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Entretien avec Kalla Ankouraou, ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Nigériens à l’Extérieur sur les nouvelles réformes de l’Union Africaine

Entretien avec Kalla Ankouraou, ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Nigériens à l’Extérieur sur les nouvelles réformes de l’Union Africaine M. Kalla Ankouraou, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Nigériens à l’Extérieur  Monsieur le ministre vous avez accompagné le Chef de l’Etat au 11ème Sommet extraordinaire des Chefs d’Etat et de gouvernements des pays membres de l’Union Africaine tenu du 17 au 18 novembre dernier à Addis-Abéba en Ethiopie. Pouvez-nous tirer un bilan sur ce sommet qui a traité des révisions de ses réformes institutionnelles?

Merci de m’avoir offert l’occasion de parler des réformes de l’Union Africaine qui a fait couler beaucoup d’ancre et de salive. Je dois rappeler que cette réforme a été décidée au 27ème sommet de Kigali 2017 où le Président du Rwanda, Paul Kagamé, Président en exercice de l’institution a été chargé avec un certain nombre de Chefs d’Etat pour conduire le travail. Il a été champion tout comme, le Président Issoufou Mahamadou a été désigné, Champion de la Zone de libre échange continentale (ZLECAf). Auparavant, il faut rappeler que, depuis 2016, ils ont mis en place plusieurs comités de réflexion qui ont soumis des rapports pertinents à toutes les instances de l’Union Africaine. A la conférence de Nouakchott on devrait se prononcer sur l’ensemble de ces questions, malheureusement, l’ordre du jour était si chargé qu’on n’a pu consacrer beaucoup de temps à la question. Finalement la conférence des Chefs d’Etat avait       décidé de la tenue d’une conférence extraordinaire qui ne discuterait que des réformes. C’est pourquoi, on a retenu d’organiser un sommet extraordinaire qui doit plancher sur les propositions qui ont été faites jusqu’à présent en ce qui concerne la restructuration.

Quels sont les principaux objectifs assignés à cette restructuration de l’UA ?

Cette restructuration a un double objectif. Le premier est de faire en sorte que l’Afrique ait son indépendance financière vis-à-vis de ses traditionnels bailleurs de fonds. Avant, le budget de l’Union Africaine a été supporté à 60% par l’étranger et 40% par l’Afrique. C’était insoutenable et incompréhensible. La réforme a pour objectif de réduire ce taux pour le ramener autour de 20 à 30% pour renverser la tendance. La deuxième chose est que l’Union Africaine doit se structurer, devenir performante et s’occuper davantage des problèmes de développement économique et politique. Pour y arriver, il fallait organiser la commission de l’Union Africaine en diminuant le nombre des commissions qui était de dix (10) à huit (8), composée du président, le Vice-président et six (6) commissions. Des recommandations ont été faites pour ne pas charger les commissions mises en place. Le procédé du choix des commissaires a été discuté afin d’apporter quelques innovations pour élire des personnes intègres. Il est demandé à chaque région de disposer d’un commissaire. Le continent étant subdivisé en cinq régions, le président et le Vice-président doivent provenir de régions différentes et trois régions restantes vont se partager les six commissaires. Donc chaque région va se retrouver avec deux commissaires. Le mode de désignation est encadré par une sélection rigoureuse après le lancement d’appel à candidature. Un panel d’anciens Chefs d’Etat sera constitué, accompagné d’un cabinet privé africain de consultance pour examiner les dossiers de candidature. Les dossiers du président et du vice-président seront soumis à la conférence des Chefs d’Etat et les autres commissaires au niveau du conseil exécutif. Il faut dire que les élections vont se faire à la majorité de 2/3. Il a été également prévu la cessation de fonction des membres de la Commission. Ainsi, quatre (4) Etats peuvent initier une mise à l’écart pour incompétence ou de faute grave. Ce qui explique la rigueur extrême du nouveau système proposé et adopté à ce 11ème sommet extraordinaire.

Comment fonctionnera les différentes structures ainsi que la mobilisation de ressources financières pour que l’Institution soit plus indépendante vis-à-vis des bailleurs de Fonds?

Nous avons discuté de la gestion et de la performance avec la mise en place d’un comité d’évaluation qui fera un rapport à la fin de chaque année. La gestion de finance consiste à trouver des mécanismes permettant de ne pas toujours prélever sur le budget avec les difficultés financières que rencontrent certains Etats. C’est ainsi qu’un mécanisme de prélèvement 2% sur les importations a été institué. Tout de même avec ce mécanisme, quelques Etats ont un souci avec les accords signés par la conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement. Maintenant, tous les Etats ont adhéré à ce système. Il y a déjà 24 Etats qui font ce prélèvement. Nous avons également revu le quota afin qu’une harmonisation soit trouvée entre les Etats qui se plaignaient de beaucoup payer et ceux qui payent peu. Ainsi, les Etats sont repartis en trois groupes, ceux du groupe A qui payaient 48% payent aujourd’hui 40%. Les Etats du groupe B ou la moyenne payent 35% au lieu de 29% avant. Ceux du groupe C payent quelques pourcentages. Malgré tout, nous avons des problèmes qui persistent. Des sanctions ont été prévues pour ceux qui traînent les pas avant de payer. Les Etats n’ont plus le droit d’accuser un retard de cinq ans pour s’acquitter de leurs cotisations. Le délai est réduit à deux ans. Les sanctions vont du refus de prendre la parole, au refus de vote ou de la suspension jusqu’à ce que le pays soit en règle vis-à-vis de ses cotisations. Cela fera en sorte que le développement soit harmonisé et le continent va en bénéficier.

Le sommet a pris la décision de transformer le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD) en agence de développement ainsi que l’intégration du Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP) dans les structures de la Commission. Pourquoi l’introduction de cette innovation dans les réformes?

Effectivement, dans la réforme de l’Union Africaine, il y a d’autres organes associés et intégrés à l’Institution comme le Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD). Pour que l’Union Africaine ait plus de développement que de politique, il fallait trouver un outil. C’est pour cela que les Chefs d’Etat ont pensé au NEPAD qui sera transformé en une agence de développement de l’Union Africaine, un peu à l’image de ce que fait le PNUD au niveau des Nations Unies. Le NEPAD aura un rôle essentiellement de supervision du développement, de coordination de la mise en œuvre des projets continentaux et régionaux. Il assure aussi le renforcement des capacités des Etats pour pouvoir avancer dans le domaine de développement. En ce qui concerne, le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP) qui agissait sous forme de volontariat, c’est un outil créé parallèlement à l’Union Africaine, qui est chargé d’évaluer la gouvernance des Etats. Au total, ce sont 37 Etats qui ont adhéré au mécanisme. Mais désormais la commission a décidé que le MAEP soit un organe de l’Union Africaine. Cela veut dire que tous les Etats sont parties prenantes. Donc chaque Chef d’Etat va se faire évaluer. C’est une nouveauté introduite.

Est-ce qu’avec ces nouvelles réformes, la répartition des tâches ne va causer des problèmes dans la mise en application au niveau de l’Institution ?

Il faut dire que, la répartition des tâches nécessite une réorganisation avec les autres organisations africaines régionales afin que ça fonctionne normalement. Nous avons également la répartition des tâches sur les accords post Cotonou qui arrivent à échéance à partir de 2020. Traditionnellement depuis 1975, un accord de coopération a été signé entre l’Union Européenne et les Etats Afrique Caraïbe Pacifique (ACP) que désormais l’Union Africaine doit alors répondre au nom de l’Afrique. Mais malheureusement tous les Etats n’ont pas assisté à l’accord de Cotonou. Les négociations ont commencé sur l’ancienne base avec l’accompagnement de l’Union Africaine. Elles vont peut-être durer un ou deux ans et certainement elle conclura des accords avec l’Union Européenne sur des grandes questions internationales tels que le climat, l’environnement, la zone de libre échange continental etc.  

Les questions de paix et de développement préoccupent beaucoup le continent africain. Qu’en est-il, de ce sujet dans ses réformes ?

Effectivement, il y a deux sujets qui participent à la structuration et à l’amélioration du travail. Le conseil de paix et de sécurité est un peu à la marge. Pour lui donner une indépendance et pour qu’il n’y ait pas de pression sur les Etats, le Conseil de paix et de sécurité suivra des reformes pour qu’il soit plus efficace. Ainsi, il est demandé à la Commission de l’UA de présenter un rapport de réflexion déjà menée sur cet aspect au sommet de février.

Quelle est la position de notre pays sur les propositions faites par la Commission avec les innovations introduites dans la gestion de l’organisation ?

Vous avez bien suivi avec intérêt dans l’intervention du Président de la République, Chef de l’Etat. Il a approuvé les propositions faites par la commission notamment la structure et le portefeuille des hauts fonctionnaires ainsi que le processus de leur recrutement et de leur départ et les innovations introduites dans la gestion administrative. Il y a aussi la transformation du NEPAD en agence de développement ainsi que l’intégration du MAEP dans les structures de la Commission. Le Niger a insisté sur ce nouvel outil, combien important qui est la Zone de Libre Echange Continentale de l’Afrique (ZLECAF). Nous insistons pour que cette zone soit lancée à partir de juillet 2019 à la conférence de Niamey. Enfin, je précise que, désormais les sommets de l’Union Africaine seront d’une session par an. Il y a la session de février et la deuxième session prévue habituellement en juillet. Cette dernière sera remplacée par une conférence de coordination qui comprendra les présidents sortants, en exercice et futurs ainsi que les membres de la Commission. Nous aurons à cette session, le lancement solennel de la Zone de Libre Echange Continentale de l’Afrique (ZLECAF). D’ici là, nous aurons sûrement des ratifications pour les 22 Etats attendus.

Propos receuillis par Seini Seydou Zakaria, envoyé spécial(onep)

22 novembre 2018
Source : http://lesahel.org/

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