ALa lutte contre le paludisme connaîtra peut-être sous peu une réelle avancée au Burkina Faso, voire dans la sous-région. C’est du moins la lueur d’espoir qui apparait à travers les résultats d’une étude sur les capacités du champignon transgénique à lutter contre le paludisme, récemment rendue publique par une équipe de scientifiques conduite par Dr Abdoulaye Diabaté, chercheur entomologiste, à l’Institut de recherches en science de la santé (IRS,) au Burkina Faso.

Dans une interview qu’il a récemment accordée à nos confrères du quotidien national burkinabé, Sidwaya, Dr Abdoulaye Diabaté explique que les recherches portent sur un champignon de type Metarhizium pingsheaense, qu’ils ont génétiquement modifié en vue d’améliorer sa virulence vis-à-vis des moustiques, vecteurs du paludisme. « Du fait de la modification, ce champignon produit désormais une puissante neurotoxine d’une araignée d’Australie qui est fatale aux moustiques. Le champignon libère cette neurotoxine dans l’hémolymphe du moustique, conduisant à une mort certaine et relativement plus rapide que le champignon non modifié. En comparaison, le champignon modifié tue 99% des moustiques en moins de cinq jours au laboratoire, alors que le champignon non modifié ne tue à peine que 50% des moustiques et ce au-delà de 2 semaines », souligne-t-il.

Comme l’explique Dr Diabaté, les champignons sont des ennemis naturels du moustique. Le Metarhizium pingshaense en l’occurrence, infecte spécifiquement les moustiques. « Toutefois, il faut d’une part, une grande dose de spores de ce champignon pour tuer le moustique. Mais d’autre part, le champignon tue les moustiques qu’au bout de deux semaines en moyenne. « La durée de vie extrinsèque du Plasmodium falciparum (le parasite du paludisme) chez le moustique étant d’environ 12 jours, il est clair que ce champignon aura une efficacité très limitée dans le contrôle de la maladie. Car, le moustique a le temps de transmettre le parasite à l’homme avant que le champignon ne le tue. Nous avons donc adopté une approche génétique pour accroître la virulence de ce champignon vis-à-vis du moustique.

Comme l’assure le chercheur, « les études au laboratoire, en phase 1 de l’efficacité de ce champignon transgénique sur les moustiques de laboratoire ont été concluantes. Mais aucune étude sur l’efficacité de ce champignon transgénique contre les moustiques dans les conditions proches du terrain n’avait jamais encore été réalisée ». L’étude, confie-t-il, est réalisée sur des populations d’Anopheles gambiae collectés sur le terrain et élevés en laboratoire. « Différents tissus en coton sont utilisés pour l’imprégnation avec la souche Metarhizium pingshaense génétiquement modifiée et la souche Metarhizium pingshaense non modifiée (sauvage). Ensuite, les différents tissus imprégnés sont testés dans les cases expérimentales. Les moustiques sont lâchés dans ces cases chaque jour au coucher du soleil et recaptures, le lendemain matin après contact avec les tissus imprégnés. Ces moustiques sont ensuite mis en observation pour le suivi de la mortalité », explique Dr Abdoulaye Diabaté.

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