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La ruée sur l’Afrique

Afrique Resources Naturelles AfricaL’Afrique représente donc pour l’Europe et pour les Etats-Unis une énorme opportunité de se « refaire une santé », en acquérant les ressources minérales et énergétiques indispensables pour lancer ses nouvelles industries. Angela Merkel  effectue en  ce moment  une tournée de l’Afrique de l’Ouest : au programme le Sénégal, puis le Ghana et le Nigeria. Le premier Ministre britannique Madame Theresa May  vient de visiter l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya. Xi Jinping le Président chinois avait lui effectué une visite officielle  Sénégal en juillet dernier avant de se rendre au Rwanda et en Afrique du Sud. Emmanuel Macron presqu’au même moment se rendait en Mauritanie puis au Nigeria. Il s’était déjà rendu quelques mois plus tôt  au Sénégal et au Burkina Faso. Recep Tayyip Erdogan le président turc était lui au Sénégal en début d’année. Donald Trump vient quant à lui de recevoir à Washington M. Uhuru Kenyatta,  le Président du Kenya. Il a reçu quelques mois plus tôt M. M.Muhamadu Buhari le Président du Nigeria.

Des rencontres entre l’Afrique considérée comme un bloc et chacun des « grands pays », grandes puissances et pays émergents, se tiennent désormais régulièrement. Ainsi il existe désormais un Forum de Coopération Sino-Africaine (FCSA), un Sommet de Partenariat Turquie-Afrique, un Sommet Union Africaine et Union Européenne (UA-UE), un Sommet Inde-Afrique,  un  Plan Afrique et Union Africaine sous l’égide de l’Allemagne etc. A l’évidence l’Afrique est   (revenue) au centre de la géopolitique mondiale. C’est que près de 60 ans après les indépendances, l’Afrique a encore besoin de tout. Les besoins du continent sont gigantesques : en énergie, télécommunications, infrastructures routières et de communication, production agricole et services en tout genre.

Dans le même temps  l’Afrique recèle encore les plus importantes réserves de ressources minérales du monde : 30% de la bauxite, 60% du manganèse, 75% des phosphates, 85% du platine, 80% du chrome, 60% du cobalt, 30% du titane, 75% du diamant et près de 40% de l’or. Le continent détient en outre 10% des réserves mondiales de pétrole et environ 7 à 8% des réserves de gaz et des découvertes de ces ressources s’y font encore régulièrement.

Il y a aussi les réserves de métaux et de terres rares indispensable au développement des technologies nouvelles, des ordinateurs, aux téléphones, aux éoliennes. Si bien qu’avec son milliard d’habitants  dont plus de la moitié est âgée de moins de 30 ans, avec 60% des terres arables disponibles dans le monde et ses  immenses richesses minières et agricoles, l’Afrique  apparaît comme  la « dernière frontière » à l’expansion du capitalisme dans le monde.
La Chine, qui a très tôt pris la mesure des besoins de l’Afrique et de sa situation dans le monde a su  développer  un partenariat en rupture « la coopération au développement » teinté de racisme et de paternalisme  jusqu’alors mis en œuvre par les pays de l’Union Européenne et les Etats Unis, 

Ainsi la République Populaire de Chine est devenue dès 2017 le premier investisseur sur l’ensemble du continent avec plus de 100 milliards de dollars américains au cours des 9 dernières années. Ses échanges commerciaux avec le continent se sont élevés dans le même temps à 170 milliards de dollars. Et elle entend désormais grâce à son initiative « la Ceinture et la Route », promouvoir le développement économique et social tout en contribuant à la lutte contre la pauvreté et au développement durable. Le « modèle » de coopération de la Chine avec l’Afrique est allègrement copié par les autres pays émergents de la Turquie, à l’Inde, au Brésil etc.

Les pays occidentaux quant à eux, Etats-Unis et Europe, qui voient en la Chine, un ennemi mortel, capable de mettre à bas, à terme, leur domination économique, militaire et culturelle du monde, entendent désormais lui faire face, pied à pied, en Afrique. D’autant que les économies européennes  américaines ne croissent plus que  par à coup, avec   des phases de contraction et même  de graves récessions affectant particulièrement  les classes moyennes et les plus pauvres.

L’Afrique représente donc pour l’Europe et pour les Etats-Unis une énorme opportunité de se « refaire une santé », en acquérant les ressources minérales et énergétiques indispensables pour lancer ses nouvelles industries et en captant un énorme marché d’infrastructures et de services pour ses entreprises. 

Les milieux d’affaire comme les cénacles dirigeants, les think- tanks, les chercheurs et les ONGs européens et américains s’interrogent encore : dans ce dessein quelle nouvelle politique en direction de l’Afrique ?  On préconise pour le moment comme base un partenariat avec les états africains enraciné dans la lutte contre le terrorisme et contre « l’émigration clandestine » africaine vers l’Europe.

Des voix s’élèvent aussi de plus en plus pour une approche décomplexée de la coopération rompant avec « l’aide au développement » et privilégiant le commerce libéralisé et  l’investissement capitaliste dans le cadre de la démocratie libérale. Pour le moment au-delà des discours des Merkel et Macron, aucune nouvelle politique occidentale en direction de l’Afrique ne s’impose encore, ni au niveau de  l’Union Européenne, ni aux USA, ni  au niveau des états européens pris individuellement.

C’est que le contexte politique actuel en Europe et aux Etats Unis est caractérisé par l’arrivée au pouvoir de partis de droite voire d’extrême droite ou tout au moins par leur pression sur l’opinion publique et sur les classes politiques. Dès lors, pourra-t-on procéder au changement de paradigme qui s’impose pour établir un rapport véritablement nouveau entre les pays occidentaux et l’Afrique ? 
Pourra-t-on bannir l’occupation et l’intervention militaire comme récemment encore en Libye et la déstabilisation « soft » genre Printemps Arabe ?  Quoi qu’il en soit, ni les Allemands, ni les Français, ni même les Chinois ne développeront l’Afrique. 

Ces pays pourront tout au plus contribuer au développement de l’Afrique que par  leurs capitaux, leurs technologies et leur savoir-faire. Si les hommes qui dirigent aujourd’hui l’Afrique étaient tous véritablement convaincus du génie africain, combattaient résolument la corruption et investissaient dans la formation, la recherche et la technologie tout en  exploitant rationnellement les ressources naturelles et humaines, ce continent se développerait très rapidement.

Malheureusement…

Alymana Bathily de SenePlus 

04 septembre 2018
Source : http://www.seneplus.com/opinions/la-ruee-sur-lafrique

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