Invité de Nigerdiaspora : M. Adamou Garba, Président de la Fédération des Verts d’Afrique (FeVA)

M. Adamou Garba, Président de la Fédération des Verts d’Afrique (FeVA)M. Adamou Garba, Président de la Fédération des Verts d’Afrique (FeVA)Monsieur Adamou Garba vient d’être élu Président de la Fédération des Verts d’Afrique (FeVA) le 12 juin dernier à l’issue de son 4 ème congrès qui s’est tenu à Ouagadougou (Burkina Faso). Dans une interview qu’il a accordée à Nigerdiaspora, il est revenu sur le processus électoral, les innovations qu’il compte apporter durant son mandat pour faire de cette institution un véritable cadre démocratique d’expression et de concertation entre les acteurs. Singulièrement, il a parlé de la situation qui prévaut à Gaya entre les agriculteurs et les éleveurs, du combat qu’il mène contre l’accaparement des terres, la protection de l’environnement et bien d’autres questions. Cet homme de cœur et courageux qui s’est déjà aisément familiarisé avec les réalités contrastées de son domaine de prédilection. Cette nouvelle fonction, il entend l’assumer avec beaucoup d’abnégation mue par une ambition principale de donner une nouvelle dynamique et une visibilité à la fédération. Avec un parcours atypique professionnel, son humilité et son sens de travail sans relâche, M. Adamou Garba se dit tout à fait prêt à relever le défi.

Monsieur le Président, vous avez été élu Président de la Fédération des Verts d’Afrique (FeVA) le 12 juin passé à Ouagadougou à l’issue du 4ème congrès de votre fédération continentale. Comment abordez-vous ces nouvelles responsabilités ?
AG: Je voudrais, tout d’abord, remercier mes collègues qui m’on fait confiance pour me confier une telle charge. Ensuite, je tiens à remercier l’équipe sortante dirigée par Dr Frank HABINEZA pour son travail et pour l’héritage qu’elle nous laisse. D’entrer de jeu, je tiens à souligner qu’au delà de mon élection, c’est une équipe qui a été choisie à l’issue de ce 4ème congrès pour conduire les affaires de la fédération. Par conséquent, nous avons tous une responsabilité commune dans la réussite ou face à l’échec au bout de notre mandat de 4 ans. Je suis conscient de l’ampleur du travail qui nous attend et des défis à relever étant donné que nous sommes sur un continent qui souffre le plus des effets négatifs des réchauffements climatiques et de toutes les formes réelles de dégradation de l’environnement. Je suis confiant, parce que je connais la détermination et l’engagement personnel de tous les membres de notre équipe.

Monsieur le Président, quelles seront vos priorités ?
Nous comptons, d’abord, poursuivre activement le travail de renforcement des capacités de nos membres à travers la formation soutenue des membres des réseaux des jeunes et des femmes. Ensuite, nous allons mettre l’accent sur le rayonnement de notre fédération sur le continent à travers notre présence au sein des organisations régionales et continentales.
Par ailleurs, dans notre plan d’action une place importante sera accordée au soutien à nos membres dans le cadre d’une plus grande participation aux élections générales et locales dans leurs pays respectifs.
Enfin, nous allons intensifier nos efforts pour accroitre le nombre des partis verts actifs sur le continent conséquemment augmenter le nombre des partis membres de la FeVA et parallèlement consolider et renforcer le rôle de notre fédération au sein de Global Greens.

Monsieur le Président, il y a de cela environ trois mois vous étiez montés au créneau par rapport au phénomène d’accaparement de terres pastorales sur le plateau de Dadji rijia dans le département de Gaya. Pouvez-vous nous rappeler de quoi, il s’agit ?
Effectivement, début avril je me suis personnellement rendu sur le plateau de Dadji Rijia d’où était venue une alerte concernant le rebondissement d’un vieux dossier géré en 2013. A cette période plus de 6000 arbres avaient été abattus sur des aires de repos des animaux aux fins de cultures. Un vrai désastre écologique pour la région. Agissant dans l’intérêt général, le Préfet de Gaya de l’époque prit l’arrêté n° 029/PDG du 23 juillet 2013 portant mise en défens de la zone, pour à la fois protéger l’environnement et éviter des affrontements intercommunautaires.
C’est en violation de cet arrêté que plusieurs paysans sédentaires sont venus défricher une partie du plateau, cette fois-ci avec un prétexte et un feu vert déguisé du Gouverneur de la région de Dosso qui semble t-il venait d’acquérir illégalement un bout du plateau auprès d’un habitant et imam d’un village voisin. Et comme, il s’agit d’un domaine public de l’Etat, nous sommes surpris que les plus hautes autorités de la région soient impliquées dans des actions délibérées de violation de la loi.

Plateau de Dadji rijia

Est-ce que cette alerte a permis de régler le problème ?
 L’alerte a permis de remettre le problème au centre l’actualité à travers un reportage de TV-LABARI avec une large diffusion sur satellite. Dès lors, les plus hautes autorités de notre pays sont informées de ce qui se passe dans cette région. Ensuite nous avons écrit aux ministres dont les départements sont les plus impliqués dans ce dossier avec ampliations au Président de la République et au Premier Ministre. Il s’agit notamment des ministères en charge de l’intérieur et de l’environnement. Nous avons également sensibilisé les associations des éleveurs sur cette situation.

Quelles ont été les mesures prises par ces autorités ?
La réaction la plus énergique est venue du ministère de l’intérieur puisqu’il s’agit de violation d’un arrêté préfectoral. Alors le Ministre d’Etat a instruit le Préfet de Gaya pour qu’il prenne immédiatement des mesures conservatoires. Malheureusement, au lieu d’exécuter les instructions reçues, le Préfet de Gaya a préféré contourner le problème et même prendre des initiatives contraires. Sous la pression de son Gouverneur directement impliqué parce qu’ayant acheté un bout du plateau, ce Préfet aurait semble t-il prit un arrêté levant la mise en défens. Mais, confronté à « la sommation de remettre » d’un huissier, il a fait marche arrière. Mais, aujourd’hui, il est établi que le Préfet n’a rien fait pour faire respecter la loi. Bien au contraire, il a agi dans le sens de sa violation. Nous en avons les preuves. Conséquemment tous ces deux cadres de commandement doivent faire l’objet d’abord de sanctions administratives et ensuite répondre de leurs actes devant la justice.
Au stade actuel le ministère de l’intérieur mène des investigations complémentaires. Donc à suivre…

Garba Adamou Plateau de Dadji rijia

Pourquoi le parti Vert s’intéresse t-il de près à ce dossier ?
Le parti Verts s’intéresse de près à ce dossier parce qu’il y a eu rebondissement d’une affaire qu’on avait suivi de près et qui était à la base d’un désastre écologique dans la zone. Comme vous le savez en matière d’environnement, les amendes quelques leurs montants ne pourraient jamais réparer les dégâts commis. Donc, il vaut mieux jouer la carte de la prévention. C’est pour éviter la répétition de ce genre de situation dans notre pays que nous suivons de près ce type de dossier.
Ensuite nous avons le souci du respect de la loi et que celle-ci soit appliquée à tout le monde. Eviter une justice à deux vitesses. Ce n’est pas parce qu’on est Gouverneur ou Préfet qu’on doit être au dessus de la loi. Bien au contraire, ils doivent avoir des circonstances aggravantes parce qu’ils savent ce que c’est la loi.
Enfin, je dois ajouter que l’accaparement des terres fait désormais partie des compétences de la Cour Pénal Internationale. Donc, les recours peuvent s’exercer au delà nos juridictions nationales.

Votre mot de la fin !
Je voudrais, d’abord, insister sur le droit à la justice pour tous. Dans ce cas précis, voilà des paysans éleveurs qui sont entrain d’être expropriés d’un droit fondamental, celui de l’usage de la terre sur laquelle ils vivent. Ensuite, cette situation nous interpelle sur la nomination dans le corps des cadres de l’administration territoriale dont les statuts particuliers attendent d’être adoptés. Malheureusement, en ce moment, les nominations se font quasi totalement sur la base politique. Ces nominations portent préjudice non seulement aux cadres formés pour ce travail mais également à l’ensemble de la nation. Enfin l’affectation des cadres de commandement dans leur région d’origine pose un sérieux problème de conflit d’intérêt comme en atteste le dossier de Dadji Rijia.

Propos recueillis par Boubacar Guede

27 juin 2018
Source : https://www.nigerdiaspora.net

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