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L'intégration régionale, clef de la croissance africaine

L'intégration régionale, clef de la croissance africaineEt si pour augmenter la croissance africaine il fallait repenser les organismes régionaux ?
Depuis les intuitions pionnières de Jacob Viner dans les années 1930, de nombreux travaux ont permis de démontrer qu'il est mutuellement profitable pour des pays de s'ouvrir aux échanges régionaux et d'exploiter ainsi leurs avantages comparatifs, leurs atouts en dotations de facteurs ainsi que des rendements d'échelle croissants.
Ce qui est vrai en général et sur le plan théorique l'est particulièrement pour l'Afrique.
Il n'est pas question de céder à « l'afro-optimisme » béat qui ne constitue que le pendant irréaliste de « l'afro-pessimisme » de la fin du XXe siècle.
Les défis que doit relever l'Afrique sont nombreux et d'une ampleur parfois sous-estimée, et les contraintes qui pèsent sur le développement de ce continent sont trop souvent ignorées.

Marginalisation des marchés
Ceci ne retire rien au fait que l'avenir de l'Afrique passe par l'intégration économique régionale, mal assurée à ce jour, et que la principale bénéficiaire de ce mouvement sera l'Europe.
L'Afrique constitue un immense territoire, dispose d'une démographie qui fait d'elle un des continents les plus attractifs pour les décennies à venir (2,5 milliards d'habitants à l'horizon 2050) mais est encore constituée, pour l'écrasante majorité des pays qui la compose, de « nains » économiques.


“Si l'on excepte l'Afrique du Sud et le Nigeria, aucun pays africain ne constitue, à lui seul, un enjeu pour une entreprise mondialisée.”



On peut toujours se gargariser au fil des « plans stratégiques à long terme » qu'élabore un nombre croissant de pays du potentiel de croissance de la Tunisie, du Mali ou même de la Côte d'Ivoire, mais ces perspectives, si tant est qu'elles soient réalistes, ne désignent qu'une évidence : l'incapacité pour ces pays pris isolément de jouer un rôle autre qu'infra-marginal dans la recomposition en cours de l'économie mondiale.
Cette marginalisation prend deux formes. Celle des marchés d'abord. Si l'on excepte l'Afrique du Sud et le Nigeria, aucun pays africain ne constitue, à lui seul, un enjeu pour une entreprise mondialisée. A cette marginalisation des marchés s'ajoute celle des rapports de force qui, qu'on le veuille ou non, structurent les échanges économiques.

Les multiples formes de l'intégration régionale
Comment entretenir une relation équilibrée quand on ne pèse pas assez ? Il est de bon ton de dénoncer, souvent à juste titre, le « pillage » de l'Afrique par la Chine. Mais il ne sert à rien de jeter la pierre à quelque véritable puissance que ce soit si l'on n'est pas capable de structurer du codéveloppement à une échelle qui ne soit pas lilliputienne.
L'intégration régionale de l'Afrique peut s'opérer sous de multiples formes. L'UMA (Union du Maghreb arabe) en est une. Projet ambitieux presque abandonné pour des raisons politiques, il doit pouvoir être revitalisé sous des formes sectorielles moins sensibles politiquement.
Un Erasmus euromaghrébin serait l'un des moyens de répondre au problème des frustrations des jeunes élites maghrébines en mal d'emploi et donc manipulables par toute forme d'extrémisme. Mais des UMA de l'énergie, des transports, de la santé sont aussi réalisables.

Stabiliser les pays
Dans un autre registre, l'intégration des pays du Sahel n'est-elle pas le meilleur moyen de stabiliser des pays qui sont soumis à des pressions sécuritaires extrêmes ? Là aussi l'approche sectorielle doit primer.
Cette intégration régionale en Afrique devrait s'accompagner d'une double intégration complémentaire : avec l'Europe, qui serait la première à bénéficier d'une réduction des flux migratoires en provenance du continent africain ; et entre le nord et le sud de ce continent, comme le met en oeuvre avec succès le Maroc dans les pays d'Afrique subsaharienne.
Le développement de l'intégration régionale en Afrique passe par de multiples canaux. Mais il est clair qu'il suppose prioritairement une refonte des organismes régionaux africains. Il en existe plus de trente aujourd'hui dont l'efficacité n'est pas avérée.
L'Union africaine s'honorerait en procédant à un audit de ces institutions. Mais la France jouerait aussi son rôle en accompagnant ce processus de revitalisation du continent africain.

Christian de Boissieu est professeur à l'université de Paris-I.
Alexandre Medvedowsky est président d'ESL & Network.
Olivier Pastré est professeur à l'université de Paris-VIII.

1er janvier 2018
Source : https://www.lesechos.fr/

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