Interview avec le Pr Albert Wright : « Le niger est très ensoleillé, on peut transformer cette fatalité en opportunité » déclare le scientifique nigérien

Interview avec le Pr Albert Wright : « Le niger est très ensoleillé, mais « le niger est très ensoleillé, mais on peut on peut on peut transformer cette f transformer cette fatalité en opportunité » en opportunité » déclare le scientifique nigérienLe Niger a pris part, du 11 au 12 mars dernier, au Sommet de l’Alliance Solaire Internationale (ASI), tenue à New Delhi, capitale de l’Inde. Au cours de cette rencontre mondiale, le Président de la République Issoufou Mahamadou a réaffirmé la volonté de son Gouvernement à développer l’énergie solaire, notamment au profit des zones rurales du pays. Pour connaitre la voie que le Niger est sensé emprunter, mais surtout connaitre les potentialités que regorge ce pays sahélien dans ce sens, nous avons tendu notre micro à Albert Wright, l’un des plus grands experts du continent en la matière.

1) Bonjour Pr. Le Niger s'engage à developper l'énergie solaire surtout dans les zones rurales. Quelles sont les potentialités notre pays dans ce domaine?

Bonjour et merci pour cette opportunité que vous accordez pour nous prononcer sur ce sujet si important pour notre pays. Le Niger est très ensoleillé, mais on peut transformer cette fatalité en opportunité, autrement dit transformer cette chaleur en énergie. L’énergie, c’est aujourd’hui le moteur du développement humain à l’échelle internationale. Si nous avons aujourd’hui du soleil que nous pouvons transformer judicieusement, il n’y a pas de raison que nous ne puissions pas nous développer. Et avec le travail qui a été déployé dans les laboratoires, depuis la réunion de Rome (Italie NDLR) en 1979, qu’on peut dire que la transformation de l’énergie solaire, ainsi son utilisation sont quasiment maitrisés. Il faut noter qu’il y a deux modes d’exploitation. On peut y aller soit avec les panneaux photovoltaïques, ou soit la conversion thermodynamique.

La première, à savoir la solution photovoltaïque est malheureusement la seule que les africains connaissent aujourd’hui et je dirais qu’elle n’est pas la bonne solution pour nous. Elle coute chère et demande d’entretien permanant. On fabrique les panneaux photovoltaïques à partir de cilice (du sable chauffé à 1200 degrés). Ce sont sont des dispositifs qui permettent de capter la lumière solaire pour la transformer en courant continu. Cette énergie est stockée dans une batterie dont la base est la pile volta. Et de là vous avez l’étymologie de cette mot qui est composé de ‘’photo’’ qui veut dire ‘’lumière’’ et volta est la composante de la batterie de stockage. Malheureusement c’est du courant continu, car la pile volta est un engin lourd avec de l’acide sulfurique, du plomb… et c’est dedans qu’on stock le courant. Ces batteries au plomb ont des durées de vie très limités et dans les conditions climatiques de nos pays, cette durée n’excède pas trois (3) ans. En plus de cela, pour produire de l’énergie avec cette option, il faudrait des vastes surfaces, parce que le rendement d’un panneau est de 11%. Pour 100 mètre-carré, vous avez au maximum 70 watts. Il faut donc des grands espaces pour les photovoltaïques, c’est tout ceci qui rend ce mode de conversion onéreux.

Interview avec le Pr Albert Wright : « Le niger est très ensoleillé, mais « le niger est très ensoleillé, mais on peut on peut on peut transformer cette f transformer cette fatalité en opportunité » en opportunité » déclare le scientifique nigérienL’autre manche d’alternative, c’est la conversion thermodynamique. C’est sur cette technologie que notre compatriote Abdou Moumouni s’est focalisé. Il est important de rappeler que ce monsieur est le premier africain à obtenir l’agrégation de science physique sous le régime colonial dès 1956. Il avait bien conscience des photovoltaïques et de la conversion thermodynamique et il s’est orienté vers la thermodynamique pour la simple raison qu’il avait vu des meilleurs avantages pour des pays technologiquement moins avancés comme le nôtre. C’est la voie la plus facile à exploiter par les africains pour rester dans la course de développement technologiquement. Relisez le plan d’action de Lagos qui a été rédigez dans les années 80 pour comprendre que le développement ne s’achète de l’extérieurs. Ça fait 55 ans que nous sommes indépendants, et pourtant toutes nos capitales sont inondées de produits importés comme les voitures, les meubles, les cosmétiques…

Abdou Moumouni a travaillé sur cette conversion en travaillant avec nos concitoyens dans la réalisation de l’énergie du soleil. J’ai commencé à travailler à côté de lui en octobre 1972 et dès que je suis rentré à l’ONERSOL (Office National de l’Energie Solaire, devenu Centre Nationale pour le Développement de l’Energie Solaire, NDLR), j’ai testé le premier miroir Silandroparabolique qu’il avait construit sur place avec des ouvriers nigériens, des métallurgistes, des soudeurs, des ferrailleurs…

Il a présenté ce travail à la deuxième conférence mondiale sur les énergies renouvelables en Juin 1973 parrainée par l’UNESCO à Paris. Il y a déclaré qu’avec un miroir de 10 mètre-carrés de Silandroparabolique, j’ai été capable de produire tant de kilo calorie de chaleurs par jour. Avec ça, on peut faire un moteur en augmentant tout simplement l’espace et à travailler à augmenter la performance de concentration du miroir. En bref, la différence entre les deux méthodes est que la première transforme la chaleur en énergie à travers la batterie, alors que la seconde la transformant directement en énergie qui peut être directement consommable.

2) Il y a-t-il des pays qui utilisent la technologie Silandro-parabolique

Notre voisin le Maroc a mis en expérimentation les deux modèles sur deux sites. Par exemple, sur le site de Nour1, ce sont des miroirs Silandro-paraboliques qui sont installés. C’est le même modèle sur lequel a travaillé par Abdou Moumouni. Ce site marocain développe une puissance de 160 MW. Ceci est plus important que le barrage de Kandadji, qui lui fait 130 MW. Autre différence avec la Barrage de Kandadji est que le barrage utilise la puissance de l’eau. On sait qu’il y a des moments de l’étiage où le niveau de l’eau est bas. Durant cette période, la quantité d’énergie sera faible. De plus le barrage est jusqu’à Kandadji et si l’on doit transporter ce courant à Agadez, on doit construire une ligne. La ligne est aussi chère que le barrage, on doit également l’entretenir durant des années comme c’est le cas avec la ligne de Kebbi.

La solution énergétique serait de construire des centrales solaire dans chaque ville (ou région) du pays en fonction des besoins des populations. Comme ça, on n’aura pas besoin d’entretenir des lignes.

3) Monsieur, pour développer l’énergie solaire dans le pays, le Niger a créé l’ONERSOL que vous avez également servi. Quelles en sont les grandes réalisations ?

Malheureusement, cette institution existe depuis 1965 et on n’a formé que deux cadres, c’est-à-dire moi et un autre. Moi, c’est Abdou Moumouni qui m’a envoyé en formation aux Etats Unis de 1979 à 1981. Par la suite, moi-même j’ai envoyé un cadre, au nom de Yaou Yahaya en formatio à Dakar. Il est le deuxième cadre formé sous label ONERSOL. Après, aucun cadre nigérien n’a été formé pour le besoin de l’ONERSOL. On pouvait pourtant être le premier pays africain le plus avancé en terme de l’énergie solaire depuis le retour de Abdou Moumouni du Mali en 1969 jusqu’à sa mort en 1991. Mais ça n’a pas été le cas.

4) Et pourquoi ça n’a pas été le cas ?

Tout simplement, parce que la volonté politique a fait défaut. Et ce n’est pas seulement l’Etat du Niger qui a manqué de cette volonté, mais plutôt tous les Etas colonisés par la France.

5) Aujourd’hui le Niger veut se relancer dans le développement de l’énergie solaire. Quels conseils donneriez-vous à nos autorités ?

C’est trop trad. On s’est perdu de chemin. On dit que le temps perdu ne se rattrape jamais et nous continuons à persister dans l’erreur, car on laisse toujours nos actions se dicter de l’extérieur. Au lieu de nous focaliser sur ce qu’on peut maitriser, on s’oriente toujours sur ce qui nous vient de l’extérieur comme les panneaux photovoltaïques.

6) Mais monsieur chaque problème a sa solution. Si on ne doit pas évoluer sur la voie que nous suivions actuellement, quelle serait l’alternative ?

C’est de travailler dans le même sens qu’Abdou Moumouni. Cette voie nous est facilement accessible, c’est-à-dire la solution Silandro-parabolique. Un autre exemple, c’est celui qui nous vient de l’Espagne, un pays qui est loin derrière le Niger sur l’ensoleillement. Ce pays a 2300 MW de centrales solaires installées sur leur sol. Pourquoi nous n’envoyons pas nos étudiants en Espagne pour apprendre et maitriser cette expérience. Pourquoi on laisse le Maroc nous devancer sur ce plan, alors que nous sommes l’un des précurseurs.

7) Monsieur Albert, vous avez travaillé aux côtés du Professeurs Abdou Moumouni, qui a été d’ailleurs votre enseignant. Quels souvenirs gardezvous de lui ?

Je garde de Abdou Momouni, un souvenir d’un citoyen qui a voulu implanter dans son pays un savoir-faire et essayer de ne pas dépendre de l’extérieurs, un homme engager pour le développement et l’indépendance énergétique de son pays.

Propos recueillis par : Mahamane Sabo Bachir

21 mars 2018
Source :  La Nation

 

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