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Interview de SEM. Ousseini Tinni, Président de l’Assemblée Nationale : « Notre vision est de permettre à notre institution de rejoindre les standards internationaux en matière de gestion du travail législatif, avec pour ambition le renforcement de sa créd

Ouseini Tinni Assane SoumanaExcellence Monsieur le Président, le 02 avril prochain marquera l’anniversaire de l’investiture du Président de la République pour son second mandat à la tête du Niger. Quelles ont été les principales priorités de l’Assemblée nationale durant la première année de cette législature placée sous votre conduite ?

L’Assemblée Nationale a d’abord eu à cœur de s’installer dans la plénitude de tous ses organes et instances. Les députés ont pu bénéficier de toutes les informations dont ils ont besoin pour conduire sereinement leur mission de législateurs. Ensuite, évaluant la situation de l’institution dans tous ses aspects, le Bureau a lancé un ambitieux programme de modernisation, avec pour objectif l’amélioration de la qualité du travail parlementaire. S’agissant de ce programme, notre vision est de permettre à notre institution de rejoindre les standards internationaux en matière de gestion du travail législatif, avec pour ambition le renforcement de sa crédibilité et l’amélioration de sa proximité avec le citoyen de base. 

Dans cette volonté d’insuffler une dynamique nouvelle au sein de l’institution, nous avons adopté une démarche axée d’une part, sur la modernisation de notre outil administratif, et d’autre part, sur l’amélioration de la fonction parlementaire. A cet égard, notre but est d’améliorer la qualité de la loi et d’insuffler une dynamique de valorisation de la fonction de représentation.

Le plan d’action qui a été élaboré à cet effet prévoit une réforme du cadre juridique et institutionnel de l’Assemblée Nationale, ainsi qu’un certain nombre d’actions qui concourent au renforcement de la fonction parlementaire. Il s’agit notamment du changement d’approche en matière de contrôle parlementaire,  du renforcement de l’efficacité du travail des commissions permanentes, instances charnières et décisives du travail parlementaire.

Toutes ces réformes engagées seront poursuivies.

Par ailleurs, dans le cadre de ce programme de modernisation du travail parlementaire, il est envisagé l’organisation systématique de missions de terrain à l’initiative de l’Assemblée Nationale sur des thématiques en rapport avec les préoccupations du plus grand nombre de Nigériens. L’objectif ici, est de rapprocher davantage l’institution des citoyens de base qui seront de plus en plus invités à exprimer leurs opinions relativement à l’exécution du chantier législatif.

L’autre objectif est de donner à l’activité législative toute la visibilité et l’éclat nécessaire à lui assurer l’adhésion de la majorité des citoyens au nom desquels l’Assemblée Nationale agit. Il faudrait, qu’à travers les contacts réguliers avec le citoyen de base, la Nation se sente davantage concernée afin d’être solidaire de tout ce qui se fait en  son nom. Par-dessus tout, il faut éviter que ne s’installe une certaine indifférence entre l’opinion nationale et les élus.

Toutes ces réformes engagées seront poursuivies et d’autres seront entreprises pour apporter plus d’efficacité dans l’accomplissement de notre mission de représentants du peuple.

Excellence Monsieur le Président, sur le plan de la diplomatie parlementaire, vous avez entrepris une réelle offensive. Quels sont les grandes lignes ayant marqué cette diplomatie parlementaire, et quelle appréciation faites-vous de son impact sur l’image de l’institution que vous dirigez ?

Justement, la diplomatie parlementaire est l’un des axes majeurs du programme que je viens d’évoquer. Au niveau multilatéral, il s’agit de poursuivre notre participation à toutes organisations interparlementaires avec l’ambition de les voir améliorer leur fonctionnement, et surtout de les voir s’impliquer davantage dans la prise en charge des problématiques qui transcendent les préoccupations d’un seul pays. Il s’agit par exemple des questions comme le changement climatique, le phénomène migratoire, le terrorisme transnational, le défi démographique, la lutte contre la pauvreté, etc.

 Il s’agit également de renforcer la présence des organisations parlementaires régionales et internationales. Pour ce qui est des organisations comme le Parlement de la CEDEAO ou le Comité interparlementaire  de l’UEMOA, notre démarche est de contribuer au renforcement de leurs prérogatives afin que les décisions qui en émanent  puissent être mieux appliquées dans l’intérêt de nos pays.

 Au niveau, bilatéral, notre ambition est de créer des cadres permanents de concertation avec les parlements des pays voisins et amis. Il s’agira de développer des actions pour une coopération mutuellement bénéfique.

C’est dans cette optique que s’inscrit la visite d’amitié et de travail que j’ai effectuée à Abuja, en République Fédérale du Nigeria, du 18 au 24 juillet 2016, avec une importante délégation. Ce fut l’occasion pour l’Assemblée Nationale et la Chambre des Représentants du Nigeria de poser les jalons de l’instauration d’un cadre de concertation permanente sur plusieurs questions qui concernent nos deux pays, notamment celle relative à la sécurité. Sur la sécurité précisément, les deux assemblées sœurs ont souligné l’importance de créer un cadre de réflexion sur la contribution qu’elles peuvent apporter, ensemble, à nos Forces de Défense et de Sécurité qui sont sur la ligne de front.

Il en est de même avec les Assemblées nationales des autres pays voisins comme le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal et la Mauritanie, avec lesquels le Niger partage la bande sahélienne devenue la cible des menaces terroristes. Cette diplomatie parlementaire sera étendue aux parlements d’autres pays ayant des relations d’amitié et de partenariat avec notre pays.

Au niveau interne, sans empiéter sur le champ de compétence d’autres structures, l’Assemblée Nationale poursuivra ses médiations parlementaires, chaque fois que des conflits sociaux ou des crises menacent de dégénérer ici ou là dans notre pays. Elle l’a fait lors des malheureux événements de Bangui et lors de la crise scolaire à Zinder.

Les députés ont été aussi aux côtés des populations à l’occasion de certains événements heureux, comme ce fut le cas lors de l’inauguration des logements sociaux à Sorey et tout récemment à Birni N’Gaouré pour le lancement des travaux de la ‘’Cité Ouri Gomni’’ ; ce sera bientôt le cas avec le lancement des travaux de la citée de l’Assemblée Nationale. De même, vous l’avez sans doute constaté, l’Assemblée Nationale a marqué sa présence lors la dernière édition du Sabre national de lutte traditionnelle à Tahoua.

Concernant l’impact de cette diplomatie parlementaire, il se traduit, entre autres, par la récente visite de travail effectuée, du 20 au 22 mars 2017, à Niamey, par une délégation de parlementaires de l’Assemblée Nationale française conduite par le président de ladite institution, SEM. Claude Bartolone.

De même, avec l’Arabie Saoudite, notre récente visite à Riyad a permis de créer les conditions d’une coopération parlementaire fructueuse avec l’Assemblée consultative dénommé Majlis El Choura, du royaume. Pour consolider davantage cette coopération entre nos deux institutions, nous aurons l’honneur d’accueillir, au Niger, au cours du mois de mai prochain, la visite du président du Majlis El Choura, SEM. Abduliâh Ibn Muhammad Al Ash-Sheikh.

En outre, l’Assemblée Nationale s’apprête à accueillir, au mois d’avril, la procureure de la Cour Pénale Internationale (CPI), Mme Fatou Bensouda.

Excellence Monsieur le Président, on a constaté que, dès votre arrivée à la tête de l’Assemblée Nationale, vous avez orienté votre action vers l’instauration d’un climat  plutôt apaisé au sein de l’hémicycle, tout en mettant l’Assemblée Nationale dans son rôle de véritable temple de la démocratie. Quelle évaluation faites-vous des changements qualitatifs apportés au sein de l’institution parlementaire ?

L’Assemblée Nationale est le lieu par essence de la contradiction nécessaire. Comme vous le savez, les questions en débat concernent le présent et surtout le futur de notre pays. Mais, pour autant, n’oubliez pas qu’il ne s’agit ni d’antagonisme, ni d’inimitié à cultiver. L’on peut s’opposer et rester courtois.

Notre actuelle législature a eu la chance d’être animée par des personnalités qui comprennent aisément cette situation et les enjeux d’un climat apaisé pour notre pays.

Chacun reste dans son rôle mais en tenant compte des exigences de l’intérêt général.

Ainsi, à l’unanimité, les députés ont décidé de cultiver entre eux les valeurs de fraternité, de solidarité pour cimenter l’unité nationale, et d’entretenir un climat de sérénité au sein de l’hémicycle. Et dans cet esprit, les groupes parlementaires se consultent régulièrement pour veiller à l’application de ce consensus. C’est dans ce cadre que s’inscrit le diner de presse ayant  récemment réuni l’ensemble des groupes parlementaires pour échanger avec les journalistes sur des sujets ayant trait à la volonté partagée de maintenir un réel climat de cohésion au sein l’hémicycle.

On a pu  constater que l’Assemblée nationale a presque toujours massivement adopté les projets de textes à elle soumis par le Gouvernement. Comment qualifieriez-vous les rapports entre le Législatif et l’Exécutif ?

Le vote massif des textes, comme vous le dites, découle de la situation que je viens d’évoquer tantôt, à savoir la claire conscience que  les députés, toutes tendances confondues, ont des exigences de l’intérêt général. Il trouve également son fondement dans la situation que vous connaissez : d’une part, le Président de la République, élu avec une écrasante majorité, a mis en place un Gouvernement soutenu par une majorité parlementaire de plus de 80%  des députés. Il va sans dire que cet état de fait donne aux projets gouvernementaux toutes les chances d’être bien étudiés et d’être adoptés à une large majorité.

D’autre part, comme vous le savez, le Niger est encore un pays en devenir, il se construit en ayant à relever bien des défis qui transcendent les clivages politiques. Et comme on peut le constater, la majorité des lois soumises au vote des députés portent généralement sur des initiatives visant à satisfaire des besoins sociaux primordiaux des populations nigériennes. Il s’agit là de priorités réelles dont l’importance pour les Nigériens n’échappe à aucun député. Parce qu’ils sont responsables et conscients de l’importance de ces lois, les députés agissent dans le sens des intérêts du peuple qui les a élus en votant en faveur des textes de loi visant à améliorer les conditions de vie des Nigériens.  Chacun peut le comprendre, les questions de sécurité, d’autosuffisance alimentaire, la qualité de l’Éducation et de la Santé, la couverture des besoins en infrastructures de base ne sont pas d’essence idéologique.

Les députés ont décidé de cultiver entre eux les valeurs de fraternité, de solidarité pour cimenter l’unité nationale

Du reste, de nos jours, les oppositions idéologiques cèdent progressivement le pas à la qualité de l’ambition que l’on a pour son pays, au choix des méthodes pour atteindre les résultats et objectifs que l’on se fixe. Au Niger, beaucoup de nos besoins restent encore essentiels. Nos élus le savent et le traduisent par des postions aux antipodes de la politique politicienne, lorsqu’il faut voter les textes de loi y relatifs.

Voici pourquoi, très souvent, sur des textes portant et sur l’amélioration du cadre de développement et sur les secteurs sociaux, l’unanimité reste de mise à l’Assemblée Nationale. Mais, que l’on ne s’y méprenne pas, en amont, dans les commissions générales permanentes et lors de la discussion générale, les textes sont examinés dans tous leurs détails, sans aucune complaisance.

Les observateurs de la scène politique nationale apprécient diversement l’adoption par l’Assemblée Nationale de la Résolution portant création d’une Commission d’enquête parlementaire pour investiguer sur l’affaire dite de la ‘’vente d’uranium du Niger et d’un virement bancaire de 200 milliards de FCFA’’. Quel sens donnez-vous à l’adoption de cette résolution, tant par les députés de l’opposition  que par ceux de la majorité au pouvoir ?

Sur la commission d’enquête, permettez-moi d’être bref ! En effet, la commission a été mise en place conformément à nos textes fondamentaux. Ne lui prêtons aucune intention, attendons qu’elle nous livre ses conclusions au terme du délai qui lui est imparti. Gardons-nous donc de tout jugement à priori de commentaire superflu.

Excellence Monsieur le Président, l’Assemblée Nationale a accordé une attention particulière à la question de la sécurité. Quel message voudriez-vous adresser au peuple nigérien relativement à la situation sécuritaire du pays ?

La sécurité est la condition a priori de l’existence de tout pays ; sans sécurité, il ne saurait y avoir la mise en œuvre d’un programme de développement. La sécurité n’est donc pas uniquement l’affaire des FDS et du Gouvernement; elle concerne chaque citoyen de ce pays. A l’image de l’unité nationale, elle n’a pas de prix.

Mais, par-dessus tout, la sécurité transcende tous les clivages politiques. C’est pourquoi, comme le Président de la République, j’en appelle à la vigilance de tous et de chacun pour que notre pays, en dépit des multiples menaces extérieures puisse, continuer à évoluer dans la paix et la sérénité.

Réalisée par Assane Soumana(onep

02 avril 2017
Source : http://lesahel.org/

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Interview