Entretien avec le Préfet du département Birni N’Konni : «Nous pensons que sous peu la situation sera régularisée d’après les échanges que nos avons eus avec les personnalités du Nigeria », déclare M. Ibrahim Abbalélé à propos de la fermeture des frontière

Entretien avec le Préfet du département Birni N’Konni : «Nous pensons que sous peu la situation sera régularisée d’après les échanges que nos avons eus avec les personnalités du Nigeria », déclare M. Ibrahim Abbalélé à propos de la fermeture des frontièreDans cet entretien, préfet du département de Birni N’Konni M. Ibrahim Abbalélé évoque plusieurs sujets relatifs à la vie des populations de son entité administrative. Il s’agit entre autres de la paix et la sécurité, la campagne agricole, le projet de réhabilitation du périmètre irrigué de Konni, la fermeture des frontières du Nigéria et son impact sur la vie des populations, et enfin le processus d’enrôlement au fichier électoral biométrique.

Depuis plus de deux mois la frontière avec le Nigeria est fermée. Comment se ressent l’impact de cette fermeture sur le quotidien des populations de Birni N’Konni ?

Cette situation qui, reconnaissons-le, affecte les populations du Département de Konni. Nous sommes très peinés parce que la population de Konni, si je peux le dire, est confondue à celle d’Illéla au Nigéria. La distance qui sépare ces deux villes ne dépasse pas deux kilomètres. Les va et vient de part et d’autre de la frontières sont quotidiens. On ne peut pas séparer ces deux villes. Mais vous savez que les deux Etats sont indépendants. Il y’a des problèmes au Nigéria et c’est ce qui a amené le gouvernement à prendre ces décisions. Mais nous pensons que sous peu la situation sera régularisée d’après les informations qui nous parviennent et d’après les échanges qu’on arrive à avoir avec les personnalités du Nigéria. Donc nous pensons que ce calvaire sera levé plaise à Dieu.

La situation économique à Konni et à Illéla qui, je le rappelle sont extrêmement liées, ne peut plus souffrir de cette fermeture, même si par hasard la frontière est très vaste et que les gens malgré tout se débrouillaient pour rentrer et que de l’autre côté les gens du Nigéria viennent toujours à Konni. Il y’a même des gens d’Illéla qui ont construit ici à Konni. Les deux peuples constituent une même famille, avec des liens de mariages, en dehors même des échanges commerciaux. C’est une obligation, nous sommes en train de suivre pas à pas et nous avons des échos favorables quant à la reprise normale des échanges.

Nous sommes en fin de saison et donc en période de récoltes. Monsieur le Préfet quelle la situation générale de la campagne agricole dans le Département de Birni N’Konni ?

D’abord il faut parler de l’installation de cette campagne qui, a été un peu précoce cette année. Les premières pluies ont été enregistrées au mois de mai. Après il y’ eu une interruption au mois de juillet qui a un peu défavorisé le développement des semis, jusqu’à ce que la récolte soit un peu compromise. Il y’a eu beaucoup d’attaques d’ennemis de cultures comme la

mineuse de l’épi qui a défavorisé le rendement. D’après les services départementaux de l’Agriculture, l’on enregistre 56 villages vulnérables à l’échelle du département et le degré de déficit varie de 55 à 70%. Les causes principales de ces déficits sont les attaques de la mineuse d’épi et la sécheresse en fin de cycle.

Quelles sont les dispositions prises pour soutenir les populations des villages déficitaires ?

Toutes les Communes sont concernées par ces attaques. Dès qu’on nous a signalé les premières attaques on a pris les dispositions avec les services de l’agriculture et de l’élevage. Avec les moyens disponibles nous avions fait face à ces premières attaques. Maintenant par rapport à la population, il y’a eu des distributions gratuite ciblées de vivres et la vente à prix modéré.

En cette période aussi on assiste à un retour précoce des éleveurs qui est souvent source de conflits avec les agriculteurs. Quelle est la situation actuelle dans le département de Konni et quelles sont les dispositions prises pour anticiper les crises ?

Là vous avez touché du doigt le problème qui nous préoccupe aujourd’hui à savoir la décente des animaux vers le sud. A chaque réunion du conseil départemental de sécurité on en parle et on prend des dispositions conséquemment. Récemment, il y’a trois jours exactement, on a été saisi de Bazaga pour nous informer de la présence d’une cinquantaine de troupeaux qui sont déjà dans le département alors que la date libération des champs n’est pas encore fixée. Il a fallu détacher une partie de la patrouille départementale pour se rendre sur place, assister les communautés et aider à éviter les confrontations entres les éleveurs et les agriculteurs. Ici nous sommes une zone tampon, tous les animaux qui quittent le nord pour aller vers le sud passent par ici. C’est un mouvement saisonnier qu’on ne peut pas empêcher. Il y’à des couloirs de passages des animaux dédiés à cet effet, mais le plus souvent les animaux débordent dans les champs. Pour le moment il n’y a pas eu de conflits, tout se passe normalement sous la surveillance de nos Forces de Défense et de Sécurité.

Monsieur le Préfet, il y’a actuellement un projet de réhabilitation du périmètre irrigué de Konni. C’est une question qui tient beaucoup aux populations, alors comment se passe le processus ?

Vous savez que ce projet datait de très longtemps. C’est plusieurs milliards qui seront injectés sous le financement des Etats Unis d’Amérique à travers le MCA. Ce projet vient à point nommé parce que le périmètre ne tournait pas bien, on peut dire même qu’il est à plat. Maintenant les gens ont vu et compris que la réhabilitation est très nécessaire et ils se sont donnés. Il y’a même des gens qui sont hors du périmètre qui donnent leur champs volontairement pour accompagner l’Etat. Après plusieurs rencontres d’échanges, aujourd’hui le processus est à son terme. Les populations qui ont donné leurs champs ont commencé à être désintéressées (dédommagées). Nous avons sensibilisé les populations sur l’importance de ce projet. Nous allons suivre le processus jusqu’à son terme.

Quelle est la principale attente des populations sur ce projet ?

Ce qu’on cherche, c’est que, après le projet que les gens puissent se prendre en charge. On cherche la prise de conscience des populations sur l’importance d’un tel projet, pour qu’à la fin du processus, les gens puissent renforcer leur cadre organisationnel et développer des initiatives porteuses. Il est prévu tout un dispositif d’accompagnement de ces populations bénéficiaires. Mais au-delà de tout, les populations attendent la réhabilitation du périmètre pour relancer véritablement la production agricole.

On sait aussi de l’autre côté et tout au long des frontières il y’a d’autres menaces sur la Sécurité de personnes et des biens. Comment se présente la situation à Konni ?

Là encore c’est un autre problème. Depuis notre arrivée on s’est confronté à ces genres de situation, surtout que de l’autre côté des groupes terroristes et des bandits armés, notamment ont pris en otage la zone de Sokoto et de Zanfara. Ils attaquent ces zones et s’ils sont repoussés, ils font souvent des incursions du côté du Niger. Dans le département de Konni, c’est principalement dans les villages de Jimajimi (Jimajimi Niger et Jimajimi Nigéria) qui sont directement liés par une petite forêt, dans laquelle les groupes terroristes se cachent. Nous avons conscience de cela. C’est pourquoi, les frontières sont sécurisées par les FDS sur les Frontières. Nous avons aussi des forces départementales qui s’occupent de la sécurité intérieure du département. Mais à un certain moment si les menaces se font sentir toutes les forces s’unissent pour faire face aux menaces. Il faut noter que jusqu’à présent les terroristes du Boko Haram ne sont pas arrivés à Konni. Nous avons les menaces de Jihadistes venus du Mali qu’on appelle «Lakouraoua ».

Monsieur le Préfet, le processus d’enrôlement suit son cour actuellement dans votre Département. Comment se déroulent les opérations à ce niveau ?

On a commencé dans la commune de Tsarnaoua. Nous avons été au lancement et nous avons suivi l’inscription des premiers candidats. Le problème, c’est que nous sommes en période des travaux champêtres, les femmes et les hommes sont tous sur le terrain, dans les camps. Donc le matin il est difficile d’avoir du monde. Nous avons changé de stratégie qui permet de donner plus de chance aux gens d’avoir le temps de s’inscrire. Nous avons mobilisé les conseillers municipaux, tous les partis politiques confondus pour aider dans la sensibilisation et la mobilisation des gens. Tout se passe bien.

Siradji Sanda et Ali Maman Envoyés spéciaux(onep)

30 octobre 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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