Souley Limane Korimi, directeur du Centre Culturel Oumarou Ganda : « Avec l’avènement des TICs et des réseaux sociaux, les centres d’animation ne sont plus régulièrement fréquentés »

Souley Limane Korimi, directeur du Centre Culturel Oumarou Ganda : « Avec l’avènement des TICs et des réseaux sociaux, les centres d’animation ne sont plus régulièrement fréquentés »Monsieur le directeur, pouvez vous nous dire dans quel contexte culturel a été créé le Centre Culturel Oumarou Ganda (CCOG) ?

A l’époque, l’Etat organisait des manifestations artistiques et culturelles, notamment le Festival National de la Jeunesse dans les départements [ndlr : les régions actuelles] pour créer un cadre d’épanouissement et de promotion du patrimoine culturel de proximité à la population en général et à la jeunesse en particulier. C’est dans ce cadre qu’à l’occasion de la 5ème édition du Festival National de la Jeunesse, il a été créé en avril 1980 un centre culturel dénommé « Complexe Socio Culturel » qui occupe un espace de 8 hectares. En Avril 1981, ce complexe fut officiellement baptisé Centre Culturel Oumarou Ganda (CCOG), en hommage à l’illustre cinéaste disparu au cours de cette même année. Par Décret N° 2011-123/PCSRD/MCNTI/C du 23 février 2011, les autorités érigent enfin le CCOG en Etablissement Public à caractère Administratif.

Quelle est la mission assignée au CCOG ?

Le Centre Culturel Oumarou Ganda est actuellement placé sous la tutelle du ministère de la Renaissance Culturelle, des Arts et de la Modernisation Sociale. A ce titre, il contribue significativement à la mise en œuvre de la politique culturelle nationale. Ainsi, le CCOG a pour mission de valoriser le patrimoine culturel et artistique national, de promouvoir la création artistique et culturelle, de promouvoir et contribuer à la formation professionnelle des jeunes, et de promouvoir la lecture publique, en particulier chez les jeunes. Il apporte aussi un appui technique aux acteurs culturels, favorise les rencontres, les échanges et la coopération culturelle, et accueille des activités de convivialité. Enfin, le CCOG produit et promeut toute activité susceptible de le rentabiliser, individuellement ou en partenariat avec les autres centres, les personnes morales ou physiques et les institutions nationales ou internationales.

Les plus anciens se souviennent encore des grands noms de la musique qui ont passé par ici ; on se souvient aussi des grands concerts qu’organisait le CCOG jusqu’au début des années 2000. Depuis lors, le centre semble rencontrer des difficultés ?

Il faut se dire que dans les années 80, année de création de ce centre, l’Etat organisait des manifestations artistiques et culturelles directement financées par lui-même. Donc, les centres culturels sont entièrement pris en charge par l’Etat. Vous conviendrez avec moi qu’il n’y a aucun problème de financement d’activité en cette période. Aujourd’hui, l’Etat a révisé sa politique d’intervention dans le domaine et conféré des statuts à ces Etablissements. Par conséquent, il leur revient de financer eux–mêmes leurs activités, l’Etat leur apportant toutefois une subvention d’équilibre.

Le CCOG, institution dont les infrastructures datent des années 80, fait face aujourd’hui à des défis multiples et multiformes. Il s’agit principalement de la vétusté du bâtiment et son corollaire. En plus, organiser un spectacle culturel coûte très cher de nos jours. Aussi, avec l’avènement des TICs et des réseaux sociaux, les centres d’animation ne sont plus régulièrement fréquentés alors même que les salles de spectacles offrent des bienfaits qu’on ne peut pas trouver dans les réseaux sociaux. C’est l’une des raisons de la faible fréquentation des centres culturels.

Avec la politique de « faire faire», des industries culturelles et des entrepreneurs ont vu le jour. Elles doivent aussi participer à la promotion de la culture à côté de l’Etat et de ses institutions culturelles, afin qu’on puisse atteindre un résultat positif probant dans le cadre de la valorisation de notre patrimoine culturel. Nous ne les voyons pas en concurrents mais plutôt en partenaires complémentaires.

La bibliothèque arrive-t-elle à jouer son rôle et à attirer plus de lecteurs ?

La bibliothèque du CCOG reste encore une des bibliothèques de lecture publique la mieux fréquentée de la place et cela grâce à sa position géographique dans la ville de Niamey. A titre d’exemple, pour le 1er trimestre 2019, c’est-à-dire à la date du 31 mars 2019, elle enregistre une fréquentation de 4.086 lecteurs, uniquement pour la médiathèque. Nos autres statistiques pour le 1er trimestre 2019 sont de 209 inscrits à la bibliothèque et 529 livres empruntés toutes catégories confondues. On ne se plaint pas de manque de public au CCOG. Il est présent tous les jours de la semaine et profite du grand espace dont nous disposons.

Plusieurs lieux de loisirs sont visibles dans le périmètre du CCOG. Comment se sont-ils installés et quels sont les bénéfices que le centre en tire ?

Tous les centres culturels de notre pays disposent d’espaces dédiés aux loisirs. Ici, au CCOG, nous disposons de trois buvettes qui sont présentes depuis la création du centre. Elles sont actuellement en gérance libre. N’oubliez pas que la Renaissance Culturelle prône aussi le libre exercice des religions et croyances de chaque citoyen.

Si ces buvettes respectent les lois et règlements en vigueur dans notre pays, alors leurs activités ne devraient gêner personne. Nous nous assurons seulement qu’elles respectent les clauses du contrat qui les lient au CCOG.

On a aussi un bâtiment au pan Ouest du centre qui comprend des boutiques et restaurants. Ce bâtiment est aussi en gérance libre.

Quels sont les perspectives que vous envisagez pour redonner au centre sa stature d’antan et le placer au cœur de la renaissance culturelle entreprise par le Niger ?

Dans nos programmations, le Centre Culturel Oumarou Ganda entend mettre l’accent sur la rénovation des salles et des espaces afin de renforcer la fréquentation du centre, poursuivre les efforts de mobilisation des ressources et multiplier l’organisation d’activités artistiques et culturelles pour arriver à terme à la production d’un programme permanent accessible au public. Le CCOG est un instrument de mise en œuvre de la politique culturelle nationale du Niger ; c’est pourquoi il ne sera ménagé aucun effort afin que le centre puisse jouer sa partition dans la mise en œuvre du programme de la Renaissance Culturelle.

Votre mot de la fin ?

Je dirai au public de venir au CCOG et qu’il soit patient. De la même manière que Paris ne s’est pas construit en une journée, nous sommes en train de faire revivre, petit à petit et selon nos moyens, le Centre Culturel Oumarou Ganda.

Propos recueillis par Souleymane Yahaya

19 avri 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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