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Afrique : l'Allemagne passe à la vitesse supérieure

Angela Merkel Afrique 2017Depuis qu'elle a redéfini les contours de sa politique étrangère lors de la conférence sur la sécurité de Munich en 2014, l'Allemagne, quatrième puissance mondiale et locomotive européenne, est plus présente sur la scène internationale et s'implique davantage dans les crises. Et notamment en Afrique. La Bundeswehr n'a cessé de renforcer sa présence au Mali ces derniers mois, les entreprises allemandes ont accru leurs investissements sur le continent, et Berlin resserre ses liens avec certains dirigeants. Elle étoffe donc sa politique africaine. À sa façon.

Prévenante, par la voix de sa chancelière quand, avant de s'envoler en octobre 2016 pour une tournée au Mali, au Niger, et en Éthiopie, celle-ci déclare à ses compatriotes : « La population africaine va doubler d'ici à 2035. (…) Du bien-être de l'Afrique dépendra la façon dont nous allons vivre en Allemagne. » Pragmatique quand, elle se concentre sur les initiatives censées favoriser l'emploi sur le continent. Et constructive quand lui revient la présidence du G20 de 2017 et qu'elle décide de mettre l'Afrique à l'agenda. Jusque-là, lors des grand-messes du G20, seule l'Afrique du Sud, un de ses membres, était de la partie.

L'Allemagne en courroie de transmission du G20

À trois semaines du prochain G20 de Hambourg qui aura pour thème « Formons un monde interconnecté », l'Allemagne prépare donc le terrain. Intitulé « Partenariat africain G20 : investir dans un avenir commun », le mini-sommet des 12 et 13 juin derniers à Berlin a réuni neuf chefs d'État africains (Côte d'Ivoire, Egypte, Ghana, Guinée, Mali, Niger, Rwanda, Sénégal, Tunisie), mais aussi des investisseurs et des représentants d'institutions financières. Il s'agissait de préparer pour le sommet de Hambourg des 7 et 8 juillet prochains des projets de partenariat élaborés avec les chefs d'État africains.

Si « Frau Merkel veut se faire l'avocate des pauvres auprès des riches », note le titre burkinabéL'Observateur Paalga, cette étape est aussi essentielle pour juguler l'émigration africaine. L'Allemagne ne s'en cache pas. « Mme Merkel a parlé en toute franchise des motivations profondes de cet activisme allemand en faveur de l'Afrique : Si le désespoir est trop grand en Afrique, dit-elle, alors il y aura toujours des jeunes gens qui penseront pouvoir trouver une vie meilleure ailleurs dans le monde », rapporte L'Économiste maghrébin. Le site d'info économique tunisien rappelle que le pays, « qui a reçu en peu de temps plus d'un million de réfugiés syriens, irakiens et afghans, redoute le déferlement de vagues de « réfugiés économiques » africains et opte pour la prévention ». Celle qui s'est retrouvée en première ligne dans cette crise des réfugiés qui a divisé l'Union européenne décide donc d'enrôler ses pairs des nations les plus puissantes. Pour ce faire, l'Allemagne a lancé officiellement son initiative Compact with Africa (CWA).

Une initiative allemande pour améliorer l'environnement des affaires

Ce plan, qui s'inscrit strictement dans la coopération bilatérale entre Berlin et des États africains, est censé avoir valeur d'exemple auprès du G20 de Hambourg. Il se veut aussi novateur. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, en résumait la philosophie dans une tribune diffusée début juin dans divers médias : « Nous considérons le CWA comme un processus à long terme axé sur la demande. Il est ouvert à tous les pays africains qui souhaitent améliorer leur environnement d'investissement sur une base durable. Mais le plus important, c'est que les pays africains sont les décideurs. Ils détermineront ce qu'ils veulent faire pour améliorer les conditions pour l'investissement privé, avec qui ils veulent coopérer et sous quelle forme. Ce n'est que si les pays africains s'approprient l'initiative qu'elle sera une réussite. »

Sur les sept pays africains engagés dans Compact with Africa (Côte d'Ivoire, Éthiopie, Ghana, Maroc, Rwanda, Sénégal, Tunisie), seuls trois ont été sélectionnés pour bénéficier d'une enveloppe de 300 millions d'euros. Il s'agit de la Côte d'Ivoire, du Ghana et de la Tunisie. Cette manne, a précisé un responsable du ministère des Finances à l'AFP, est « une opportunité d'attirer les investissements, les bénéfices et les emplois ».

Un « plan Merkel » pour l'Afrique

Du coup, le président ivoirien Alassane Ouattara a aussitôt loué ce « plan Merkel », en allusion au « plan Marshall » mis en place par les États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Il a ajouté que « le Compact Africa devrait principalement couvrir les projets d'infrastructures, de transport et d'énergie, dont l'Afrique a tant besoin. Pour la Côte d'Ivoire, il s'agit de projets nationaux portuaires, aéroportuaires, de construction de logements sociaux ainsi que de l'aménagement de zones industrielles ; il s'agit également des projets sous régionaux structurants tels que les corridors autoroutiers et les chemins de fer sous-régionaux ».

Autre bénéficiaire, la Tunisie entend, quant à elle, « mettre en place une ligne de crédit au profit des PME et une assistance technique pour la mise en place de l'Instance tunisienne de l'investissement », rapporte le Huffington Post Maghreb .

Les « champions des réformes » récompensés

Sur quels critères l'Allemagne a-t-elle choisi la Côte d'Ivoire, le Ghana et la Tunisie pour être les premiers bénéficiaires de son plan Compact with Africa ? L'Économiste maghrébin liste les arguments invoqués par le ministre allemand du Développement, Gerd Müller, qui a mis en avant « les champions des réformes ».

« Il y a des exigences envers ces États. Nous coopérons seulement si certaines conditions sont remplies. Par exemple, la lutte contre la corruption, la mise en place de cours des comptes et d'administrations fiscales. Ensuite, il y a que les pays qui montrent la voie pour la transparence et les droits de l'Homme sont particulièrement encouragés. Nous avons besoin d'investissements privés et, pour cela, nous avons besoin de sécurité juridique pour les investissements et de conditions commerciales justes », a-t-il déclaré à Berlin. « Le message est clair, résume le site d'infos tunisien : qui veut les investissements privés n'a qu'à assurer la sécurité, la transparence et la primauté de la loi. »

Pour le quotidien tunisien La Presse, le choix de la Tunisie est, à cet égard, « un signe positif à relever ». « Les difficultés économiques que nous traversons et qui désespèrent beaucoup de nos concitoyens ne sont pas appréciées de la même manière par les dirigeants des grandes nations économiques ainsi que par les organisations financières internationales qui sont des partenaires de l'initiative allemande », peut-on lire sur le site du journal.

L'Allemagne, une nouvelle puissance qui convoite les richesses de l'Afrique ?

Le symbole vaut pour l'Afrique tout entière, selon Le Djely, qui note que les courbes de croissance africaine continuent de produire ses effets à l'étranger. « En dépit de son instabilité chronique, de la corruption légendaire de ses cadres et, plus généralement, de son élite et des fléaux de famine et d'épidémies qui lui collent encore à la peau, l'Afrique demeure plutôt attractive. La croissance chinoise en berne, les grandes puissances se tournent vers ce continent aux ressources naturelles abondantes, à la main-d'œuvre peu coûteuse et au marché prometteur. C'est ainsi que la France, la Grande-Bretagne, la Chine et l'Inde, qui s'y trouvent déjà, font tout pour consolider leurs positions. Désormais, à celles-là vient s'ajouter l'Allemagne, jusqu'ici plus portée vers le marché asiatique », estime le site d'info guinéen. Et de rappeler que la démarche de Berlin n'est nullement « philanthropique ». Si l'Allemagne a identifié trois secteurs stratégiques dans lesquels investir (agriculture, énergies renouvelables, infrastructures), elle en escompte aussi « un retour sur investissement », avec une hausse de ses parts de marché, selon Le Djely. Ajoutons que les exportations de l'Allemagne vers le continent africain ont triplé entre 2000 et 2015 pour se chiffrer à près de 23 milliards d'euros, selon les données de la Commission économique pour l'Afrique de l'ONU.

Pas d'unanimité dans l'appréciation du « plan Markel »

Compact with Africa a enfin suscité des réactions diversifiées, du scepticisme au mécontentement. Le chef de l'Union africaine Alpha Condé, malgré quelques marques de soutien à l'initiative allemande, a aussi fait part de sa prudence. « On ne manque pas de projets ni d'initiatives, mais de résultats », a-t-il lâché, rapporte le Jounal de Guinée. Partie prenante du Compact with Africa depuis plusieurs mois, et déjà présent lors du G20 Finances de mars, le président rwandais Paul Kagame a, quant à lui, insisté sur le besoin de renouveau : « Notre défi, c'est de parvenir à faire les choses différemment et plus rapidement cette fois. Des tables rondes et des discussions sans fin ne résoudront pas nos problèmes ou le vôtre », a-t-il déclaré.

La présence du président rwandais à Berlin (et l'absence du président Kabila) a suscité une réaction ombrageuse du côté de Kinshasa. C'est en tout cas ce que laisse entendre le quotidien congolais Le Potentiel. « Vue de Kinshasa, la grande conférence de Berlin a une fois de plus jeté un grand opprobre sur la RDC. L'absence de la RDC à ce grand rendez-vous est la preuve du grand vide dans lequel baigne la RDC. Comme l'a déjà rappelé la CIA en son temps, au cœur de l'Afrique, la RDC est un trou noir. En réalité, le pays n'existe que de nom. Dans les grands cercles internationaux où se décide l'avenir de l'Afrique, la RDC est inaudible. C'est pourquoi, lorsqu'il s'est agi de traiter avec un pays de l'Afrique centrale, l'Allemagne a préféré entrer directement en contact avec le Rwanda plutôt que de se fourvoyer avec la RDC. » Un affront pour le géant francophone, qui accuse régulièrement Kigali d'avoir déstabilisé l'est du pays, et de piller ses ressources naturelles.

L'Économiste maghrébin estime, quant à lui, que, « si l'Allemagne a promis à l'Afrique une place de choix (au G20) et a tenu parole », elle ne peut pas grand-chose pour l'Afrique. « D'ici à 2050, le continent comptera 2,5 milliards de personnes et, en 2030, près d'un demi-milliard d'individus seront à la recherche d'un travail ! (…) La seule chose qui la sauvera, c'est de commencer dès maintenant à s'aider elle-même en mettant en place le plus vite possible un programme de contrôle drastique des naissances, un planning familial d'envergure à l'échelle continentale », conclut le site d'info tunisien.

16 juin 2017
Source : http://afrique.lepoint.fr/

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