne quatre fois moins financé que le reste du monde, on comprend le potentiel à venir. Aux jeunes générations, l'Afrique offre des choix qu'on ne trouve plus en Europe. Sur place, les jeunes entrepreneurs africains ont dépassé le débat sur la colonisation. Ce qui les intéresse, c'est ce qui va se passer dans les prochaines années. Il faut donc aller de l'avant et, si possible, construire un avenir ensemble. Ce n'est pas seulement l'activité économique qui progresse en Afrique aujourd'hui, mais aussi la gouvernance politique, la préservation d'une culture riche, parmi les plus anciennes et les plus diverses de l'humanité. S'investir en Afrique, c'est aussi contribuer à protéger une biodiversité parmi les plus exceptionnelles du monde. Dans ce domaine, ce qui se fera dans les vingt prochaines années en Afrique sera aussi déterminant pour le reste de la planète.

Un continent en mouvement

Formidable laboratoire d'innovation au regard des succès enregistrés, par exemple, dans le domaine du paiement mobile, l'Afrique bénéficie de plus en plus de financements en direction de ses jeunes pousses du numérique, de la fintech et de la greentech. Certes, par rapport aux acteurs des pays émergents, le chemin est encore long, tant en termes de montants que de montages innovants, mais le potentiel est là. Sur le terrain de la formation, l'Afrique dispose d'un écosystème qui se bonifie. Des structures emblématiques, comme Enko Education en Afrique du Sud, ne manqueront pas d'ouvrir la voie, pour les 1 000 écoles de commerce africaines, vers les grands classements internationaux ou les grandes accréditations. Ce sont là autant d'éléments qui font que l'Afrique est encore un « océan bleu », c'est-à-dire un espace où le pouvoir d'entreprendre donne du sens à l'innovation. Dans un contexte de concurrence exacerbée, c'est un atout non négligeable pour séduire la génération Y qui va faire la différence ces prochaines années, et ce, d'autant que les pays africains eux-mêmes s'emploient à se donner les moyens d'émerger en développant leurs échanges. De fait, il est temps pour les entreprises françaises de prendre conscience de la vraie dimension de l'Afrique. Les autres pays (Allemagne, Brésil, Chine, Inde, Turquie...) ne l'attendent déjà plus. La récente mise sur orbite de la zone de libre-échange continental (Zlec) en est une illustration patente. Elle montre que l'Afrique travaille à mieux maîtriser son destin. Et si c'était là le signe d'un continent dont l'horizon s'éclaire ?
Jean-Michel Huet
07 octobre 2018
Source : http://afrique.lepoint.fr/

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