Maradi/Entretien avec le Préfet d’Aguié M. Albachir Aboubacar : «La campagne agricole 2019 a été très déficitaire dans le département d’Aguié»

Maradi/Entretien avec le Préfet d’Aguié M. Albachir Aboubacar : «La campagne agricole 2019 a été très déficitaire dans le département d’Aguié»Le département d’Aguié dans la région de Maradi est frontalier de la République fédérale du Niger dont les frontières sont fermées depuis août 2019. Dans cet entretien, le préfet du département d’Aguié M. Albachir Aboubacar explique l’impact de la fermeture de la frontière sur les activités commerciales ainsi que sur certains aspects de la vie socio-économique du département. Il évoque aussi le contexte sécuritaire, la campagne agricole écoulée et plus particulièrement la filière du souchet dont le département en est le 1er producteur à travers la commune rurale de Tchadoua

L’insécurité sévit dans certains départements de la région, comment se présente la situation à Aguié ?

Permettez-moi de présenter notre entité administrative avant de répondre à votre question. Il faut noter qu’Aguié est un département qui a une superficie de 1974 Km2 avec une population estimée à 327.000 habitants. Le département d’Aguié est limité à l’Est par les départements de Gazaoua et de Tessaoua; au Nord par le département de Mayahi ; à l’Ouest par les départements de Guidan-Roumdji et de Madarounfa et au Sud par le département de Gazaoua et le Nigeria. Le département d’Aguié compte au total 163 villages administratifs repartis dans deux communes en l’occurrence la commune urbaine d’Aguié et la commune rurale de Tchadoua. Il ne dispose qu’un seul canton. Dans le domaine de la santé, le département d’Aguié a connu beaucoup de partenaire de par le passé parce que si vous vous souvenez il y a eu des années de malnutrition. Et Aguié était la cible de prédilection des partenaires dans la région de Maradi. Les interventions de ces différents partenaires du domaine de la santé ont porté leurs fruits. Aujourd’hui, la planification familiale est pratiquée grâce aux multiples actions de sensibilisation des populations. Nous avons des femmes et des hommes relais dans nos formations sanitaires. Pour revenir à votre question, je dois dire que le département d’Aguié présente une situation sécuritaire globalement calme en dépit de rares vols de bétail et de cambriolages que nous enregistrons souvent. Toutefois, malgré cette accalmie, nous restons toujours en alerte car Aguié partage environ 70 Km de frontières avec le Nigeria.

Monsieur le Préfet, au sortir de la campagne agricole 2019, quelles sont les activités qu’exercent les populations du département d’Aguié ?

La campagne agricole 2019 a été très déficitaire dans le département d’Aguié avec 153 villages déficitaires sur 163, soit 93,86% de déficit. Ce dernier est du principalement à l’attaque de la chenille mineuse de l’épi de mil. Il n’ya pas d’activités proprement dites dans le département d’Aguié en dehors de cultures pluviales car les cultures irriguées sont très peu développées ici. Ainsi, les populations du département vont en exode vers le Nord notamment dans la région d’Agadez ; en Algérie ; en Lybie et au Sud (Nigeria).

La promotion des cultures irriguées est inscrite dans la politique de l’Etat en matière de sécurité alimentaire, est-ce que les producteurs du département d’Aguié ont bénéficié d’accompagnement pour booster la production ?

Certes les quelques producteurs que nous avons reçoivent au même titre que les autres départements des appuis de l’Etat. Cependant, il faut savoir que notre département a un problème qui est du à la profondeur de la nappe. C’est pourquoi, les cultures irriguées sont tres peu développées. Les sites de cultures irrigués qui existent dans le département sont des sites communautaires. En dehors de ces sites, on peut aussi trouver quelques rares particuliers qui foncent des forages et installent des équipements solaires pour faire de l’irrigation. C’est dire que dans notre département, celui qui n’a pas assez de moyens ne peut pas du tout s’adonner à la pratique des cultures irriguées au regard du coût des investissements que l’activité nécessite. En effet, à l’échelle de la région de Maradi, plusieurs projets et ONG qui interviennent dans des actions de développement. Mais, dans le département d’Aguié, il y a très peu de projets ou ONG qui s’occupe du volet sécurité alimentaire. Tout récemment, l’Association des Musulmans d’Afrique (AMA) qui fonce des forages a mis en compétition un certain nombre de départements de la région de Maradi dans la perspective d’emblaver 100 ha de cultures irriguées. Nous avons élaboré et envoyé le dossier. Nous attendons voir ce que le dépouillement des dossiers va donner. Si notre département est retenu, nous aurions avancé dans la promotion des cultures irriguées conformément à la politique de l’Etat en la matière.

Le département d’Aguié est considéré comme une zone à fort potentiel de production du souchet, comment est organisée la filière ?

Il est bien vrai que le département d’Aguié, à travers la commune de Tchadoua, est très reconnu comme une zone par excellence de production du souchet. Mais, malheureusement, il n’existe pas une structure ou organisation formelle autour de la vente de souchet. C’est pourquoi le projet PRODAF envisage de construire un marché demi-gros. Lorsque ce marché sera construit et opérationnel, la commercialisation du souchet sera plus formelle et apportera plus de revenus aux producteurs et à la commune.

Comment se porte votre entité administrative avec la fermeture des frontières avec le grand voisin du Sud ?

La fermeture de la frontière du Nigeria a eu un impact négatif sur les activités commerciales du département d’Aguié. Les commerçants qui ont l’habitude d’aller au Nigeria acheter des marchandises et ressortir en une heure de temps, ne peuvent plus le faire aujourd’hui. Il faut passer toute une journée à contourner pour éviter les militaires nigérians déployés le long de la frontière. Contourner ces forces loyales, veut simplement dire que nos commerçants rentrent illégalement dans ce pays. Je pense que ce n’est pas une situation aisée pour les populations. C’est pourquoi, les gens se débrouillent pour emprunter les voies de fraude.

Réalisé par Mme Fatouma Idé et Hassane Daouda (onep)

20 février 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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